Iran : pourquoi la guerre coûte déjà des milliards aux États-Unis

La guerre en Iran pèse déjà lourd sur les finances américaines. En quelques jours seulement, l’intervention militaire menée par Washington a englouti plusieurs milliards d’euros, consommé d’importantes quantités de munitions et fait grimper la perspective d’une facture finale bien plus élevée pour l’économie et le budget des États-Unis.

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By Adélaïde Motte Published on 6 mars 2026 16h15
Iran Pourquoi La Guerre Coute Deja Des Milliards Aux Etats Unis
Iran : pourquoi la guerre coûte déjà des milliards aux États-Unis - © Economie Matin

Le 28 février 2026, les États-Unis ont lancé l’opération Epic Fury contre l’Iran. Depuis, la facture grimpe à une vitesse saisissante. D’après le Center for Strategic and International Studies, les 100 premières heures du conflit ont coûté 3,7 milliards de dollars, soit environ 3,18 milliards d’euros au taux de référence de la BCE du 5 mars 2026. Cela représente près de 767 millions d’euros par jour.

Ce premier total ne résume pourtant pas tout. Il photographie seulement la phase initiale, celle où l’armée américaine frappe fort, mobilise ses moyens les plus lourds et consomme ses munitions au rythme le plus élevé. Le cœur du sujet, économiquement, est là : la guerre en Iran ne se limite pas au coût des bombardements. Elle additionne déploiement, munitions, défense antimissile, reconstitution des stocks et, à plus long terme, perturbations sur l’économie américaine.

Iran : les munitions et les interceptions font exploser le coût de la guerre

Ce qui pèse le plus lourd, ce sont d’abord les armes consommées. Selon une étude du CSIS, sur les 3,7 milliards de dollars dépensés durant les 100 premières heures, environ 3,1 milliards ont servi au remplacement des munitions, soit près de 2,67 milliards d’euros. À cela s’ajoutent 350 millions de dollars pour remplacer les pertes au combat et réparer des dégâts d’infrastructure, soit un peu plus de 301 millions d’euros. Les coûts opérationnels purs ont représenté environ 196 millions de dollars, dont 178 millions déjà prévus. Autrement dit, la facture vient d’abord des missiles, bombes et intercepteurs brûlés en quelques jours.

La défense aérienne à elle seule aurait coûté 1,7 milliard de dollars durant ces 100 premières heures, soit environ 1,46 milliard d’euros, dans un contexte où l’Iran a lancé 500 missiles balistiques et 2 000 drones au 4 mars. Ce poste est colossal, car intercepter coûte souvent très cher. Reuters rappelle par ailleurs que les États-Unis et leurs alliés dépendent notamment des PAC-3 Patriot et des THAAD, deux familles d’intercepteurs dont la production reste sous tension.

Iran : le déploiement américain alourdit la note avant même les frappes

La guerre en Iran n’a pas commencé au premier tir. Avant même les frappes, le simple déploiement de forces américaines avait déjà coûté environ 630 millions de dollars, soit près de 542 millions d’euros, selon Fortune, qui cite Elaine McCusker, ancienne responsable budgétaire du Pentagone.

Ensuite, l’intensité des opérations gonfle rapidement la dépense. Reuters a rapporté que plus de 100 avions ont participé à la première vague d’attaque et que des bombardiers B-2 ont effectué une mission aller-retour de 37 heures depuis le territoire continental des États-Unis. Cette durée donne une idée de la logistique engagée : ravitaillement, maintenance, équipages, soutien satellitaire, commandement et couverture aérienne. Chaque heure de guerre n’est donc pas seulement une heure de combat, c’est aussi une heure de chaîne industrielle et logistique.

Le cas des Tomahawk illustre parfaitement cette mécanique. Reuters rappelle, en s’appuyant sur les données budgétaires du Pentagone, que les États-Unis prévoient d’acheter 57 missiles Tomahawk en 2026 pour un coût moyen de 1,3 million de dollars pièce, soit environ 1,12 million d’euros l’unité. Quelques dizaines de tirs suffisent donc à faire bondir la note de plusieurs dizaines de millions d’euros. Et cette guerre en consomme bien davantage que quelques dizaines.

Coût, stocks et industrie : pourquoi la guerre en Iran peut durer sur le budget américain

Le deuxième choc est budgétaire. Environ 3,5 milliards de dollars sur les 3,7 milliards des 100 premières heures n’étaient pas prévus, soit à peu près 3,01 milliards d’euros non budgétés. La guerre ne se contente donc pas d’absorber des crédits existants : elle force Washington à rouvrir la question du financement.

La Maison-Blanche doit rencontrer les grands industriels de défense pour accélérer la production d’armes, tandis qu’un budget supplémentaire d’environ 50 milliards de dollars, soit 43 milliards d’euros, pourrait être demandé pour remplacer les armes utilisées dans les conflits récents, y compris au Moyen-Orient. Ce montant viendrait s’ajouter à 150 milliards de dollars de dépenses militaires supplémentaires déjà incluses dans un vaste texte budgétaire républicain, soit environ 129,1 milliards d’euros.

Ce n’est pas un hasard si l’industrie est déjà sous pression. Lockheed Martin a porté sa capacité annuelle visée de production de PAC-3 à 2 000 unités, contre environ 600 auparavant, et prévoit de quadrupler la production des intercepteurs THAAD à 400 par an, contre 96 jusque-là. La guerre en Iran coûte donc aussi parce qu’elle épuise des stocks rares, impossibles à reconstituer du jour au lendemain.

Iran : la facture militaire peut devenir une facture économique bien plus large

À ce stade, la facture strictement militaire n’est probablement qu’un plancher. Selon Fortune, Kent Smetters, directeur du Penn Wharton Budget Model, évalue le coût budgétaire direct pour les contribuables américains à 65 milliards de dollars dans son scénario central, soit près de 56 milliards d’euros. Sa fourchette va de 40 à 95 milliards de dollars. Surtout, l’impact économique total pourrait atteindre 210 milliards de dollars, soit environ 180,8 milliards d’euros, en intégrant les effets sur l’énergie, le commerce et les conditions financières. Il prévient d’ailleurs que si la guerre dure plus de deux mois, la note grimpera encore.

Les marchés donnent déjà un aperçu de ce risque. Le conflit au Moyen-Orient avait fait bondir le pétrole Brent de plus de 20 % sur la semaine, tandis que les marchés obligataires mondiaux encaissaient leur pire semaine depuis au moins avril sur fond de craintes inflationnistes. Le coût de la guerre en Iran ne passe donc pas seulement par le Pentagone. Il se diffuse dans le carburant, les taux, le crédit et, au bout de la chaîne, dans le budget fédéral comme dans la vie économique ordinaire.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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