Budget 2014 : un budget bien trop « normal » pour être efficace

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Par Philippe Schleiter Publié le 14 novembre 2013 à 4h02

Les historiens militaires de la Seconde Guerre mondiale ont résumé ainsi la stratégie militaire du haut commandement allemand : « Trop peu, trop tard ». Démontrant ainsi une trop grande confiance des chefs dans les compétences de la troupe et la supériorité du matériel, mais sans jamais savoir apporter la rupture absolue qui mène à la victoire.

Il en va ainsi des petits soldats méritants de la campagne budgétaire 2014 du maréchal Hollande et de ses généraux Ayrault, Moscovici, Cazeneuve et consorts.

Le budget 2014, en effet, souffre de " trop peu, trop tard "

Certes, il est encore en discussion parlementaire mais sa structure porte, en profondeur, la trace de la non réforme et de l'incapacité à prendre à bras le corps la situation tragique de nos finances publiques, à l'heure très précise où chacun comprend que l'augmentation des recettes devient problématique, tant par l'insupportable pression fiscale subie par les différentes populations du pays que par les conséquences (prévisibles depuis Laffer) en termes de plus faible rendement desdits impôts.

Ce constat est d'autant plus alarmant que les exemples tendent pourtant à se multiplier de puissances publiques qui nous sont proches, ont annoncé des choix courageux et parviennent finalement à résorber leur déficit. La Suède, la Grande-Bretagne et le Canada tout récemment, font partie de ces bonnes pratiques dont nos argentiers gagneraient à s'inspirer.

Les pistes sont simples, pour un peu qu'on fasse preuve de courage politique

Les chasseurs de coûts des fondations ou think tanks de tout poil (Fondation Concorde, IFRAP, Contribuables Associés, ...) ont raison lorsqu'ils identifient deux grands gisements.

Le premier est celui des budgets des collectivités locales. On le sait, l'ensemble de ces organismes, qui ont poussé comme des champignons et dont nulle réforme n'a stoppé la prolifération, représentent au global 200 milliards d'euros de budget, avec une capacité de recourir à l'impôt local en toute autonomie, ce dont elles ne se sont pas privées. Les temps de crise sont inconnus pour la majeure partie de ces collectivités qui, au nom des transferts de charge, réalisent surtout des transferts de fiscalité, annulant tous les bénéfices des efforts de l'Etat central pour le contribuable (dont le porte-monnaie, lui, ne goûte pas la différence). On pourrait d'ailleurs d'autant plus critiquer ces transferts de fiscalité et de dépenses qu'ils s'exercent du central appauvri vers le local enrichi, menant ainsi à une vaste rétractation du régalien. Il n'est d'ailleurs pas dit que les citoyens contribuables soient ravis qu'on multiplie les ouvertures des « maisons de l'intercommunalité » pour fermer des sites prestigieux de notre réseau diplomatique à l'étranger, ni que leur département puisse acquérir de nouvelles Peugeot 508 mais que leurs soldats n'aient plus de pièces détachées pour les hélicoptères ou blindés utilisés au Mali.

Pour rester dans la parabole militaire qui a ouvert cet article, on pourrait imaginer imposer des budgets de crise aux collectivités en retenant sur leurs dotations (sous réserve de cibler prioritairement les dépenses de fonctionnement sans péjorer les dotations alimentant l'investissement) une somme visant à réduire de 12 % leurs budgets, c'est-à-dire une cure à la hauteur de celle imposée au seul Ministère de la Défense. Soyons fous et généreux et n'en retenons que la moitié soit 6 % de 200 milliards d'€ et voilà 12 milliards d'économisés.

La seconde piste repose sur les dépenses de fonctionnement de l'Etat

Sans même évoquer les dépenses de personnel, on pourrait utilement s'appuyer sur les différents rapports de la Cour des Comptes pour tailler dans le vif des plus de 1000 ( !) agences et missions diverses qui doublent, compliquent ou parasitent le fonctionnement de l'Etat. La structure de notre budget national permettant la réflexion par missions, l'identification de ces doublons devrait être chose aisée si un travail sérieux, sans a priori ni volonté de préserver des clientèles électorales, et dans un esprit « BBZ » (Budget Base Zéro) était mené par les techniciens de Bercy qui ont toutes les compétences pour le faire.

Les traqueurs de surcoûts pourraient aussi bien être les parlementaires (qui vengeraient ainsi leur fibre d'élu local agressé par la première mesure) que les consultants de tout poil au service de la Réforme de l'Etat qui pourraient ainsi faire oublier les conséquences catastrophiques de leurs délires modélisés dont l'échec sans précédent des « Bases de Défense » visant à « recentrer le militaire sur son cœur de métier » est sans doute l'exemple le plus patent... et coûteux.

Il existe une troisième piste beaucoup plus rentable, mais beaucoup plus dangereuse à manier car totalement politiquement incorrecte. C'est sans doute la raison pour laquelle les professionnels de la traque de la dépense publique (probablement beaucoup plus compétents et pertinents que courageux) ne l'évoquent jamais. Il s'agit du coût de l'immigration dans notre pays.

Sur ce sujet, les études sont aussi nombreuses que confidentielles et probablement aussi confidentielles que difficiles, du fait notamment du manque de statistiques disponibles, comme l'indiquait la démographe Michèle Tribalat dans son livre Les yeux grands fermés (Denoël, 2010). On peut néanmoins citer quelques chiffres, dans une fourchette entre 17 (étude de Jean-Paul Gourévitch pour Contribuables Associés en 2012) et 84 milliards d'Euros (Audit d'André Posokhow pour Fondation Polémia en 2013). En février 2012, un colloque de l'Institut Géopolitique des Populations fournissait quant à lui le chiffre de 18 milliards pour le coût de l'immigration annuelle supplémentaire.
Sans entrer dans la querelle, forcément périlleuse, entre les chiffres, les méthodes ou les périmètres, on identifie largement le gisement d'économies potentielles.

Un rapide tour de calculette amènera le lecteur à constater que, en procédant ainsi, notre pays pourrait mathématiquement juguler son déficit budgétaire et, pour une première fois, faire décroître le volume de sa dette en valeur. Ou alors, pour se contenter simplement d'une réduction du même déficit, en profiter pour réduire significativement une pression fiscale que les Français ne supportent à l'évidence pas bien en ce moment.

Pour un gouvernement, suivre ces trois pistes représente une somme de courage qu'à l'évidence l'actuel n'a pas décidé de mobiliser.
Faute de s'attaquer frontalement aux potentats locaux, aux clientèles électorales et au politiquement correct, l'Etat ne résoudra pas son équation budgétaire et continuera de saupoudrer par ci par là micro-économies et matraquage fiscal. Le gouvernement a donc choisi sa forme de souffrance, mais il a surtout choisi la nôtre en étant trop timoré dans ce budget (trop peu) qui va faire de 2014 une année perdue de plus (trop tard).

Nous serons payés de belles images de télé puisqu'un tel budget assurera à nos dirigeants de récolter le mécontentement généralisé et les irritations croissantes de nos partenaires européens mais aussi, ce qui est bien plus grave, de continuer à avoir à la fois le chômage et la dette ; l'attentisme des investisseurs étrangers et le départ des porteurs de projets de croissance pour, in fine, reporter une fois de plus l'effort vers les générations futures.

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