Traditionnellement, l’audit interne reposait sur des processus manuels et sur l’expérience des auditeurs. Leur mission consistait à interroger les données disponibles, à évaluer la performance des dispositifs de contrôle et à en dégager des informations utiles pour l’organisation, un champ où l’intelligence artificielle (IA) produit désormais des résultats tangibles.
Intelligence artificielle et audit interne : révolution ou évolution ?

Ainsi, en France, près de six professionnels sur dix se disent confiants dans la capacité de l’IA à générer un impact mesurable, et près d’un tiers affirment qu’elle est déjà intégrée avec des bénéfices concrets. Cette dynamique transforme logiquement la fonction finance et l’audit interne.
Un nouveau chapitre pour l’audit interne
En effet, plus de la moitié des directions financières utilisent déjà l’IA pour analyser les données et un tiers constatent une amélioration directe de leurs revenus et de leur rentabilité. Les attentes portent autant sur le renforcement de l’efficacité du reporting que sur une meilleure anticipation des risques, offrant aux équipes d’audit l’occasion de gagner en visibilité, d’améliorer la qualité de leurs recommandations et d’accompagner une adoption responsable de ces technologies.
Utilisée de manière stratégique, l’IA rend le processus d’audit plus efficace en automatisant les tâches répétitives, afin que les professionnels se concentrent sur l’analyse approfondie et l’identification proactive des risques. Par exemple, la vérification d’un rapport financier volumineux peut mobiliser des heures de révision manuelle, alors qu’un traitement assisté par IA réduit ce travail à quelques secondes.
Cette technologie permet également des contrôles plus fréquents, plus étendus et parfois en temps réel. Là où certaines vérifications reposaient sur des échantillons, chaque opération peut désormais être testée. Cela reste compatible avec la vocation de l’audit, qui conserve son rôle d’assurance indépendante et ne se confond pas avec une surveillance continue.
Au-delà de l’efficacité et de la qualité des tests, l’IA renforce la dimension stratégique de l’audit interne. Les tendances utiles à la décision émergent plus vite, la préparation aux risques s’améliore et la fonction audit consolide sa place de partenaire clé auprès des directions et des parties prenantes.
L’audit interne, garant d’une adoption responsable
Si la prudence face à l’intelligence artificielle est compréhensible, beaucoup l’utilisent pourtant déjà dans leur vie personnelle, grâce aux outils en libre accès. Ces technologies, qui progressent à mesure qu’elles reçoivent de nouvelles requêtes et données, sont appelées à entrer naturellement dans le monde professionnel.
Dans ce contexte, la maîtrise des données, y compris des requêtes, est essentielle pour les entreprises comme pour les fonctions d’audit. En effet, comprendre ce que fait la solution choisie des informations soumises est un préalable indispensable à une adoption sûre et efficace.
Par ailleurs, il est tout aussi important de définir clairement l’usage de l’IA, d’abord à l’échelle de l’organisation, puis dans chaque fonction, en tenant compte du cadre réglementaire applicable. A ce titre, l’audit interne, en tant que défenseur du risque et de la gouvernance, doit participer activement à la définition des règles de son pilotage. Pour comprendre ses avantages, les professionnels de l’audit ont intérêt à s’impliquer dans les projets pilotes menés au sein de leur organisation.
Dans cette logique, il convient de rappeler que cette technologie n’a absolument pas vocation à remplacer les auditeurs, mais à enrichir leur rôle en complétant leur expertise, leur libérant du temps afin qu’ils puissent délivrer des analyses stratégiques et améliorer l’environnement de contrôle.
De plus, à l’échelle des différents départements de l’entreprise, les responsables doivent définir clairement l’objectif poursuivi par son usage. Dans l’audit, la finalité reste d’apporter une assurance indépendante. L’enjeu est donc de l’utiliser avec discernement, dans un cadre éthique et sécurisé, plutôt que de céder à l’effet de mode.
Enfin, l’exemple de la conformité illustre ce point : même si l’IA accélère la vérification, le jugement professionnel reste indispensable. La qualité des résultats dépendra toujours de la pertinence des données d’entrée, ce qui impose une relecture attentive par les auditeurs.
L’IA comme atout compétitif
Chaque avancée technologique offre l’occasion d’harmoniser activités, processus et systèmes. L’IA constitue une évolution majeure dans la gestion des données, à condition que les organisations connectent leurs sources, bâtissent des jeux de données cohérents et exploitent ces informations pour nourrir le reporting. C’est le socle idéal pour l’intégrer dans les workflows et renforcer l’expertise des équipes d’audit.
Ces dernières peuvent planifier, tester, produire et suivre leurs travaux dans une même plateforme assistée par IA afin d’automatiser l’envoi de demandes de preuves, de rattacher les éléments aux tests ou aux dossiers de travail et de maintenir les données constamment reliées à leurs sources. Les mises à jour étant alors automatiques, cela permet également de libérer davantage de temps.
Pour que l’adoption soit fructueuse et sécurisée, les cas d’usage pertinents doivent être identifiés dès à présent : tester certains attributs dans les échantillons d’audit, détecter des risques et contrôles à partir de descriptions de processus, ou encore générer une première ébauche de constats, recommandations et rapports.
Après la numérisation, l’IA marque une nouvelle étape dans l’automatisation des tâches et des flux de travail, et son rôle va encore plus loin. Elle contribue à renforcer la dimension stratégique de l’audit, à aider les organisations à s’adapter rapidement aux évolutions réglementaires et à mieux cerner les risques. Ainsi, l’audit interne assisté par l’IA peut devenir un véritable avantage compétitif, à condition d’être utilisé avec discernement, dans un but clair, et comme un soutien aux compétences humaines, non un substitut.
