Pouvoir d’achat : La CFDT veut augmenter les salaires

La CFDT exige la réouverture des négociations salariales dans les entreprises et la fonction publique pour adapter les rémunérations à l’inflation. Marylise Léon dénonce 47 branches encore sous le Smic et appelle à responsabiliser les employeurs face aux difficultés de pouvoir d’achat.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 mai 2026 6h51
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En 2025, les hausses salariales se concentrent sur une partie seulement des cadres. - © Economie Matin
1867,02 EUROSAu 1er juin, le SMIC horaire passera 12,31 euros, soit 1 867,02 euros brut par mois

Dans un contexte d'inflation persistante qui grève le quotidien des ménages français, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, adresse un appel pressant aux entreprises comme à la fonction publique : rouvrir sans délai les négociations salariales pour adapter les rémunérations à la réalité de la hausse des prix. Cette exigence revêt une acuité particulière alors que le Smic s'apprête à connaître une revalorisation automatique de 2,41 % au 1er juin 2026, soit environ 35 euros nets supplémentaires par mois — une bouffée d'air jugée bien insuffisante par la centrale syndicale.

Lors d'un entretien accordé au Parisien ce samedi 16 mai, la dirigeante du premier syndicat français ne mâche pas ses mots. Elle dénonce l'étroitesse d'un mécanisme automatique qui ne répond qu'à l'inflation passée, sans anticiper les turbulences à venir. « Cela répond simplement à un mécanisme automatique de revalorisation par rapport à l'inflation. Après, si la guerre en Iran s'éternise, il faudra peut-être revoir la copie », souligne-t-elle avec une lucidité désabusée.

La CFDT appelle à rouvrir les négociations salariales face à l'érosion du pouvoir d'achat

Sur le plan politique, la démarche de Marylise Léon s'adresse simultanément à plusieurs acteurs. Aux employeurs du secteur privé, elle oppose la réalité des bilans florissants pour mieux légitimer une redistribution salariale. À l'État employeur, elle pointe les absurdités d'une grille de la fonction publique déconnectée du plancher légal. Au gouvernement, enfin, elle rappelle ses obligations législatives européennes. Ce faisant, la CFDT se positionne non comme un syndicat de contestation mais comme un interlocuteur de responsabilité, appelant chacun à assumer sa part d'un contrat social menacé. Suivez l'actualité France économique, ce qui façonne notre pays en 2026, pour saisir l'ampleur de ces transformations.

47 branches encore en dessous du salaire minimum

Le diagnostic dressé par la CFDT révèle sous un jour cru les dysfonctionnements du système salarial français. Pas moins de 47 branches professionnelles maintiennent des grilles de rémunération dont les premiers échelons se situent en dessous du salaire minimum légal. Une aberration que la revalorisation du Smic de juin ne fera qu'aggraver, élargissant mécaniquement le fossé entre le plancher légal et ces minima conventionnels obsolètes.

Parmi les secteurs épinglés, l'hospitalisation privée présente deux coefficients inférieurs au Smic, tandis que les jardineries en comptent pas moins de neuf. « Au passage, ce sont ces dernières qui — non sans culot — voulaient ouvrir le 1er Mai ! », s'indigne Marylise Léon, pointant l'incongruité saisissante entre ces appétits patronaux et la réalité salariale de leurs salariés.

D'après Le Dauphiné Libéré, la problématique s'étend également à la fonction publique, où les dix premiers échelons du premier grade de la catégorie C demeurent en dessous du Smic. Conséquence sidérante de cette mécanique : des agents publics peuvent traverser dix-neuf années de carrière consécutives sans percevoir le moindre centime d'augmentation de salaire.

Un impératif économique et social autant que politique

Pour la secrétaire générale de la CFDT, la relance des négociations salariales transcende la simple revendication corporatiste. Elle y voit un enjeu de cohésion nationale. « Il est impératif de rouvrir des négociations salariales là où elles viennent de se conclure et d'anticiper celles qui sont prévues. Il faut prendre en compte l'inflation et les difficultés de pouvoir d'achat des salariés », martèle-t-elle, selon Le Figaro.

Cette urgence repose sur une lecture précise des capacités financières des entreprises. Marylise Léon rappelle que « certaines entreprises vont très bien » et appelle à « responsabiliser les employeurs ». L'argument est chiffré et implacable : en 2025, les entreprises du CAC 40 ont versé 107,5 milliards d'euros à leurs actionnaires, sous forme de dividendes ou de rachats d'actions — un record historique. La CFDT s'adresse ici directement aux conseils d'administration et aux actionnaires, leur signifiant que la légitimité de tels profits se mesure aussi à l'aune du traitement réservé aux salariés.

Selon BFM TV, cette démarche vise à conjurer « un vrai risque d'accentuation de la fracture sociale ». L'enjeu dépasse ainsi la fiche de paie pour toucher à l'équilibre même du pacte républicain. On songe ici à d'autres mobilisations sociales en Europe, comme la grève chez Lufthansa, où les syndicats mobilisent les équipages des compagnies allemandes sur des revendications salariales comparables.

La bataille de la transparence salariale

Parallèlement à ce combat pour la revalorisation des rémunérations, Marylise Léon laisse éclater sa colère face au retard accumulé dans la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale. Ce texte, dont l'adoption était attendue avant le 7 juin, vise à réduire les inégalités de rémunération entre hommes et femmes en imposant davantage de clarté sur les grilles de salaires au sein des entreprises.

« Bien sûr que cela m'inquiète ! Et ça m'agace beaucoup ! », s'enflamme la dirigeante syndicale. Elle souligne que « l'Europe, souvent critiquée, nous permet d'avancer sur ce sujet fondamental des inégalités salariales entre hommes et femmes. Le calendrier est connu depuis longtemps et on ne s'est pas beaucoup pressé. » Une charge à peine voilée contre l'exécutif, accusé de procrastination sur un dossier dont la sensibilité politique ne saurait justifier l'atermoiement.

Face aux justifications gouvernementales évoquant un « embouteillage parlementaire », Marylise Léon propose une solution sans ambages : retirer du calendrier législatif le projet de loi sur le 1er Mai, qu'elle juge non prioritaire, pour y substituer les textes concernant véritablement les travailleurs et accélérer la transposition de la directive européenne. Une injonction politique autant que syndicale, qui révèle la volonté de la CFDT d'influer directement sur l'agenda parlementaire.

Les défis à venir pour les négociations salariales

L'appel de la CFDT s'inscrit dans un contexte économique singulièrement tendu. L'inflation, bien que partiellement maîtrisée, continue de ronger le pouvoir d'achat des ménages. Le conflit en Iran, expressément mentionné par Marylise Léon, pourrait alimenter de nouvelles pressions sur les prix de l'énergie et des matières premières, remettant en cause les projections les plus optimistes.

Les entreprises se trouvent désormais face à un arbitrage délicat entre la préservation de leurs marges et la nécessité morale d'adapter les rémunérations. Le gouvernement, de son côté, devra composer avec des finances publiques sous contrainte tout en préservant l'attractivité d'une fonction publique dont les grilles salariales peinent à retenir les talents.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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