Auto-école : peut-on se fier au seul taux de réussite ?

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Par Stanislas Llurens Publié le 28 février 2017 à 12h02
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69%69 % des auto-écoles annonceraient des taux de réussite supérieurs à la réalité

Nous vivons à l'ère de la transparence. Dans tous les secteurs de la société - politique bien-sûr, économique, médical et sanitaire, alimentaire, etc., les citoyens expriment un besoin, on ne peut plus légitime, de savoir pour qui ils votent, ce qu'ils achètent ou ce qu'il y a dans leur assiette. Les écoles de conduite n'échappent pas à cette exigence, et c'est une excellente chose.

Que l'État divulgue, sur Internet, les taux de réussite de chaque auto-école, crée en réalité plus de confusion que de clarté dans l'esprit des clients. Si l'intention est louable, le résultat omet les particularismes locaux dans lesquels s'inscrivent, par définition, nos écoles de conduite. En effet, l'équation « mauvais taux de réussite à l'examen du permis = mauvaise établissement » est à la fois simpliste et profondément biaisée.

Biaisée, parce les auto-écoles obligées d'accepter tous les candidats et affichant les moins bons résultats sont souvent placées dans des zones difficiles, où « une formation et une éducation routière renforcées sont nécessaires », comme le rappelle, à juste titre, le Conseil national des professions de l'automobile (CNPA). Simpliste, parce ce n'est pas forcément l'obtention du fameux papier rose qui fait le bon conducteur. Puisque l'on parle de transparence, quels devraient être les critères, plus justes, sur lesquels les auto-écoles pourraient être jugées ?

Miser sur la qualité de l'enseignement, pas sur la quantité

Comme beaucoup de mes homologues, je pense - et je le constate au quotidien dans l'exercice de mon métier - que ce sont les heures d'apprentissage de la conduite qui déterminent le comportement du futur conducteur au volant. Depuis longtemps, le nombre minimum d'heures de conduite requises avant de se présenter à l'examen était fixé par la loi à 20. Dans les faits, bien peu d'élèves peuvent s'en contenter, et ils ont, en moyenne, besoin de 35 heures d'apprentissage avant d'être en mesure de se présenter à l'examen du permis dans les meilleures conditions.

Ainsi, au lieu de diffuser un classement basé sur la seule réussite à l'examen, qui ne reflète que très imparfaitement les réalités du terrain, pourquoi ne pas prendre en compte le nombre d'heures proposées par chaque école pour évaluer leur efficacité ?

Si les futurs apprentis conducteurs, ou leurs parents, avaient accès au nombre d'heures dont les élèves de telle ou telle auto-école ont besoin, en moyenne, avant de se présenter pour la première fois à l'examen du permis, cela leur offrirait une information bien plus utile qu'un simple taux de réussite. Si l’enseignement d’une auto-école est de qualité, l’élève aura besoin de moins d’heures d’apprentissage pour obtenir son examen. Cela diminuera indéniablement le prix du forfait pour l’élève et contribuera également à la bonne réputation de l’auto-école : une opération gagnant-gagnant pour les deux parties.

Autrement dit, il s'agit de miser sur la qualité de l'enseignement de la conduite plutôt que sur la quantité (quantité d'heures ou de réussites à l'examen). Cette approche qualitative est également à l'œuvre, par exemple, dans l'éducation nationale. Le projet de réforme du système d'évaluation et d'avancement des professeurs, qui devrait voir le jour cette année, prévoit ainsi un meilleur accompagnement des enseignants par les inspecteurs d'académie. Ceux-ci bénéficieront désormais de quatre « rendez-vous de carrière », au cours desquels ils pourront bénéficier de promotions. L'idée est de déconnecter l'inspection de la note, de mettre en place, sur le long terme, une relation de confiance permettant de discuter projets, conseils, orientation... En d'autres termes, de faire primer, ici aussi, la qualité de l'évaluation plutôt qu’un simple jugement arbitraire. Rappelons, au passage, que les élèves des écoles de conduite en ligne ont, eux aussi, la possibilité d'évaluer leurs moniteurs.

Un second critère qu’il semblerait judicieux de prendre en compte dans l’évaluation des auto-écoles est celui de “l’évaluation de départ”. Lorsqu’un élève souhaite s’inscrire dans une auto-école, celle-ci doit faire passer ce que l’on appelle une évaluation de départ, afin de déterminer son niveau et d’estimer le nombre d’heures de conduite qu’elle juge nécessaires pour que celui-ci soit prêt à passer son permis.

L’élève n’est, alors, pas encore engagé avec l’auto-école en question et rien ne l’empêche de décliner l’offre qu’elle lui fait et faire appel à la concurrence. C’est justement à ce niveau là que réside tout l’enjeu de l’évaluation : pour convaincre un élève de signer chez elle, une auto-école peut être amenée à faire une estimation à la baisse. Un élève sera logiquement plus enclin à s’inscrire dans une auto-école lui affirmant n’avoir besoin que de 25 heures de conduite, plutôt qu’une autre qui table sur 40. Ainsi, mettre en parallèle l’estimation du nombre d’heure que l’auto-école fait au départ pour ses élèves et le nombre d’heures réelles que ces derniers effectuent avant de passer leur permis serait un bon moyen d’évaluer réellement sa qualité.

Un enseignement de qualité pour des routes plus sûres

Alors que cette année, pour la première fois depuis 1972, la France a connu une troisième année consécutive de hausse de la mortalité sur les routes, ne faut-il pas se concentrer sur la qualité de l'enseignement de la conduite plutôt que sur l'obtention du permis à tout prix ?

La mission des écoles de conduite, ce n'est pas seulement de mener leurs élèves au permis. C'est d'améliorer le comportement des conducteurs de demain, de renforcer la sécurité sur nos routes et, finalement, de contribuer à faire baisser le nombre d'accidents. Les bonnes pratiques font la bonne conduite. Voilà pourquoi les auto-écoles doivent être jugées sur la qualité de leur enseignement et non pas sur le taux de réussite.

Car in fine, ce n’est pas le papier rose qui détermine notre comportement sur la route mais la manière dont on a appris à conduire. Juger une auto-école sur son taux de réussite revient à la considérer comme une Prépa médecine qui ne forme ses étudiants qu’à la réussite d’un concours plutôt qu’à la pratique de la médecine. Or, pour des raisons simples de sécurité, on ne doit pas inciter les auto-écoles à enseigner à leurs élèves comment réussir l’examen du permis de conduire, mais plutôt comment bien se comporter sur nos routes.

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Stanislas Llurens est le cofondateur et directeur d’Auto-école.net. Cet ancien chargé de TD à La Sorbonne est un entrepreneur aguerri et un expert du e-learning. Avant de participer à la création d’Auto-école.net, Stanislas Llurens a créé la première plateforme d’e-learning pour aider les étudiants en droit, le Centre de Formation Juridique. Le site est devenu leader des plateformes de formations juridiques en France, avant d’être cédé en 2012.

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