Le premier tanker de GNL depuis le début du conflit au Moyen-Orient a franchi le détroit d’Ormuz, marquant une percée potentielle dans la crise énergétique mondiale. Cette traversée du navire Mubaraz redonne un espoir prudent aux marchés gaziers, après deux mois de blocage quasi-total de ce passage stratégique.
GNL : un tanker traverse Ormuz, une première depuis le début de la guerre

Après deux mois de blocage quasi-total, le premier transport de gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février a franchi le détroit d'Ormuz. Cette traversée historique du pétrolier Mubaraz marque potentiellement un tournant dans l'une des crises énergétiques les plus sévères de ces dernières années.
Le tanker, exploité par la filiale d'ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), avait chargé sa cargaison sur l'installation de Das Island aux Émirats arabes unis début mars. Selon les données de suivi maritime rapportées par Reuters, le navire était demeuré immobilisé dans le Golfe Persique pendant plusieurs semaines avant de cesser d'émettre des signaux vers le 31 mars, puis de réapparaître au large de la côte occidentale indienne le 27 avril.
Le détroit d'Ormuz, verrou stratégique de l'énergie mondiale
Cette voie maritime étroite, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus resserré, constitue l'un des goulots d'étranglement les plus critiques de l'économie mondiale. Environ un cinquième des approvisionnements mondiaux de GNL transitent par ce passage, représentant près de 80 millions de tonnes annuellement selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie.
Depuis le déclenchement des hostilités entre les États-Unis et l'Iran le 28 février, les mouvements de navires dans la zone ont chuté à des niveaux proches de zéro. Les deux puissances ont instauré des blocus rivaux, paralysant effectivement l'une des artères énergétiques les plus vitales de la planète. Cette situation évoque douloureusement l'épisode du cargo Ever Given qui avait obstrué le canal de Suez en mars 2021, démontrant une fois encore la fragilité intrinsèque des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Plusieurs navires transportant du gaz qatari avaient tenté d'approcher le détroit ces dernières semaines, mais avaient fait demi-tour face à la persistance des tensions géopolitiques. La paralysie du trafic a laissé des milliers de marins bloqués à bord de leurs navires, exposés à des risques considérables et à un stress psychologique intense.
Une traversée sous haute surveillance
La réapparition du Mubaraz constitue un événement majeur pour les marchés énergétiques mondiaux. D'après les données de Telangana Today, ce tanker d'une capacité de 136 357 mètres cubes se dirigeait vers la Chine, avec une arrivée estimée au 15 mai.
Il s'agit d'une pratique courante pour les navires de désactiver leurs transpondeurs lors du passage d'Ormuz afin d'éviter la détection, les données pouvant également être brouillées ou mises à jour avec retard. Cette opacité volontaire complique le suivi précis des mouvements, mais les analystes s'accordent sur la portée symbolique de cette traversée.
Plus tôt en avril, des données de suivi avaient effectivement montré un tanker GNL vide sortant du détroit d'Ormuz. Cependant, aucun navire chargé de combustible n'avait été confirmé pour avoir effectué le transit jusqu'à présent. Cette première depuis le début du conflit suscite un optimisme prudent quant à une possible désescalade des tensions.
Impact immédiat sur les marchés gaziers
Les conséquences de cette percée se font immédiatement ressentir sur les marchés énergétiques. Les prix du GNL avaient atteint des sommets pluriannuels en raison de la perturbation des flux commerciaux, l'Asie surenchérissant face à l'Europe pour sécuriser ses approvisionnements. Cette dynamique rappelle les tensions observées sur les cours du gaz ces dernières semaines.
Parallèlement, les cours pétroliers ont poursuivi leur progression mardi, prolongeant les gains de la séance précédente. Le Brent pour livraison en juin a bondi de 1,41 dollar, soit 1,3%, à 109,64 dollars le baril à 4h00 GMT, après avoir gagné 2,8% lors de la session précédente pour atteindre son plus haut niveau de clôture depuis le 7 avril. Le contrat affiche ainsi une hausse pour le septième jour consécutif.
Le West Texas Intermediate (WTI) américain pour juin a quant à lui progressé de 1,27 dollar, soit 1,3%, à 97,64 dollars le baril, après avoir enregistré un gain de 2,1% lors de la session précédente. Cette volatilité illustre la nervosité persistante des marchés face à l'incertitude géopolitique, comme l'a confirmé l'évolution récente des prix énergétiques.
Perspectives d'évolution et défis structurels
Malgré cette avancée encourageante, les analystes demeurent prudents quant aux perspectives à court terme. Les tensions géopolitiques restent vives, et l'incertitude plane toujours sur l'évolution de la situation. Selon des sources officielles américaines rapportées par Bloomberg, le président Donald Trump ne serait pas satisfait de la proposition iranienne car elle n'aborderait pas le programme nucléaire du pays.
L'Iran aurait néanmoins proposé de rouvrir le détroit d'Ormuz si les États-Unis levaient leur blocus et mettaient fin aux hostilités. Cette ouverture diplomatique, bien que fragile, pourrait ouvrir la voie à une désescalade progressive du conflit.
Au-delà de ces considérations immédiates, cette crise révèle les vulnérabilités structurelles du système énergétique mondial. La concentration des flux de GNL sur quelques passages stratégiques expose l'économie planétaire à des chocs d'approvisionnement majeurs. Les analystes préviennent que cette situation de tension pourrait perdurer au-delà du court terme, les pannes qataries et les retards dans les nouveaux approvisionnements pouvant engendrer un déficit structurel jusqu'en 2026-2027, malgré l'augmentation de la production américaine.
