Comment avoir un budget de l’Etat à l’équilibre en France ?

Par Daniel Moinier Modifié le 21 juillet 2014 à 11h48

En France, comment pourrait-on arriver à un budget en équilibre rapidement, alors qu'il ne l'a jamais été depuis 1974 ?

La question est posée par de nombreux experts, économistes, journalistes, politiques, surtout le Gouvernement et en premier François Hollande.
Ces deux derniers ont beau triturer ce dilemme par tous les bouts, ils ont du mal à trouver la solution miracle.
Entre les partisans de la Croissance, mais comment ? Les restrictions budgétaires, par lesquelles commencer sans irriter les fonctionnaires d'état, les collectivités locales, diminuer les crédits au détriment de la croissance.

Les quatre pistes possibles :

- Relancer la croissance
- Diminuer le budget de l'état
- Augmenter les prélèvements
- Emprunter
Eventuellement une 5ème, un melting-pot des 4

1) Relancer la Croissance, Comment ?

Le 1er acte a été annoncé au début de cette année 2014, par François Hollande lors des vœux : Le Pacte de Responsabilités. Six mois sont se sont déjà écoulés sans que celui-ci n'ait toujours pas vu le jour.
Le CICE créée en 2013, rentrant pour une part dans ce Pacte, commence lui à remplir sa fonction, même si beaucoup de patrons se plaignent d'une très mauvaise répartition des crédits.
Ce qui est plus compliqué, c'est qu'il va falloir trouver rapidement, pour simplement se situer au même niveau qu'avant, c'est-à-dire un déficit de 4,3%, 50 Milliards d'euros. Et c'est là que le bas blesse.

Articulé autour de 8 leviers de compétitivité et 35 mesures concrètes, le Pacte national est annoncé par notre Premier Ministre ; Manuel VALLS, comme l'instrument privilégié pour restaurer la compétitivité, redresser l'industrie, la croissance et l'emploi.
Ce cadeau de 30 Milliards dont 20 de CICE, soit 10 d'euros sur les cotisations employeurs sera-t-il réellement déclencheur de la croissance. Certains y croient, d'autres beaucoup moins ; syndicats et même certains parlementaires de gauche.

Au premier Pacte, est venu s'ajouter un 2ème, le pacte de solidarité. Ce sont des mesures de solidarité favorables au pouvoir d'achat des plus modestes échelonnées jusqu'en 2017, pour un montant équivalent à 5 Milliards.
Avec ces 3 Pactes, le Gouvernement table, sur une augmentation de la croissance entre 0,5 et 0,7% et 150.000 à 200
000 emplois supplémentaires à l'horizon 2017 !

2) Diminuer le budget de l'état

Pour commencer, il faudra déjà trouver ces 50 milliards, ce qui n'est pas une mince affaire, alors qu'aucun Gouvernement n'y est jamais arrivé.
En plus de ces 50 Milliards, pour être en équilibre, il faudrait trouver près de 75 Milliards, soit un total de 125 Milliards. Ce qui semble complètement inaccessible.
De plus si, l'on prend le véritable déficit annuel hors emprunt, l'ardoise se corse terriblement. C'est 173 Milliards dont 106 de remboursement de la dette.
Le Gouvernement, s'est programmé 15 Milliards de réduction des dépenses. Si l'on tient seulement compte des 75 Milliards de déficit 2013, nous serions à 60 Milliards, auquel s'ajoutera une part des 50 Milliards du Pacte de Responsabilité. Et si nous ne prenions qu'un quart, soit 13 Milliards. Nous serions toujours près des 70 Milliards de déficit.
Alors que les hôpitaux, la Sécurité sociale ont déjà eu à faire des restrictions drastiques depuis de nombreuses années, comment va-t-on pouvoir équilibrer leurs comptes. D'autre part, supprimer un fonctionnaire sur 2, c'est impensable avec un Gouvernement de Gauche, sans perdre encore plus d'électorat. Alors où trouver ces « niches » providentielles de diminution de charges ?

3) Augmenter les prélèvements

Le Gouvernement s'étant engagé solennellement à ne plus toucher aux prélèvements, il aura beaucoup de mal à revenir sur sa décision. Même si en douce, il nous concocte toujours de petites taxes, comme celle de séjour et autres. Mais on sera très loin des 50 Milliards. De plus, chaque prélèvement, diminue d'autant la croissance ou et les investissements

4) Les emprunts

Nous avons eu 173 Milliards d'emprunts sur l'année 2013. Augmenter ce niveau serait catastrophique même si un emprunt dirigé vers l'emploi pourrait augmenter légèrement la croissance. Mais qui dit emprunt dit remboursement et augmentation du déficit, des intérêts qui ont déjà atteint 47 Milliards, soit 1510€ par seconde.
D'autant que pour l'année 2014, il est déjà programmé plus de 200 Milliards d'emprunts pour boucler le budget.

