La BCE n’est-t-elle pas en train d’estimer que l’économie européenne est en voie de japonisation ?

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Par Thierry Jabes Modifié le 16 novembre 2013 à 8h26

La BCE a pris la décision surprenante (?) de baisser ses taux d'intérêt directeurs de 0,25%. Etait-ce en réalité si étonnant que cela ? Le chômage européen montre certes des signes de stabilisation, mais le taux de 12,2% est trop élevé pour ne pas provoquer de mouvements sociaux, et le taux de chômage des jeunes dans les pays du sud de la zone euro se situe sur des niveaux intolérables. La baisse de l'inflation, la faiblesse des prêts bancaires, la hausse du chômage, sans mentionner la hausse de l'euro, sont des symptômes d'une politique monétaire trop restrictive. Le vrai message de la baisse des taux décidée par la BCE est probablement la menace de passer à d'autres actions, comme celle d'un véritable Quantitative Easing à l'américaine ou à la japonaise pour la zone euro. Nous pensons que de nouvelles annonces seront faites prochainement en matière de LTRO (solutions pour le refinancement des banques).

En résumé, la BCE sera durablement présente, toujours prête à agir si nécessaire

Et surtout à essayer d'enrayer la hausse contre-productive de la devise européenne (celle qui justement devait disparaître il y a deux ans !!!)

D'autant que la BCE doit lutter contre le manque de visibilité des politiques économiques des Européens, notamment de la France. Ainsi, dès le lendemain de la baisse des taux, L'agence de notation Standard & Poors a de nouveau abaissé la note de la France, de AA+ à AA, après avoir été la première, en 2012, à lui faire perdre son triple A. Il y a un an, S&P avait indiqué maintenir la note AA+ parce que, à son avis, des réformes supplémentaires seraient mises en œuvre à court terme, et qu'elle considérait que le gouvernement français était déterminé à persévérer dans des "réformes budgétaires et structurelles importantes". Dans le même temps, elle précisait qu'il existait un risque "d'au moins 1 sur 3 d'un abaissement de note au cours de l'année 2013". La réalisation de cette hypothèse montre que S&P estime que la France a échoué à mettre en place ces réformes.

Pas de réforme, pas de croissance, avec un taux de chômage élevé, telle est la situation de la France aujourd'hui

Si les marchés financiers n'attaquent pas les actifs français, c'est probablement parce que le risque systémique a quasiment disparu. Toutefois, agences de notation, FMI, OCDE, tout le monde perçoit aujourd'hui la France comme le maillon faible de l'Europe. (le Spread entre la dette à 10 ans de la France et celle de l'Allemagne, autour de 47 bps est probablement à des niveaux trop bas).

Plus l'inflation restera basse longtemps, plus les politiques monétaires non conventionnelles vont perdurer. Pourtant, de manière concomitante, le prix des actifs financiers continue de s'apprécier. Le marché américain est à son plus haut historique et le MSCI World est tout proche de ses niveaux record de 2007. Les spreads de crédit reviennent à des niveaux préalables à la crise de 2007.

Aussi, plus les politiques monétaires vont rester accommodantes, plus les marchés vont continuer de monter. C'est l'effet mécanique des liquidités abondantes. Le risque de décrochage arrivera lorsque les politiques monétaires s'ajusteront : Aux Etats-Unis, le risque pour les marchés actions vient paradoxalement plus de bons chiffres d'emploi que de mauvais, puisque la FED, sous l'impulsion de son nouveau gouverneur, sera contrainte d'ajuster à la baisse ses programmes de rachat obligataires.

Que doit-on/ peut-on acheter dans ce contexte ?

Question délicate, car les actifs vont rester chers. Peut-être est-il temps de regarder à nouveau les marchés émergents. Les flux pourraient revenir dans les actifs émergents, puisque la croissance, notamment américaine (2,8% de croissance annualisé au 3ème trimestre, cela fait rêver les Européens !!), reprend de la vigueur, et que la politique monétaire américaine ne devrait pas s'infléchir avant le printemps 2014. Une surperformance des devises et des marchés émergents est donc tout à fait possible dans ce contexte.

Faut-il pour autant fuir les marchés européens ? Nous ne le croyons pas !

L'engouement des investisseurs internationaux pour l'Europe, patent depuis l'été dernier, ne va pas brutalement se retourner de sitôt, d'autant plus que la BCE est jugée pro-active et non plus réactive. L'Allemagne et sa vision monétariste est en train de se faire dépasser par les partisans d'un soutien à l'activité plus forte. La BCE considère aujourd'hui, à juste titre, que la lutte contre la déflation est la priorité des priorités. Cela rassure les investisseurs, qui vont continuer à saluer cette nouvelle donne. Les actifs sont probablement chers, mais vont ainsi probablement continuer à s'apprécier, dans l'attente d'un rebond de l'activité.

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Thierry Jabes est le directeur général et stratégiste de 360 Asset Managers. Diplômé de l'école H.E.C., il a été gérant de portefeuilles de swaps et de futures pour Altus Finance, responsable des marchés de taux d'intérêt internationaux pour Odyssey Partners, conseiller de la société ARTEMIS sur la gestion de son risque de taux et de change, ainsi que gérant de portefeuilles pour la CPR, filiale du Crédit Agricole Indosuez. En 2001 il crée ANTELMA Asset Managers qui deviendra 360 AM en 2007.

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