Une enquête Scalapay menée auprès de 2 200 utilisateurs européens révèle que plus d’un tiers des Français renoncent à leur achat lorsque le paiement en plusieurs fois n’est pas proposé. L’usage du BNPL a augmenté de 59% en six mois, transformant cette option en critère décisif, parfois devant le prix lui-même.
Le paiement fractionné devient une condition d’achat pour 36% des Français

Voilà un chiffre qui devrait faire réfléchir les commerçants : 36% des utilisateurs français abandonnent leur panier lorsque le paiement fractionné n'est pas disponible. Ce n'est plus un service accessoire, c'est devenu un seuil. Un tiers déclare simplement qu'il n'aurait pas acheté, près de 30% reportent l'achat. Autrement dit, ne pas proposer le BNPL (Buy Now, Pay Later), c'est accepter de perdre une transaction sur trois. Difficile d'ignorer un tel effet de bord.
Un usage en forte hausse, mais pour quelles raisons ?
L'enquête Scalapay, réalisée en juin 2026 auprès de plus de 2 200 utilisateurs en France, Italie, Espagne et Portugal, montre que 59% des Français ont davantage recours au paiement en plusieurs fois qu'il y a six mois. Ce n'est pas un signe de fragilité financière, du moins pas au sens classique du terme. Les répondants évoquent plutôt une volonté de mieux gérer leur budget, d'étaler leurs dépenses dans le temps. Le vocabulaire employé est révélateur : ils se sentent « plus sereins » (50%), « davantage en contrôle » (40%). Moins de 10% déclarent se sentir anxieux ou indifférents.
Le paiement fractionné joue donc un rôle psychologique. Il transforme l'acte d'achat, jadis perçu comme un sacrifice ou un risque budgétaire, en un moment de confiance maîtrisée. On passe d'un rapport anxiogène à l'argent à une forme de pilotage mensuel, presque comptable. Le problème, c'est que cette maîtrise repose sur une illusion partielle : étaler un achat de 100 euros en quatre fois ne réduit pas la dépense, elle la rend simplement plus digeste. Mais psychologiquement, cela fonctionne. Et c'est précisément ce qui explique l'adoption massive.
La flexibilité de paiement devant le prix : un basculement structurel
L'un des enseignements les plus frappants de l'étude concerne la hiérarchie des critères d'achat. Pour 72% des Français interrogés, la flexibilité de paiement est un critère déterminant, juste derrière le prix (76%), mais devant les promotions (50%). En Italie et en Espagne, le paiement fractionné devance même tous les autres critères. Autrement dit, pour une partie croissante des consommateurs, la manière de payer compte autant, voire plus, que le montant à payer.
C'est un basculement structurel. Pendant des décennies, le commerce s'est organisé autour du prix et de la promotion. Aujourd'hui, c'est la capacité à étaler le paiement qui devient le levier de conversion décisif. Les avis clients, pourtant omniprésents dans le discours marketing, ne pèsent que pour un consommateur sur cinq. La durabilité, malgré sa forte visibilité médiatique, reste marginale : elle ne dépasse pas 10% en Italie et en Espagne. En France, elle atteint 28%, signe d'une sensibilité environnementale plus marquée, mais elle reste loin derrière la flexibilité de paiement.
Reste que cette évolution pose une question : si le mode de paiement devient plus important que le produit lui-même, vers quel type de commerce se dirige-t-on ? Un commerce où la valeur perçue repose moins sur l'objet que sur la facilité à l'acquérir. C'est une transformation profonde, qui déplace le curseur de la qualité vers l'accessibilité financière immédiate.
Des achats plaisir maintenus, malgré la prudence affichée
Malgré un contexte économique que l'on dit contraint, les consommateurs ne renoncent pas aux achats plaisir. Plus de 68% des Français déclarent avoir réalisé au moins deux achats plaisir au cours du dernier mois, et 30% en ont effectué plus de cinq, soit la proportion la plus élevée parmi les quatre marchés étudiés. Le panier moyen national s'établit à 96 euros, mais grimpe à 112 euros chez les 18-34 ans.
Les catégories les plus populaires restent la mode, la beauté et la maison. Mais certaines catégories affichent des paniers moyens nettement plus élevés : le voyage atteint 541 euros, la formation 446 euros, la maison 391 euros. À l'inverse, le bien-être et la pharmacie (105 euros), la mode (119 euros), le médical (119 euros) ou les accessoires (123 euros) affichent des montants beaucoup plus modestes. Le BNPL accompagne donc toute la diversité des comportements d'achat, du plus courant au plus engageant.
En réalité, les consommateurs continuent de dépenser, mais ils le font différemment. Ils réduisent leurs dépenses du quotidien (38% en France), reportent les achats importants (32% en Espagne), mais changent très peu de marque pour économiser (moins de 10%). La fidélité reste forte, même en période de tension économique. Le paiement fractionné permet justement de maintenir cette fidélité sans renoncer à l'achat.
TikTok et l'IA : les nouveaux outils de décision
L'étude met également en évidence une transformation rapide des modes de découverte et d'achat. En France, TikTok est désormais la première plateforme de découverte produit (28%), devant Instagram (24%). Chez les 18-24 ans, 45% utilisent TikTok pour découvrir de nouveaux produits. Cette montée en puissance laisse présager une accélération du social commerce à mesure que TikTok Shop se déploie en Europe.
Parallèlement, l'intelligence artificielle s'installe progressivement dans les habitudes de consommation. Une majorité de consommateurs a utilisé l'IA au cours des trois derniers mois, principalement pour comparer les prix, identifier les meilleures offres ou trouver des alternatives moins coûteuses. L'IA apparaît ainsi comme un nouvel outil d'aide à la décision, utilisé pour optimiser chaque achat sans pour autant remplacer le jugement du consommateur.
Ces évolutions dessinent un consommateur qui continue de dépenser, mais de manière plus réfléchie, plus sélective, et avec des attentes nettement plus élevées envers les marques. Le paiement fractionné n'est plus un avantage périphérique, c'est un levier stratégique. Pour les commerçants, ignorer le BNPL, c'est accepter de perdre des transactions qui auraient pu être converties. À l'inverse, l'intégrer, c'est répondre à une attente forte, améliorer la conversion et renforcer durablement la fidélité. Mais cela suppose aussi d'accepter une dépendance croissante à des acteurs financiers intermédiaires, dont le modèle économique repose sur la fragmentation du paiement. Le risque, à terme, c'est de transformer le commerce en un système où la capacité à fractionner compte plus que la capacité à créer de la valeur.