L’aéroport de Riyad frappé deux jours consécutifs par les Houthis

L’aéroport international King Khalid de Riyad a été frappé deux jours consécutifs par les Houthis du Yémen, causant 14 morts et plus de 320 blessés. La première attaque samedi a fait 13 victimes de différentes nationalités, suivie dimanche d’une nouvelle frappe ayant tué un ressortissant pakistanais. Les rebelles pro-iraniens ont revendiqué ces opérations et menacent de poursuivre leurs attaques contre les infrastructures saoudiennes.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 12 octobre 2026 5h14
Riyadh,saudi,arabia,on,world,map,close,up,macro,defocused
L’aéroport de Riyad frappé deux jours consécutifs par les Houthis - © Economie Matin

Deux attaques consécutives plongent Riyad dans une crise sécuritaire

Samedi 10 octobre 2026, vers 15 heures, un missile des combattants houthis du Yémen a touché l'aéroport international King Khalid de Riyad, causant 13 morts et 309 blessés, selon l'autorité de l'aviation civile saoudienne. Moins de 24 heures après, dimanche soir, une seconde attaque sur le même site a tué un ressortissant pakistanais et blessé 11 autres personnes. Cette escalade est la plus grave depuis le début de la guerre au Yémen en 2014.

En réaction, les autorités saoudiennes ont suspendu toutes les opérations aériennes, prolongeant la fermeture de l'aéroport jusqu'au lundi 12 octobre à 23 heures, heure de Paris, d'après Flightradar24. Cette fermeture a entraîné l'annulation ou le report de centaines de vols internationaux. Les lourdes pertes humaines et matérielles soulignent la vulnérabilité croissante du royaume face aux capacités militaires des rebelles pro-iraniens.

Samedi après-midi : une première frappe meurtrière

Le bilan de l'attaque de samedi s'est alourdi. Les premières informations faisaient état de « dizaines de blessés », dont certains en soins intensifs. L'aviation civile saoudienne a ensuite précisé que 13 personnes de diverses nationalités avaient péri. Le nombre de blessés est monté à 309, plusieurs étant gravement touchés.

Un témoin a décrit à l'AFP une scène de chaos, où tout le monde courait, et des hélicoptères évacuaient les blessés graves. Les médecins de Riyad ont été mobilisés pour gérer cette « situation d'urgence grave ». Les blessés ont été répartis dans différents hôpitaux pour éviter la saturation des services d'urgence.

Il y a aussi eu des « dégâts matériels » importants, un avion commercial saoudien ayant subi de lourdes avaries. Cet attentat est le plus meurtrier en Arabie saoudite depuis celui de l'État islamique en août 2015, qui avait fait 15 morts.

Dimanche soir : une seconde frappe et deux nouvelles explosions

Moins de 24 heures après la première attaque, l'aéroport de Riyad a été de nouveau ciblé. Le général Turki Al-Malki, porte-parole de la coalition militaire saoudienne, a évoqué une « attaque au moyen d'un projectile non identifié » contre le terminal 4, provoquant un incendie. Les défenses antiaériennes ont intercepté un missile de croisière près de l'aéroport.

Deux explosions ont été entendues dans le centre de Riyad peu après l'annonce officielle, sans origine déterminée. L'aviation civile saoudienne a confirmé qu'un résident pakistanais avait été tué, portant le bilan à 14 morts. Les blessés ont été rapidement hospitalisés, a précisé l'organisme sur le réseau X.

Selon USA Today, ces frappes ont mis en lumière les failles des défenses saoudiennes, alors que le royaume mène une campagne aérienne contre les Houthis au Yémen. L'aéroport est resté fermé depuis samedi, bien qu'une conférence internationale sur l'énergie ait eu lieu à Riyad dimanche.

Les Houthis revendiquent quatre « opérations d'envergure »

Yahya Saree, porte-parole militaire des Houthis, a revendiqué les attaques, mentionnant « quatre opérations d'envergure » en 24 heures, utilisant divers missiles et drones. Les rebelles ont ciblé l'aéroport de Riyad en trois phases dès vendredi soir, ainsi que deux sites d'Aramco à l'est de l'Arabie saoudite.

