Le gouvernement dévoile quatre mesures pour accompagner les 17 millions de Françaises en ménopause, visant à réduire une facture économique estimée à 2,3 milliards d’euros annuels. Entre renforcement du bilan prévention, consultation longue par les sages-femmes et prescription hormonale élargie, l’investissement de 260 millions d’euros table sur un retour économique de 4,2 euros par euro dépensé d’ici 2030.
Ménopause : l’inaction coûte 2,3 milliards d’euros par an à la France

Avec 17 millions de Françaises concernées et 500 000 nouvelles chaque année, la ménopause représente un coût économique de 2,3 milliards d'euros par an. Lors des premières Assises de la ménopause à Paris Santé Campus le 15 octobre 2026, le gouvernement a présenté quatre mesures pour améliorer sa prise en charge. L'objectif est de réduire les coûts indirects liés aux arrêts maladie, hospitalisations évitables et pertes de productivité.
Conséquences économiques de l'absence de prise en charge
Impact des arrêts maladie et baisse de productivité
Selon l'étude Climatère menée par l'hôpital Foch de Suresnes auprès de 4 140 femmes, 25% des femmes ménopausées subissent une forte dégradation de leur qualité de vie. Alexandre Vallée, responsable de l'étude, souligne que les conséquences de la ménopause sont souvent banalisées. Les symptômes invalidants, tels que les bouffées de chaleur ou les troubles du sommeil qui touchent 27,3% des femmes, provoquent une augmentation des arrêts maladie. L'Institut Montaigne estime ces coûts à 1,8 milliard d'euros par an, auxquels s'ajoutent 500 millions d'euros de perte de productivité. Cela concerne 6,2 millions de femmes actives entre 45 et 55 ans, dont 30% souffrent de symptômes modérés à sévères affectant leur rendement au travail.
Consultations dispersées et inefficacité du système actuel
L'absence d'un parcours de soins structuré entraîne des consultations dispersées. Les femmes consultent en moyenne 3,4 professionnels avant une prise en charge adaptée, ce qui engendre des examens redondants. L'Assurance-maladie dépense ainsi 320 millions d'euros par an, dont 40% pourraient être évités avec un accompagnement préventif. Les hospitalisations pour complications cardiovasculaires et ostéoporose coûtent 450 millions d'euros supplémentaires. De plus, l'étude Climatère montre que les femmes moins diplômées souffrent davantage de symptômes, accentuant les coûts indirects.
Stratégie gouvernementale pour réduire les dépenses
Mon Bilan Prévention : un levier économique
Le dispositif Mon Bilan Prévention, renforcé pour les femmes de 45 à 50 ans, est une mesure économique clé. Lancé en 2024, ce bilan gratuit devrait concerner 2,5 millions de femmes d'ici 2028. Avec un coût de 180 millions d'euros sur trois ans, le ministère de la Santé espère un retour de 4,2 euros pour chaque euro investi, grâce à la détection précoce des risques cardiovasculaires et osseux. L'objectif est d'éviter 15 000 hospitalisations annuelles, économisant potentiellement 420 millions d'euros par an d'ici 2030.
Consultation longue ménopause : un nouveau partenariat
Suite aux négociations infructueuses avec les médecins, le gouvernement se tourne vers les sages-femmes pour instaurer une consultation longue ménopause. Les négociations avec l'Assurance-maladie débuteront bientôt, avec un tarif envisagé entre 60 et 80 euros. L'objectif est de réaliser 800 000 consultations par an d'ici 2028, pour un investissement de 48 à 64 millions d'euros par an. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, souligne l'importance d'une réponse collective, alors que de nombreuses femmes n'ont pas de suivi gynécologique régulier.
Prescription hormonale par les sages-femmes : enjeux budgétaires
La possibilité pour les sages-femmes de prescrire des traitements hormonaux pourrait générer des économies. Actuellement, seuls les médecins peuvent prescrire ces traitements, entraînant des consultations coûteuses. Si la Haute Autorité de Santé approuve cette extension de compétences, l'économie pourrait atteindre 120 millions d'euros par an. Cependant, des inquiétudes persistent quant à la fragmentation du suivi et aux prescriptions inadaptées, surtout après l'étude de 2002 sur les risques accrus de cancer du sein liés à ces traitements.
Campagne 2027 : sensibilisation et enjeux économiques
En janvier 2027, Santé publique France lancera une campagne nationale avec un budget de 12 millions d'euros pour informer sur la ménopause. L'Organisation mondiale de la santé souligne que la ménopause est rarement abordée dans les familles et les communautés. Cette campagne vise aussi à réduire le recours tardif aux soins. Une étude du NHS a montré qu'une campagne similaire avait diminué de 18% les consultations d'urgence liées à la ménopause, économisant 85 millions de livres sterling.
L'évaluation des mesures, reportée à octobre 2027 après l'élection présidentielle, interroge sur leur durabilité. Les nouvelles recommandations de la HAS, prévues mi-2027, seront cruciales pour leur mise en œuvre. Le gouvernement espère transformer 2,3 milliards d'euros de coûts indirects annuels en investissements préventifs de 260 millions d'euros. La réussite dépendra de l'engagement des professionnels de santé et d'un accès équitable sur tout le territoire. Dans le contexte des pathologies chroniques, l'efficacité économique de la prévention reste à prouver, mais la ménopause pourrait devenir un exemple de transformation du système de santé français, misant sur la prévention plutôt que sur la guérison.