Alstom Belfort : le calamiteux sauvetage pourrait-être illégal

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Publié le 5 octobre 2016 à 11h41
Tgv Alstom Sauvetage Usine Belfort Plan Gouvernement
30 %Un TGV coûte 30 % plus cher en exploitation qu'un train classique (c) Shutterstock

Le sauvetage de l'usine Alstom de Belfort vire au burlesque. Non seulement l'achat de TGV par le gouvernement pour les faire rouler sur des voies classiques est dispendieux, mais il est fort probablement en prime illégal !

500 millions d'euros pour acheter 15 trains, sauver ou plutôt, préserver 500 emplois pendant 2 ou 3 ans : voilà le triste bilan du sauvetage de l'usine Alstom par le gouvernement.

En annonçant vouloir acheter 15 rames de TGV pour les faire rouler sur les voies classiques, sur les lignes intercités, gérées directement par l'Etat dans le cadre de sa mission d'aménagement du territoire, l'éxecutif a surtout donné une preuve supplémentaire de son incompétence et de l’amateurisme inégalé de ses équipes.

L'achat de TGV par l'Etat, illégal ?

Comment des conseillers, que ce soit à Matignon, au ministère des Transports, à l'Economie des Finances, ont pu en effet laisser passer sans sortir de carton rouge le projet rocambolesque d'acheter des trains sans passer par un appel d'offres ? Manuel Valls a beau se prévaloir d'un contrat cadre signé entre Alstom et la SNCF en 2007, c'est bien l'Etat, et non la SNCF, qui achète ces trains. Et le contrat cadre, quand bien même l'Etat aurait supervisé sa signature, ce qui n'est même pas certains, ne peut être évoqué pour cette opération.

Comment des conseillers, que ce soit à Matignon, au ministère des Transports, à l'Economie des Finances, ont pu également laisser passer l'idée fumeuse consistant à faire rouler des TGV sur des lignes classiques, alors qu'ils coûtent deux fois plus cher qu'un train classique à l'achat, et 30 % de plus, en exploitation ?

Y-a-t-il encore des conseillers dans les ministères ?

Comment, enfin, des conseillers, que ce soit à Matignon, au ministère des Transports, à l'Economie des Finances, ont pu proposer , ou simplement accepter l'idée que l'Etat achète ces trains, pour donner du travail aux salariés de l'usine Alstom de Belfort, afin de les utiliser un peu (on parle de un ou deux ans), puis ensuite, tenter de les revendre à la SNCF qui n'en a pas besoin... ou à un concurrent, qui les mettrait aussitôt sur le réseau grande vitesse français, ouvert à la concurrence ?

Manuel Valls a beau se défendre en parlant d'un Etat tacticien, c'est surtout une conception soviétique de l'économie et du pouvoir qui éclate au grand jour. Ces gens là ne connaissent décidément rien à l'économie et au droit, et aux règles qui permettent de réguler l'un comme l'autre. On attend de voir désormais comment Bruxelles, et son commissaire européen à la concurrence, vont réagir à cette annonce. Gageons que l'on risque d'entendre encore parler souvent, et longtemps, du sauvetage calamiteux de l'usine Alstom de Belfort, à commencer pendant la campagne présidentielle qui commence pour de bon.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016. Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018.   Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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