Brexit, le retour

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Par Stéphane Déo Publié le 30 juillet 2019 à 11h32
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-7,4%La livre se déprécie contre euro : -7,4% depuis début mai, -2,3% en deux jours.

Attitude très agressive des négociateurs britannique face une attitude plus que fermée des européens : le marché commence à stresser. La BoJ ne change pas sa politique monétaire, il existe en revanche une tendance globale de plus en plus marquée à la baisse de taux.

Point de marché : il n’y aurait donc aucun risque ?

Un des points les plus bizarres des marchés à l’heure actuelle est le niveau de la volatilité implicite sur les classes d’actifs. Alors que la croissance pique du nez, que les discussions sur le Brexit s’enveniment, et que les négociations sino-américaines s’éternisent, pour ne citer que quelques risques, on s’attendrait à ce que la volatilité implicite, qui mesure le stress de marché, progresse. En effet la volatilité implicite mesure le prix d’une assurance pour un investisseur qui veut se protéger, une volatilité implicite basse signifie donc que le marché ne s’attend pas à des surprises importantes dans le futur.

Le graphique ci-dessous montre que sur beaucoup de classes d’actifs, la volatilité est proche de ses plus bas historiques, c’est en particulier le cas pour les taux de change Euro et Yen, mais les volatilités implicites sur les taux d’intérêts et sur les actions sont aussi très basses.

La seule exception est la livre sterling, le marché commence à s’inquiéter donc d’un mouvement important à un horizon de trois mois ou d'un an. Les risques liés au Brexit commencent à peser (cf. ci-dessous).

En résumé, à part un risque très spécifique, le Brexit, les marchés pensent que nous entrons dans une phase de calme sans précédent. Ceci ne correspond pas à notre intuition.

Brexit, la phase des semonces (avant les négociations ?)

Le ministre des Affaires étrangères britannique Dominic Raab ainsi que Boris Johnson ont continué à parler de sortie sans accord si les européens ne faisaient pas de concessions en particulier sur le backstop qui permet d’éviter un retour de la frontière irlandaise. Ces positions et déclarations font écho à celles d’autres membres du gouvernement depuis ce weekend. Une ligne dure, qui s’oppose à un refus catégorique des Européens. Bref c’est un round d’observation pour l’instant, il est temps que ces gens se parlent et essaient de progresser…

En attendant, le marché commence, enfin, à s’apercevoir qu’il y a une incertitude grandissante et à stresser. La livre se déprécie contre euro (-7,4% depuis début mai, -2,3% en deux jours), les actifs refuges sont recherchés (les taux 10-ans sont à 0,65%, un plus bas historique) et le coût de la protection a bondit (les options sur GBP reviennent à des niveaux élevés).

Cela ne facilite certainement pas la tâche de la Banque d’Angleterre qui se réuni jeudi, la faiblesse de la devise et le risque potentiel d’inflation importée devraient l’inciter à monter ses taux, la baisse d’activité devraient la forcer à les baisser. Dilemme typique d’une « petite économie ouverte ». Le second argument devrait clairement prévaloir, le marché attend même une baisse des taux cette année avec une probabilité légèrement supérieure à 50%.

Banque du Japon... et plus

La Banque du Japon n’a pas annoncé de modification de sa politique monétaire. En revanche il a revu ses prévisions d’inflation à la baisse, ce qui pourrait signaler le besoin de plus de stimulus.

C’est la première des trois « grandes » banques centrales à se réunir cette semaine : la Fed se réuni évidement demain et la Banque d’Angleterre jeudi.

Plus largement, on assiste à une vraie accélération mondiale du cycle de baisse des taux : alors que 10 banques centrales dans le monde avaient baissé leurs taux le trimestre dernier (et seulement 3 sur le T1) on est déjà à 7 baisses sur le mois de juillet, et très probablement 8 avec la Fed mercredi. Parmi ces banques, beaucoup de pays importants ; Australie, Afrique du Sud, Indonésie, Corée du Sud, Russie, Turquie et Ukraine. Il faut également noter que le Ministre des Finances indien attend une baisse des taux dans son pays ; ce serait un autre pays majeur, à suivre lors de la réunion du 7 août.

Un changement fondamental de trajectoire qui explique la bonne tenue des actifs risqués mais aussi des actifs des pays émergents.

Jour du dépassement

L’humanité vit à crédit depuis lundi 29 juillet 2019, jour du « dépassement », l’humanité a consommé toutes les ressources naturelles qu’offre la planète pour l’année 2019.

Le Global Footprint Network calcule également le nombre de planètes qu’il nous faudrait si l’humanité avait le train de vie des pays suivants :

Etats-Unis : 5,0 planètes

Australie : 4,1

Russie : 3,2

Allemagne : 3,0

Suisse : 2,8

Royaume-Uni : 2,7

France : 2,7

Italie : 2,7

Espagne : 2,5

Chine :2,2

Brésil :1,7

Inde :0,7

Monde :1,75

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Stéphane Déo est stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Il est diplômé d'HEC, a un DEA en économie à l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales) et un doctorat en finances à HEC. Il a effectué des études post-doctorales à l'université de Berkeley (Californie).Après l’OCDE et Goldman Sachs, il travaille chez UBS en 2001 comme économiste puis stratégiste jusqu’en 2015. Il poursuit son expérience chez Empirical Research Partners comme stratégiste actions globales.

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