L’Inde enquête sur Pernod Ricard et Diageo : soupçons de contournement tarifaire sur les importations de whisky

Les autorités fiscales indiennes enquêtent sur Pernod Ricard et Diageo pour suspicion de mauvaise classification de leurs importations de whisky écossais. Les deux géants sont soupçonnés d’avoir profité indûment des réductions tarifaires de l’accord Inde-Royaume-Uni sur des concentrés en vrac, alors que ces avantages ne concerneraient que les produits finis.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 19 octobre 2026 16h41
Pernod Ricard
L’Inde enquête sur Pernod Ricard et Diageo : soupçons de contournement tarifaire sur les importations de whisky - © Economie Matin
65 MILLIARDS $Le marché indien de l'alcool est évalué à 65 milliards de dollars

Des perquisitions surprises dans les sièges des géants mondiaux

Mi-octobre 2026, les autorités fiscales indiennes ont frappé un grand coup dans le secteur des spiritueux. Des inspecteurs du Directorate of Revenue Intelligence (DRI) ont effectué une descente inattendue au siège indien de Pernod Ricard le jeudi 17 octobre, interrogeant longuement les cadres sur leurs pratiques d'importation de whisky écossais. Le lendemain, c'est au tour de Diageo de subir des perquisitions dans plusieurs de ses établissements à travers le pays, comme l'a confirmé sa filiale indienne United Spirits dans une déclaration à la bourse de Bombay, qualifiant l'opération d'« exercice à l'échelle de l'industrie ».

Selon les révélations exclusives de Reuters, cette enquête cible spécifiquement la classification tarifaire des importations en vrac de concentrés de Scotch. Les deux mastodontes français et britannique, qui dominent conjointement le marché indien de l'alcool évalué à 65 milliards de dollars, sont soupçonnés d'avoir profité indûment des réductions tarifaires prévues par le récent accord commercial entre New Delhi et Londres. Une source proche du dossier a confié à l'agence de presse que « le département fiscal craint que les importations en vrac soient classées de manière incorrecte ».

Un accord commercial au cœur de la controverse

L'origine de cette affaire remonte au 15 juillet 2026, date d'entrée en vigueur de l'accord commercial Inde-Royaume-Uni. Ce traité prévoyait une baisse spectaculaire des droits d'importation sur certains spiritueux écossais, les faisant passer de 150% à 75%. Le gouvernement britannique avait alors salué cette avancée majeure pour ses « produits emblématiques », notamment les whiskies et gins qui représentent 75% des importations indiennes de spiritueux, d'après les données de Crisil Ratings.

Néanmoins, une divergence d'interprétation majeure est rapidement apparue. Les autorités indiennes soutiennent désormais que cet allègement tarifaire ne concerne que les produits finis, et non les concentrés en vrac importés par Pernod Ricard et Diageo. Ces deux groupes font venir d'Écosse des concentrés qu'ils mélangent ensuite localement avec d'autres ingrédients pour produire leurs marques phares destinées au marché indien. Cette pratique, courante dans l'industrie, leur permet d'optimiser les coûts de production tout en s'adaptant aux goûts locaux.

Dans leurs déclarations respectives, les deux entreprises ont adopté une posture de coopération. Pernod Ricard a affirmé « collaborer avec le Directorate of Revenue Intelligence et fournir toutes les informations demandées », se disant « déterminé à répondre à toutes les questions des autorités ». De son côté, Diageo a indiqué coopérer avec les autorités indiennes, précisant avoir « toujours respecté les lois locales ». Le DRI, pour sa part, n'a pas répondu aux sollicitations de la presse.

Un climat d'affaires sous tension persistante

Cette enquête s'inscrit dans un contexte plus large de frictions récurrentes entre l'Inde et les investisseurs étrangers concernant les questions tarifaires. Des multinationales comme Samsung, LG ou Volkswagen ont déjà été confrontées à des contentieux similaires, aboutissant souvent à des demandes d'arriérés d'impôts massifs, parfois plusieurs années après les importations litigieuses. Ces litiges imprévisibles alimentent les inquiétudes sur la sécurité juridique du climat d'investissement indien.

Pour Pernod Ricard, cette nouvelle affaire intervient à un moment particulièrement délicat. Le groupe français, pour qui l'Inde représente le plus grand marché en volume, fait déjà face à plusieurs contentieux dans le pays. Il est notamment visé par des procédures antitrust et par une demande d'arriérés d'impôts colossale de 314 millions de dollars pour sous-évaluation présumée d'importations antérieures. Paradoxalement, ces difficultés surviennent alors que le groupe affichait une croissance vigoureuse de 19% de ses ventes indiennes au premier trimestre fiscal 2027.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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