La quatrième opération a visé l'aéroport de Dammam, perturbant le trafic aérien. La coalition saoudienne a annoncé avoir abattu un drone dans la région. Les Houthis ont averti que les aéroports saoudiens ne sont « pas sûrs », à l'exception de ceux de La Mecque et Médine, et ont menacé de nouvelles attaques si l'Arabie saoudite poursuivait ses opérations au Yémen.

Conséquences économiques : la saison de la Omra menacée

La paralysie de l'aéroport de Riyad survient à un moment critique pour l'économie saoudienne. Octobre marque le début de la haute saison pour la Omra, attirant des millions de musulmans. La fermeture de l'aéroport menace ce secteur clé des revenus non pétroliers du royaume. Des vols, comme ceux de Kuwait Airways, ont été annulés.

Plusieurs pays, dont l'Allemagne, le Canada et l'Espagne, ont émis des recommandations de voyage pour éviter Riyad. La France a déconseillé vendredi de s'y rendre par avion, sauf nécessité. Le Département d'État américain a également conseillé d'éviter l'aéroport et ses environs.

La conférence WPC Energy s'est tenue comme prévu dimanche, ainsi qu'une réunion ministérielle à huis clos. Par précaution, les cours en présentiel à Riyad ont été suspendus, passant à l'enseignement à distance en raison de la menace d'autres attaques.

Une guerre qui s'enlise depuis 2014

Les récentes attaques sur Riyad sont sans précédent depuis le début de la guerre au Yémen en 2014. En septembre, les Houthis ont lancé une offensive sur le détroit de Bab Al-Mandab, déclenchant une contre-offensive soutenue par l'aviation saoudienne. Les forces yéménites ont progressé mais sans sécuriser cette voie stratégique, les Houthis gardant le contrôle de l'île de Mayyoun.

Le détroit de Bab Al-Mandab est stratégique, reliant l'Europe à l'Asie via le canal de Suez. Les Houthis ont dénoncé une « agression saoudienne » avec 124 frappes aériennes depuis samedi. Ils affirment maintenir le contrôle sur Bab Al-Mandeb et d'autres zones clés, selon Hizam al-Asad, politicien houthi.

Trump évoque une possible intervention américaine

La communauté internationale a vivement condamné les attaques. Le président américain Donald Trump a qualifié les événements d'« inacceptables » et envisage une participation américaine aux opérations militaires contre les Houthis. Il a annoncé des discussions avec le prince héritier Mohammed Ben Salman.

Selon Newsweek, Robert A. Pape de l'université de Chicago estime que l'attaque augmente les chances d'une intervention de Trump, avec deux options possibles : une confrontation directe avec l'Iran ou des frappes ciblées contre les Houthis.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a condamné l'attaque « terroriste » contre l'aéroport de Riyad. L'ONU, Paris, Londres et d'autres capitales ont également dénoncé cette « escalade dangereuse », selon Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

Malgré des tensions diplomatiques, les Émirats arabes unis ont exprimé leur solidarité avec l'Arabie saoudite. Le ministre des affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, a souligné la nécessité d'une solution politique au conflit, avertissant que la voie militaire compliquerait la situation.

Un défi sécuritaire majeur pour le royaume

La coalition saoudienne a qualifié l'attaque de samedi de « crime de guerre » et promis une réponse « ferme ». Le général Turki Al-Malki a accusé les Houthis de cibler délibérément des civils. « L'aéroport de Riyad est une cible civile », a déclaré une source diplomatique à l'AFP.

La réputation sécuritaire du royaume est mise à mal alors qu'il cherche à diversifier son économie et attirer des investissements dans le cadre de sa « Vision 2030 ». Les deux camps semblent déterminés à poursuivre les combats, rendant une solution diplomatique lointaine. La fermeture de l'aéroport de Riyad et les menaces des Houthis présagent une période d'instabilité durable, affectant l'économie saoudienne et la sécurité régionale.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «L’aéroport de Riyad frappé deux jours consécutifs par les Houthis»

Leave a comment

* Required fields