Le 4 mars 2026, à Bruxelles, la Commission européenne a dévoilé un projet législatif majeur destiné à stimuler la production industrielle sur le continent. Baptisé « Industrial Accelerator Act », ce plan vise à renforcer le Made in Europe dans plusieurs secteurs industriels jugés stratégiques. L’initiative s’inscrit dans une stratégie de réindustrialisation européenne et cherche notamment à soutenir les industries face à la concurrence internationale, en particulier celle des États-Unis et de la Chine.
Le plan Made in Europe pour relancer les industries stratégiques
Le projet présenté par Bruxelles repose sur un principe simple : encourager la production industrielle au sein de l’Union européenne. Concrètement, la Commission souhaite intégrer des critères Made in Europe dans les marchés publics et dans certaines aides publiques afin de soutenir les industries locales. Les autorités européennes veulent ainsi mobiliser le poids économique de la commande publique, estimé à plus de 2 000 milliards d’euros par an, soit environ 14 % de l’activité économique de l’Union, selon Reuters.
Plusieurs secteurs industriels sont directement concernés par ces propositions. Les mesures visent notamment les technologies propres, l’automobile électrique, ainsi que les industries énergivores telles que l’acier, l’aluminium ou le ciment. Selon la Commission européenne, ces domaines représentent des segments clés pour renforcer le Made in Europe et sécuriser les chaînes d’approvisionnement du continent. Ces secteurs couvrent environ 15 % de la production manufacturière européenne.
Dans ce contexte, Bruxelles affiche une ambition industrielle claire. L’objectif consiste à porter la part de l’industrie manufacturière à 20 % du produit intérieur brut de l’Union européenne d’ici 2035, contre 14,3 % aujourd’hui, selon la Commission européenne, dans un environnement économique marqué par une concurrence mondiale intense.
Made in Europe : des critères industriels et environnementaux renforcés
Les propositions détaillées par Bruxelles introduisent des exigences concrètes liées au Made in Europe dans plusieurs chaînes industrielles. Par exemple, les véhicules électriques acquis dans le cadre de marchés publics devront être assemblés dans l’Union européenne et comporter environ 70 % de composants produits en Europe, hors batterie. Ces critères doivent entrer en vigueur six mois après l’adoption de la législation.
De même, certaines matières industrielles seront soumises à des exigences spécifiques. Ainsi, l’aluminium utilisé dans les projets soutenus par des fonds publics devra être à la fois produit en Europe et répondre à des critères environnementaux. Un seuil de 25 % d’acier bas carbone pourrait également être exigé dans les marchés publics afin de stimuler les industries sidérurgiques européennes et d’accélérer la transition écologique.
Toutefois, Bruxelles prévoit aussi des mécanismes de flexibilité : des exceptions pourraient être accordées si un produit n’est fabriqué que par une seule entreprise dans le monde ou si l’application des critères Made in Europe entraîne une hausse des coûts d’au moins 25 % dans les marchés publics, ou de 20 % dans certaines enchères publiques. Cette approche vise à protéger les industries locales tout en évitant des effets économiques trop contraignants.
Parallèlement, la Commission entend accélérer la construction d’usines et simplifier certaines procédures administratives. Ces mesures doivent faciliter l’implantation de nouveaux sites industriels et renforcer la capacité de production européenne dans les secteurs stratégiques, tout en consolidant le Made in Europe dans les chaînes industrielles.
Made in Europe : sécuriser les investissements et l’emploi industriel
En outre, les propositions européennes ne se limitent pas aux règles de production. Bruxelles souhaite également encadrer certains investissements étrangers dans les secteurs industriels sensibles afin de protéger le Made in Europe. Selon la Commission européenne, des conditions spécifiques s’appliqueront aux investissements dépassant 100 millions d’euros lorsqu’ils concernent des domaines stratégiques comme les batteries, les véhicules électriques ou les matières premières critiques.
Dans ces cas, plusieurs exigences pourraient être imposées. Les projets devront notamment garantir qu’au moins 50 % des emplois soient occupés par des travailleurs européens et qu’une part de la production soit réalisée dans l’Union. Selon Euronews, certaines propositions évoquent aussi des transferts de technologie, une part de production locale d’environ 30 % et un investissement équivalant à 1 % du chiffre d’affaires mondial dans la recherche et développement en Europe.
Ces mesures visent à renforcer les industries européennes dans un contexte de forte compétition internationale. Comme l’a déclaré Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne : « Sans base industrielle forte, pas de modèle social européen, pas de transition climatique, pas d’autonomie stratégique », rapporte Le Monde.
De plus, les responsables européens soulignent l’urgence d’agir face aux transformations industrielles en cours. Stéphane Séjourné a averti que « si nous ne faisons rien, il est clair que bientôt 100 % des technologies propres seront produites en Chine ». Cette inquiétude reflète la domination croissante de certains pays dans les chaînes de production mondiales, notamment dans les technologies liées à la transition énergétique.
Dans ce contexte, les enjeux économiques sont considérables. Environ 600 000 emplois pourraient disparaître dans l’industrie automobile européenne au cours des cinq à dix prochaines années si aucune mesure n’est prise. À l’inverse, la stratégie Made in Europe pourrait contribuer à préserver ou créer environ 150 000 emplois dans d’autres secteurs industriels.
Enfin, Bruxelles insiste sur la dimension stratégique de ces propositions. Un responsable européen cité par Euronews résume l’approche de la Commission : « L’Europe n’est pas un supermarché, elle doit être une usine ».
