Innovation et médicaments matures : l’industrie pharmaceutique française face à deux urgences

En parlant de « pénurie silencieuse » pour désigner les retards français dans l’accès aux innovations thérapeutiques, le Leem a remis au premier plan la question de l’accès réel des patients aux médicaments. Mais l’actualité du secteur rappelle que cet enjeu ne concerne pas seulement les traitements les plus récents. Il concerne aussi les médicaments matures, ces produits anciens, moins visibles, mais toujours essentiels dans de nombreux parcours de soins.

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By La rédaction Published on 28 juin 2026 17h13
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Innovation et médicaments matures : l’industrie pharmaceutique française face à deux urgences - © Economie Matin
40%40 % des médicaments approuvés par l’Agence européenne du médicament ne seraient pas disponibles en France.

Cette double priorité traverse aujourd’hui l’industrie pharmaceutique française. Les grands laboratoires insistent sur l’accès aux nouvelles thérapies, notamment en oncologie, en neurologie ou dans les maladies rares. D’autres acteurs rappellent que la continuité des soins dépend aussi de molécules connues depuis longtemps, parfois peu rentables, mais difficiles à remplacer lorsqu’elles viennent à manquer.

La recomposition récente de la représentation professionnelle illustre cette évolution. Initiative Pharma met en avant l’innovation et la souveraineté sanitaire. MedFrance, de son côté, entend porter la voix des PME et ETI engagées dans les médicaments essentiels et matures, qu’il présente comme le « socle du système de soins ». Plus qu’une opposition, cette nouvelle cartographie montre que les priorités du médicament se spécialisent.

Deux priorités complémentaires

Pour les laboratoires tournés vers la recherche, l’accès aux innovations est devenu un marqueur d’attractivité. Les délais de mise à disposition, la place de la France dans les essais cliniques et la lisibilité des décisions de remboursement pèsent désormais dans les arbitrages d’investissement. Le message du Leem s’inscrit dans cette logique : si la France veut rester un pays de référence pour les nouvelles thérapies, elle doit permettre aux patients d’y accéder plus rapidement.

Mais cette priorité ne résume pas l’ensemble du problème. Les médicaments matures répondent à une autre équation. Leur brevet a expiré, la concurrence s’est installée, les prix ont souvent été abaissés. Pourtant, leur rôle médical demeure majeur. Antibiotiques, anticoagulants, corticoïdes, antiépileptiques, traitements cardiologiques, anticancéreux injectables ou médicaments de soins intensifs : beaucoup restent au cœur des prescriptions.

Le terme « mature » peut donc être trompeur. Il renvoie à la vie économique du produit, pas à son importance médicale. Certains de ces traitements sont utilisés depuis des décennies précisément parce qu’ils ont fait la preuve de leur efficacité, de leur tolérance et de leur utilité dans la durée. Leur ancienneté n’est pas un signe de déclassement. Elle est souvent le reflet de leur place durable dans les pratiques médicales.

Un passage de relais organisé

La fragilité des médicaments matures tient à leur modèle économique. Leur prix est souvent faible, mais leur maintien suppose des investissements continus : lignes de production, contrôles qualité, autorisations de mise sur le marché, pharmacovigilance, fournisseurs sécurisés. Autant d’exigences qui ne diminuent pas avec l’âge du produit.

C’est l’un des points défendus par MedFrance, qui plaide pour une « régulation différenciée » entre médicaments innovants et médicaments matures. Le message est simple : un traitement ancien ne peut pas être considéré seulement comme une dépense à comprimer lorsqu’il reste essentiel dans les parcours de soins.

Cette réalité explique aussi le développement d’acteurs spécialisés. Depuis plusieurs années, les grands laboratoires cèdent certains portefeuilles établis à des groupes dont le métier consiste à les exploiter dans la durée. La relation entre Sanofi et Cheplapharm illustre ce mouvement. Engagée depuis plus d’une décennie, elle a donné lieu à plusieurs opérations successives autour de médicaments princeps matures, dans une logique de continuité plutôt que de rupture.

Le modèle repose sur un passage de relais. Pour un laboratoire concentré sur l’innovation, certains produits anciens peuvent devenir moins stratégiques. Pour un spécialiste comme Cheplapharm, ils deviennent au contraire le cœur de l’activité. D’autres acteurs, comme Pharmanovia, Advanz Pharma ou Recordati, se sont positionnés sur la même logique, en reprenant des portefeuilles établis auprès de grands laboratoires.

Ces opérations sont parfois perçues comme des désengagements. Elles traduisent pourtant une spécialisation des métiers. Développer une nouvelle thérapie suppose des années de recherche et une prise de risque importante. Faire vivre un médicament mature demande un autre savoir-faire : conformité réglementaire, qualité, disponibilité et continuité d’approvisionnement.

La prise de parole du Leem rappelle que la France doit rester dans la course aux innovations thérapeutiques. La montée en puissance de MedFrance et des spécialistes du médicament mature rappelle, en parallèle, qu’un système de santé ne repose pas seulement sur les traitements qui arrivent, mais aussi sur ceux qui sont déjà là. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est donc de tenir ensemble ces deux priorités : accélérer l’accès aux nouvelles thérapies et sécuriser les médicaments qui assurent chaque jour la continuité des soins.

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