La 5ème piste, la mise en route des 4 en même temps

Cette construction pourrait sembler assez intéressante. Combiner l'ensemble de ces pistes pourrait additionner les avantages de chacune en heurtant moins les différentes couches de la société. Mais elle pourrait aussi se montrer moins efficace par son saupoudrage et en cumulant les inconvénients de chacune. D'autre part, la mise en œuvre serait certainement très longue à mettre en place, lorsque l'on constate que le « simple » Pacte de Responsabilité est encore loin d'entrer en action six mois après.

Alors quelle pourrait-être l'autre solution pour revenir rapidement à un budget en équilibre et plus.

Il faut rappeler qu'un budget en équilibre, ce serait déjà très bien par rapport à ce que l'on à connu depuis 40 ans, mais cela ne permet pas de réaliser des investissements, des augmentations de rémunération sans emprunt et de possibilité de résorption de la dette.

La seule piste que le Gouvernement n'ose pas exprimer : C'est d'augmenter la richesse par le « bas ». Et pourtant présentée comme cela, elle a tout d'une mesure très socialiste.
Il est vrai, que revenir sur ce qui est appelé des acquis sociaux, est difficilement envisageable. La droite, elle-même, avec Nicolas Sarkozy ne s'y est pas « frottée », (Soit disant parce qu'il ne l'avait pas mis dans son programme préélectoral) même si François Fillon, le 1er Ministre d'alors y était très favorable. Seule des heures supplémentarités détaxées avaient été mises en place, supprimées à l'arrivée du nouveau Gouvernement.

Mais comment augmenter la richesse par le bas ?

Puisque le marché, compte tenu du niveau de charges, d'imposition et du niveau très faible des marges entreprises, n'est plus capable à lui seul de relancer l'économie, seul l'état en légiférant peut le faire.

Il manquait déjà, il y a de cela deux années, 23% de PIB pour que l'état ait des comptes en équilibre, c'est-à-dire puisque c'est proportionnel 23% d'heures travaillées (payées). Soit sur la durée de vie d'un salarié : 11.000 heures. en plus. Cela pourrait représenter par exemple ; 40 heures semaine et au minimum 65 ans de départ en retraite. Tout de suite si nous voulons avoir des résultats très rapides. Mais d'autres formules peuvent être envisageables. 42 heures, 45 heures et moins plus tard...etc..
Il faut rappeler que la Suisse déclarée meilleure économie mondiale ces deux dernières années est à 42 heures semaine et 65 ans de départ en retraite. Et ils ont refusé l'année dernière, la 6ème semaine par referendum.
Une analyse que peu connaisse : Une personne qui part en retraite vers 60 ans, fait perdre à l'économie la valeur financière de l'apport de quatre jeunes salariés. Quand nous savons que nous détenons l'un des plus bas taux d'emploi des seniors, vous comprenez que toute les autres mesures puissent être peu efficaces.

La véritable mesure qui relancerait la croissance sous 3 mois, c'est le passage aux 40 heures. C'est celle qui réduirait très rapidement, les déficits des Caisses de Sécurité-Sociale, de retraites, d'Assedic, diminuerait rapidement le chômage et remonterait donc le niveau par le « bas ».
La rémunération d'un salarié au Smic serait augmentée de 199€ par mois. Pour l'ensemble des salariés base 35 heures, cela ferait environ par mois, 5 Mds de plus dans l'économie (hors fonction publique). A cela s'ajouterait 10 Mds de TVA par année et 6 Mds d'impôts, sans oublier 25 à 30 Mds de charges sociales supplémentaires.
Plus besoin d'aucune autre mesure contraignante, au contraire possibilité de diminuer sous quelques mois les charges entreprises et salariale.
Autre élément non négligeable qui en en découle : Une baisse du coût du travail de 3 à 13% et des encours supplémentaires pour les banques de 13%. Ce qui serait intéressant pour obtenir des emprunts supplémentaires.
Pour le bien de tous, il faut que chacun fasse pression sur notre Gouvernement pour faire passer cette mesure le plus rapidement possible. Pensez aux bas salaires qui verraient de suite leurs revenus augmentés de 13% d'un coup.

www.livres-daniel-moinier.com

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Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C. Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.

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