Alstom valse entre General Electric et Siemens sous l’oeil affolé de l’État

Par Olivier Sancerre Modifié le 29 novembre 2022 à 10h10

Après l'achat de SFR par Numericable, un nouveau dossier brûlant a atterri sur le bureau du ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg. Et au contraire de celui qui a vu l'opérateur au carré rouge valser pendant plusieurs mois entre deux prétendants, il s'agit cette fois d'agir vite.

Alstom, une énergie à revendre

Alstom, géant français de l'industrie, est en passe de se faire avaler par le mastodonte américaine General Electric (GE, 146 milliards de chiffre d'affaires, 305 000 salariés dans le monde dont 11 000 en France). GE a l'intention de racheter la branche Énergie du groupe français, qui produit des équipements pour les centrales électriques. Cette filiale compte pour 70% des revenus d'Alstom et 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel.

La filiale en charge de la construction des rames de TGV, fleuron de l'industrie française, n'intéresse pas en revanche l'américain. La transaction est estimée à 10 milliards d'euros. Et les négociations sont allés bon train : le gouvernement n'a été mis au courant que jeudi dernier, tandis que le conseil d'administration d'Alstom devait rendre une décision dès dimanche.

En tant que tel, l'État n'a plus aucune participation dans Alstom depuis 2006. Néanmoins, le gouvernement a encore son mot à dire, ne serait-ce qu'au vu des activités stratégiques de la branche d'Alstom. D'ailleurs, « le gouvernement n'acceptera pas qu'une décision soit prise, quelle qu'elle soit, dans la précipitation et sans l'instruction conjointe avec les intérêts de la Nation des choix alternatifs », a souligné avec fermeté le ministère de l'Économie.

Siemens, ennemi hier, ami aujourd'hui

De fait, le gouvernement a fait appel à un certain Bouygues, en possession de 29,4% d'Alstom, afin de pousser le groupe à considérer une autre offre tombée du ciel : un attelage avec Siemens, qui a fait connaitre son intérêt pour Alstom dimanche matin. Le groupe allemand, qui voit d'un mauvais oeil l'installation du puissant américain dans son pré carré européen, a une offre en numéraire à proposer, le maintien de l'emploi en France pendant « au moins trois ans », ainsi que des projets d'investissement.

Une acquisition par Siemens d'Alstom serait un pied de nez formidable à l'histoire : en 2003, alors que le français était au plus mal, l'offre de reprise de Siemens avait été retoquée par l'État ! Visiblement, l'heure est donc très grave pour que l'ennemi d'hier se soit soudainement transformé en chevalier blanc.

Arnaud Montebourg fera tout pour éviter une nouvelle humiliante déconvenue : lui qui a poussé Bouygues à racheter SFR en pure perte, on imagine mal le voir subir un deuxième affront. François Hollande recevra ce lundi matin le président de GE, tandis que le conseil d'administration d'Alstom a repoussé sa décision à ce mercredi.

Journaliste adepte des nouvelles technologies et de l'économie en général, Olivier est aussi un féru d'histoire et pour son plaisir, il parcourt les musées partout dans le monde.

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