La révolte populaire iranienne est courageuse à double titre. Elle s’offre désarmée à une répression sanglante et tente à elle seule de renverser un régime islamiste militaire et policier.
Révolte iranienne : le temps du combat est arrivé

Cependant, les révoltes pacifistes triomphent rarement : à la marche de Ghandi répondent les conquêtes guerrières de Mao, des bolchéviques, de Castro ou de tant d’autres. Et la Bastille ne fut pas prise à coups de slogans pacifistes !
De la même façon, aucun renversement durable d’un régime islamiste n’a encore été observé. L’islam politique a bien remplacé, avec l’aide directe ou indirecte de l’Occident, des despotes nationalistes tels que Saddam Hussein, Kadhafi ou le Shah d’Iran. Mais l’inverse ne s’est pas encore produit, malgré l’aide des mêmes occidentaux.
Les Etats-Unis ont certes défait en 2001 les Talibans d’Afghanistan mais il aura suffi qu’ils en partent pour qu’immédiatement ceux-ci reprennent le pouvoir. De même, la coalition internationale de 2014, forte de 22 pays et appuyée localement par les forces kurdes, a chassé Daesh d’Irak et de Syrie, mais n’en a pour autant vaincu l’islamisme. L’Irak demeure l’un des pays les plus touchés par le terrorisme islamique tandis qu’en Syrie, des groupes, réunis au sein du Hayat Tahir al-Cham (HTC), renversèrent Bachar al-Hassad et instaurèrent un nouvel état islamique.
L’islamisme ne peut sans doute être défait que de l’intérieur. Beaucoup ont espéré que ce modèle politique, né de contextes chaotiques et de despotes corrompus, se normaliserait une fois stabilisé. Il n’en est rien. Ni chez les Talibans, ni chez les mollahs iraniens. Un vent d’espoir souffla récemment en Syrie lorsque Ahmed al-Charaa, son président par intérim, multiplia les ouvertures vers les minorités ethniques et les démocraties occidentales. Mais les exactions contre les Druzes, les Alaouites et l’offensive sanguinaire contre les Kurdes, empreintant à Daesh le même modus operandi, démontrèrent que cet islamiste avait juste troqué son turban pour un costume. Sans pour autant renoncer à son idéologie mortifère.
Faute de se normaliser, l’islamisme devra donc être combattu. Par un coup d’état, lorsque c’est encore possible. Ou sinon une révolution. Mais, de la manifestation contre le port du voile en 1979 à celle consécutive à la mort de Mahsa Amini en 2022, toutes les révoltes passées furent noyées dans le sang. A aucun moment le régime ne fut menacé.
Le mouvement actuel, bien que plus puissant, suivait pourtant le même destin, celui des révoltes pacifistes, opposant à la répression armée leur seul espoir de liberté. Elle partageait également avec ses précurseurs, qui n’ont glorifié que les victimes, l’absence d’un leader capable de la structurer. Malgré la ferveur de la jeunesse, malgré l’ampleur nationale des manifestations, elle s’essoufflait, incapable de survivre à l’horreur et l’efficacité de la répression : mitraillage de la foule, tortures, barbarie, plus de 50 000 morts et des milliers d’arrestations.
Une seconde chance
La décision des Etats-Unis et d’Israël de passer le 28 février à l’offensive, en coupant les têtes politiques et militaires du régime, laisse à la révolte une seconde chance.
La jeunesse iranienne est consciente du besoin d’opposer la force à la force. Elle en appelait à l’intervention militaire de l’« oncle » Trump, ou de « Bibi » Netanyahou. Elle fut célébrée dès le lendemain, en grande pompe. Mais comme vu précédemment, l’attaque américaine n’a pas à elle seule la capacité de défaire le régime. Elle n’en a pas même l’intention, Trump se refusant, à raison, à impliquer des forces au sol. L’échec de l’Afghanistan a servi de leçon. De même, la mémoire du Shah, symbole de la grandeur passée de l’Iran, ne peut jouer qu’un rôle de catalyseur. Son fils ne peut faire la révolution et ne viendra le cas échéant qu’après qu’elle ait été menée à bien.
C’est au peuple iranien d’effectuer le travail. Et il n’y arrivera qui si on l’aide à combattre. Car ce qui fait défaut à ce soulèvement sont des armes à opposer à celles d’un régime qui ne survit que par ses composantes militaires et policières.
De peur de la voir se rallier à la population, Ali Khamenei, feu le Guide Suprême du régime, avait limité l’intervention de l’Artesh, l’armée régulière forte de 400 000 hommes. Il avait confié la répression aux 300 000 Pasdarans fanatisés, qu’il renforça de proxys arabes sans scrupules venus pour l’occasion du Yémen et d’Irak. Le régime des mollahs est habile.
Avec l’offensive américaine, les cartes sont rebattues et des troupes pourraient rejoindre les rangs de la révolte. Ce serait la meilleure des issues. Si tel n’était le cas, il conviendrait que les Etats-Unis ne se limitent pas à ces opérations aux dimensions hollywoodiennes les plaçant au centre de l’écran et envoient par le ciel des armes aux iraniens. Dans ce cas le changement de régime risquerait de se faire au prix d’une sanglante guerre civile.
Quoi qu’il en soit, face à l’islamisme armé, le recours des révoltés au combat apparaît nécessaire.
