La courbe du chômage a été inversée, mais ça se voit pas !

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Par Charles Sannat Modifié le 8 janvier 2014 à 12h23

Il y a quelques jours, c’était les vacances, enfin pour moi !! Résultat : j’ai pu me prélasser devant une télé et regarder quelques journaux dont ceux de BFM. Bref, tout ça pour vous dire que j’ai beaucoup rigolé le 26 décembre dernier lorsque le gouvernement nous a amusés entre la poire et le fromage avec le coup de l’inversion de la courbe du chômage qui s’était définitivement inversée par l’intervention du Saint Esprit (ce qui convient parfaitement à l’esprit de Noël soit-dit en passant) et sans doute celle du gouvernement qui améliore chaque jour la compétitivité française en augmentant les charges et le pouvoir d’achat en augmentant les impôts.

Logiquement, une politique aussi imaginative et d’une telle efficacité ne peut qu’aboutir à des résultats économiques hors du commun permettant une inversion rapide et durable de la courbe du chômage.

À ce rythme, le gouvernement Hollande pourra décréter le retour au plein-emploi d’ici la mi-2014 !

Bon, je pensais que toute cette petite séance de délire gouvernemental collectif était juste destinée à pousser les consommateurs à faire chauffer les cartes bleues entre les deux tours des fêtes de fin d’année, et que rapidement nous ne parlerions plus de cette vaste plaisanterie qu’est l’inversion de la courbe du chômage.

Arrive début janvier, tout le monde a déjà oublié les statistiques du chômage d’il y a 7 jours et voilà-t-y pas que Benoît Hamon endosse le rôle du crétin de service et se colle à nouveau à ce sujet de l’inversion de la courbe… Et là, autant vous le dire tout de suite, le petit père Benoît il tient un super concept !!

« L’inversion de la courbe est acquise, mais pas perceptible »

C’est beau, c’est grand comme de la novlangue Orwelienne. Vous ne voyez rien c’est normal, ce n’est pas perceptible mais il n’y a plus de chômage.

Ce sinistre ministre vient d’inventer le concept de chômage virtuel, ou de chômage canada dry pour être plus précis… Vous trouvez que votre situation ressemble au chômage, que votre absence de travail a comme le goût du chômage, que votre absence d’activité a le goût du chômage… eh bien non ! Sachez que c’est juste que vous êtes un gros crétin qui ne perçoit pas l’inversion de la courbe…

Bon, cela dit, pour votre défense, vous avez parfaitement le droit de plaider le fait que cette inversion n’est justement (comme le dit si bien notre sinistre) pas « perceptible ».

Pour Hamon donc, « sur le terrain, aujourd’hui, l’inversion de la courbe du chômage qu’on constate dans les chiffres, statistiquement, n’est pas forcément perceptible immédiatement par toutes les familles ».

J’aime bien aussi ce concept « on a commencé l’inversion de la courbe du chômage pour tout le monde, mais dans la réalité, est-ce que c’est perçu sur le terrain ? Non, tant qu’il demeure plus de trois millions de chômeurs ». Cela me donne une furieuse envie de lui dire que dire que l’on inverse le chômage pour tout le monde sauf pour 3 millions de chômeurs, vraiment, ce n’est pas un discours très crédible.

Bref, nous sommes en pleine bouffonnerie de communication politique sans que personne ne réussisse à expliquer à ce gouvernement que décidément, ce n’est pas de cette façon-là qu’il faut s’y prendre.

Après la forme, passons au fond, et regardons les chiffres !

Évidemment, je suis tout de même allé vérifier les chiffres de cette fameuses inversion. Ceux qui lisent le Contrarien Matin régulièrement savent que l’on trouve toutes ces belles statistiques sur le site Internet de la DARES. Voici le résumé :

« Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A s’établit à 3 293 000 en France métropolitaine fin novembre 2013. Ce nombre est en hausse par rapport à la fin octobre 2013 (+0,5 %, soit +17 800). Sur un an, il croît de 5,6 %.

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégories B et C s’établit à 1 583 100 en France Métropolitaine fin novembre 2013. En novembre, le nombre de ceux de catégorie B est en baisse de 3,1 % (+4,2 % sur un an) et le nombre de ceux de catégorie C diminue de 0,4 % (+8,2 % sur un an).

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégories A, B, C s’établit à 4 876 100 en France métropolitaine fin novembre 2013 (5 174 300 en France y compris Dom). Ce nombre est en baisse de 0,1 % (-6 900) au mois de novembre. Sur un an, il augmente de 5,9 %.

Le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi en catégories D et E s’établit à 659 900 en France Métropolitaine fin novembre 2013. En novembre, le nombre d’inscrits en catégorie D est en hausse de 0,9 % et le nombre d’inscrits en catégorie E augmente de 3,1 %. »

Au sens statistique donc et en novembre, il n’y a aucune inversion. Non seulement il n’y a aucune inversion mais en plus les chiffres du chômage augmentent dans presque toutes les catégories. Sur l’année 2013, tout est en hausse.

Statistiquement et factuellement, nous pouvons nous accorder sur un ralentissement réel de l’augmentation du chômage. OUI, le chômage augmente moins vite en cette fin d’année qu’en début d’année et c’est une bonne nouvelle. Nous pouvons nous en réjouir, mais parler d’inversion est parfaitement impropre. Le chômage ne baisse pas. Il augmente moins vite. Nuance ! Et nuance de taille.

Une tripotée de plans de licenciements arrive !

Il faut bien comprendre la complexité du problème de l’emploi en France. Notre industrie se fait laminer depuis quelques années pour ne pas parler d’un déclin marqué depuis deux décennies. L’industrie perd donc de l’emploi.

Là ou le problème se corse ces derniers temps c’est que l’ensemble des pays en difficulté comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal mettent en place des politiques de dumping fiscal et/ou social.

En Espagne, les salaires se sont effondrés de même qu’au Portugal ou en Grèce. Au-delà de l’effet déflationniste, le salarié espagnol ou grec étant peu cher… il est forcément plus compétitif que le salarié français dont le coût augmente ne serait-ce que par le jeu des augmentations de charges.

Quand bien même la croissance serait au rendez-vous, les industriels, de toutes les façons, continueront à préférer des pays à bas coût… en plus situés en plein cœur de l’Europe et de l’euro zone. Désormais un Grec est aussi compétitif qu’un Chinois des villes. La Grèce a réalisé sa convergence vers le modèle chinois (y compris en matière de démocratie). Pour l’Espagne et le Portugal, le mouvement est bien amorcé. Il reste la France.

Que cela vous plaise ou non (et cela ne me plaît pas), lorsqu’une grande banque « propose » de baisse de 30 % les salaires en France, vous devez comprendre que de gré ou de force, vos salaires finiront par baisser d’au moins 30 %.

La France, en restant dans le cadre européen et du libre-échange, ne peut pas espérer voir le chômage réellement s’inverser en maintenant nos coûts, nos salaires et notre protection sociale dans un environnement hyperconcurrentiel entre les nations européennes elles-mêmes !

Alors quoi que claironnent nos mamamouchis, préparez-vous à des lendemains qui déchantent, car à l’horizon il n’y a que cela qui se profile et la volonté des élites politiques et économiques de réaliser une immense convergence économique mondiale alignée sur le modèle chinois. Une dictature politique, une relative liberté d’entreprendre et une liberté totale de consommer…

Une bien triste perspective en ce début d’année 2014. Alors… préparez-vous !

À demain… si vous le voulez bien !!

Au coffre Le Contrarien Charles Sannat

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Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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