Sam Altman, PDG d’OpenAI, fait volte-face sur ses prédictions catastrophiques concernant l’intelligence artificielle et l’emploi. Après avoir prédit une « jobs apocalypse », il reconnaît s’être trompé sur l’impact social et économique de l’IA. Cette révision intervient alors que les données économiques montrent un impact plus nuancé que prévu sur le marché du travail.
Jobs apocalypse à cause de l’IA : Sam Altman n’y croit plus

L'intelligence artificielle ne provoquera pas l'apocalypse de l'emploi, selon Sam Altman
Dans un revirement aussi spectaculaire qu'inattendu, Sam Altman, PDG d'OpenAI, affirme désormais que l'intelligence artificielle ne déclenchera pas la « jobs apocalypse » que lui-même avait contribué à redouter. Lors d'une conférence organisée par la Commonwealth Bank of Australia à Sydney, le dirigeant a reconnu, avec une franchise désarmante, s'être « trompé » sur l'impact économique et social de cette révolution technologique.
« Je suis ravi de m'être trompé à ce sujet », a-t-il déclaré face au PDG de la CBA, Matt Comyn. « Je pensais qu'il y aurait eu davantage d'impact sur l'élimination des emplois de cols blancs de niveau débutant — bien plus que ce qui s'est réellement produit. »
Ce que l'on craignait : la destruction massive des emplois par l'IA
Le terme « jobs apocalypse » désigne la crainte d'une destruction massive et rapide d'emplois sous l'effet conjugué de l'automatisation et de l'intelligence artificielle. Cette théorie prédisait un remplacement progressif mais inexorable des travailleurs humains dans de nombreux secteurs — en particulier les postes de bureau et les fonctions administratives. Selon cette vision catastrophiste, l'IA pourrait comprimer en quelques années seulement ce que l'histoire du travail étale ordinairement sur des décennies : environ 50 % des postes se renouvellent en temps normal sur une période de 75 ans. Les emplois de service client, de saisie de données, certaines professions comptables ou financières, et plus généralement tous les postes d'entrée en entreprise figuraient en tête des secteurs jugés les plus vulnérables.
Ces inquiétudes n'étaient pas infondées. Elles s'appuyaient sur des projections sérieuses et sur les déclarations de figures de premier plan de l'industrie technologique elle-même — à commencer par Sam Altman.
Les prévisions alarmistes d'Altman en 2025
Il y a à peine quelques mois, le PDG d'OpenAI tenait un discours radicalement différent. En juin 2025, lors d'une conversation avec son frère Jack sur le podcast Uncapped, il affirmait qu'« un grand nombre d'emplois vont disparaître » et se déclarait « confiant que beaucoup de support client réalisé par téléphone ou ordinateur allait être supprimé ». Altman n'était d'ailleurs pas seul à porter ces prévisions sombres : Dario Amodei, PDG d'Anthropic, estimait quant à lui que l'IA pourrait éliminer jusqu'à 50 % des emplois de cols blancs et faire grimper le taux de chômage entre 10 et 20 % dans les cinq années à venir. Ces déclarations avaient alimenté une vague d'inquiétude profonde, tant dans les entreprises que parmi les salariés.
Le changement de cap spectaculaire d'Altman
Aujourd'hui, Altman reconnaît que ses intuitions étaient « complètement fausses ». Cette volte-face s'appuie notamment sur une expérience personnelle révélatrice : il avait tenté de déléguer ses réponses sur Slack et par e-mail à un agent d'IA, avant d'y renoncer et de reprendre lui-même la plume. « J'avais configuré l'IA pour répondre à mes messages en précisant "ceci est l'IA de Sam", et cela a été un exemple formidable pour moi que nous tenons vraiment à nos interactions avec les gens », explique-t-il. Cette expérience l'a convaincu que « la part humaine » du travail ne saurait être si aisément substituée par une machine.
Selon Fortune, cette évolution du discours coïncide avec les préparatifs d'introduction en bourse d'OpenAI et d'Anthropic, toutes deux valorisées autour de 1 000 milliards de dollars — ce qui invite naturellement à s'interroger sur la part de conviction sincère et celle de calcul stratégique dans ce revirement.
Des données économiques qui nuancent le tableau
Les statistiques récentes brossent un tableau contrasté. D'un côté, les licenciements dans le secteur technologique ont dépassé 115 000 postes en mai 2026, approchant déjà les 124 000 suppressions enregistrées sur l'ensemble de l'année 2025 — Meta, Amazon et Snap ayant explicitement cité l'IA comme moteur de ces réductions d'effectifs. De l'autre, le Yale Budget Lab n'a identifié aucun changement significatif dans la composition professionnelle ni dans la durée du chômage pour les emplois fortement exposés à l'IA depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. Goldman Sachs estime pour sa part que l'intelligence artificielle a réduit la croissance mensuelle de l'emploi américain d'environ 16 000 postes sur l'année écoulée — un impact réel, mais bien loin du séisme annoncé.
Le paradoxe de Jevons appliqué à l'emploi
Plusieurs économistes convoquent désormais le paradoxe de Jevons pour éclairer ce phénomène. Formulé au XIXe siècle par l'économiste anglais William Stanley Jevons, ce principe observe qu'une technologie plus efficace ne réduit pas nécessairement la consommation d'une ressource — elle tend au contraire à l'augmenter en la rendant moins coûteuse. Torsten Slok, d'Apollo Global Management, relève ainsi que des professions pourtant jugées hautement vulnérables à l'automatisation — comme les employés de centres d'appels ou les radiologues — ont maintenu, voire accru leurs effectifs malgré l'adoption croissante de l'IA. « Un coût réduit par interaction ne signifie pas moins d'interactions », résume-t-il sobrement. L'intelligence artificielle pourrait ainsi finalement créer davantage d'opportunités qu'elle n'en détruit, en permettant aux entreprises d'étendre leurs services à de nouveaux marchés grâce à des coûts abaissés.
Perspectives d'avenir pour l'emploi à l'ère de l'IA
Malgré ce revirement d'Altman, la prudence reste de mise. Le dirigeant d'OpenAI n'exclut pas totalement des bouleversements à venir, reconnaissant que « cela peut encore arriver ». L'incertitude demeure particulièrement vive pour les postes de niveau débutant, où l'impact de l'automatisation commence déjà à se faire sentir concrètement.
David Solomon, PDG de Goldman Sachs, adopte quant à lui une perspective historique plus apaisante dans un récent éditorial du New York Times. Il rappelle que l'emploi civil américain a progressé de 145 % depuis 1962, en dépit des révolutions technologiques successives — de l'électrification du début du XXe siècle à la révolution numérique des années 1990.
L'avenir du travail à l'ère de l'intelligence artificielle dépendra sans doute moins d'une substitution brutale homme-machine que d'une réorganisation lente et profonde des métiers, où les compétences proprement humaines — jugement, empathie, responsabilité — pourraient paradoxalement gagner en valeur et en rareté. Une transformation comparable, toutes proportions gardées, aux mutations industrielles que l'Europe affronte aussi sur d'autres fronts technologiques, comme en témoigne la riposte de Bruxelles face à Starlink dans le domaine des fréquences satellites.
