Une enquête est en cours dans l’Aisne après une série d’intoxications alimentaires ayant entraîné la mort d’une enfant et l’hospitalisation de plusieurs autres. Les autorités sanitaires s’orientent vers une contamination d’origine carnée.
Intoxication alimentaire : ce que l’on sait de la bactérie qui a tué une enfant

Le 12 juin 2025, une intoxication alimentaire grave a débuté dans le département de l’Aisne. En quelques jours, dix-huit enfants ont été contaminés, une fillette de 12 ans est décédée et plusieurs mineurs sont hospitalisés dans un état préoccupant. Le ministre de la Santé, Yannick Neuder, a confirmé le 22 juin que la bactérie Escherichia coli était responsable. La piste d’une viande contaminée est privilégiée. L’enquête épidémiologique se poursuit pour identifier la source précise.
Une bactérie redoutée : comment E. coli a frappé l’Aisne
Escherichia coli (ou E. coli) est une bactérie habituellement présente dans le tube digestif humain et animal. Certaines souches pathogènes peuvent, si elles contaminent les aliments, provoquer des intoxications sévères. Les formes productrices de shigatoxines sont particulièrement dangereuses : elles peuvent entraîner un syndrome hémolytique et urémique (SHU), notamment chez les enfants. Cette complication est rare mais grave. Selon Santé publique France, entre 160 et 165 cas sont signalés chaque année dans l’Hexagone.
Dans le cas de l’Aisne, les enfants atteints ont tous souffert de diarrhées sanglantes. Plusieurs ont développé un SHU nécessitant une dialyse. Les patients concernés sont âgés de 18 mois à 13 ans. Ce tableau clinique oriente les médecins vers une contamination d’origine alimentaire, possiblement par ingestion de viande insuffisamment cuite ou mal manipulée.
Un bilan humain lourd, des commerces fermés par précaution
Le 16 juin, une fillette de 12 ans est décédée à l’hôpital de Saint-Quentin. D’après les autorités, il s’agit du premier décès lié à cette vague d’intoxications. Dix-huit enfants ont été recensés comme infectés. Huit d’entre eux restent hospitalisés, dont six sous dialyse. Le ministre de la Santé a précisé que « les enfants actuellement sous dialyse sont âgés d’un an et demi jusqu’à 12-13 ans à peu près ».
Par mesure de précaution, quatre boucheries ont été fermées à Saint-Quentin : La Direction, Family, El Baraka et La Fayette. Deux rayons boucherie de supermarchés, dont celui de l’Intermarché de Gauchy, ont aussi été suspendus. Les autorités sanitaires n’ont pas identifié de fournisseur commun à ces établissements, ce qui complique l’enquête. « Les analyses sont en cours pour avoir effectivement le lien formel », a expliqué Yannick Neuder (Le Figaro, 22 juin 2025). Trente agents sont mobilisés pour retracer les filières d’approvisionnement.
Une alerte sanitaire qui interpelle les consommateurs et le secteur économique
Les conséquences économiques directes touchent d’abord les établissements concernés : ventes interrompues, stocks mis en quarantaine, activité suspendue. Mais l’impact pourrait s’étendre à l’ensemble du secteur de la viande dans l’Aisne. Une partie des consommateurs change déjà ses habitudes, redoutant une contamination élargie. Les autorités rappellent qu’aucun produit ne doit être consommé sans cuisson complète, en particulier les merguez, les saucisses ou la viande d’agneau.
Le suivi des familles concernées représente également une charge médicale et financière non négligeable. Les enfants nécessitant une dialyse ou un suivi néphrologique à long terme seront accompagnés pendant plusieurs mois. Le système hospitalier, dans certaines villes moyennes, a dû renforcer en urgence ses capacités en pédiatrie et soins intensifs. Cette pression sanitaire risque d’alimenter les débats sur la prévention des risques alimentaires, la traçabilité et la gestion des crises locales.
Une situation évolutive sous étroite surveillance
Les premiers résultats des analyses, confiées au laboratoire de référence de Marcy-l'Étoile (Rhône), sont attendus cette semaine. Ils devraient permettre de confirmer la source exacte de la bactérie. En parallèle, les services vétérinaires, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et les agences régionales de santé (ARS) poursuivent les prélèvements et contrôles dans les commerces et chaînes de distribution.
La fillette, hospitalisée à Saint-Quentin, est décédée récemment, mais son lien avec cette intoxication n’a pas été établi à ce stade. Les résultats d’autopsie sont attendus. En attendant, les autorités insistent sur les gestes de prévention élémentaires : cuisson complète de la viande, lavage systématique des mains, et prudence avec les produits à base de lait cru chez les enfants.
