Comment les entreprises françaises peuvent-elles résister avec un tel niveau de charges salariales ?

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Par Daniel Moinier Publié le 27 avril 2021 à 15h55
Chomage Partiel Un Salaire Sur Quatre 1
51%Les charges patronales en France sont de 51%.

Il existe bien un créneau où la France est largement championne du monde, c’est dans le secteur des charges patronales et salariales. On peut se demander comment font nos entreprises pour résister à un tel matraquage de charges. Avec 51% de charges patronales et 25% de charges salariales nous sommes le leader des charges en Europe. Il est nécessaire de préciser que les deux niveaux de charges sont bien payés par les entreprises. En plus de cela, certaines entreprises performantes ajoutent des avantages supplémentaires aux salariés, qui augmentent d’autant leur niveau de charges.

Si l’on ajoute les deux cotisations, la France atteint : 76%, le 2ème l’Autriche 49%, les 3èmes la Belgique et la Hongrie 46%, la République Tchèque 45%, l’Allemagne n’est qu’à 39%.

Voir le tableau ci-dessous pour nous en rendre compte

Comment les entreprises françaises pourraient-elles rivaliser par exemple, avec notre voisin d’outre-Rhin (y compris à l’export) avec un écart global de charges de plus 37% !

Heureusement l’état depuis quelques décennies se rendant compte de la perte de la compétitivité française, du nombre de fermetures d’entreprises surtout en milieu rural, de délocalisations, a commencé par faire des diminutions et exonérations de charges sur les bas salaires de moins d’1,6 Smic. Puis à suivi tout un arsenal de réduction pour les associations, les contrats d’apprentissage, de professionnalisation, des employés de plus de 45 ans, pour les DOM-TOM et bien d’autres encore. Cela est devenu un tel « maquis » d’allègements fiscaux que les entreprises, surtout les plus petites ne peuvent s’y retrouver sans experts ou syndicats professionnels. A tel point qu’il est devenu très difficile de définir le pourcentage réel des charges sociales en France avec tous ces allègements.

Alors que les charges en 1950 étaient de 6% pour les salariés et de 26,60% pour les employeurs, soit un total de 32,60%, elles sont actuellement à 76% en 2020 soit 43,4% de hausse depuis 1950 !!!

Voir ci-dessous l’évolution des Charges patronales et salariales depuis 1950. (2 tableaux)

POURQUOI LES CHARGES ONT-ELLES AUGMENTE SANS CESSE DEPUIS 1950 POUR ATTEINDRE UN NIVEAU INSOUTENABLE ?

Après analyse, il existe une forte corrélation entre la baisse du temps de travail et les hausses de cotisations. Comme il existe la même relation entre le niveau du PIB et le nombre d’heures travaillées (Payées, heures employés/ouvriers base horaire). Et ce constat existe dans presque tous les pays d’Europe et même du monde.

POURQUOI ?

Une entreprise par exemple de 100 salariés qui augmente ses heures de 10%, augmente également son CA en proportion. Si toutes les structures augmentent leur chiffre d’affaires, le PIB national augmentera aussi à peu près de la même proportion.

Une entreprise qui a augmenté ses horaires (y compris par embauche) paiera plus de cotisations sociales, ce qui fera automatiquement des rentrées supplémentaires pour toutes les caisses, Sécurité Sociales, Retraites, Assedic…

A l’inverse, lorsque l’état pour des raisons déontologiques, diminue les temps de travail et d’activité, les difficultés commencent à s’accumuler pour les entreprises qui doivent faire preuve d’ingéniosité pour compenser cette diminution, optimiser la production, rattraper leur perte de marge, notamment dues aux immobilisations qui restent les mêmes quelques soient les heures travaillées.

En plus, l’obligation de payer autant avec moins d’heures augmente d’office le prix de l’heure travaillée. C’est-à-dire que l’employeur s’est trouvé confronté en même temps à une double perte de rentabilité.

Les deux périodes qui ont été les pires pour les employeurs ont été l’année 1983 avec des ordonnances qui ont diminuées fortement les heures travaillées :

  • 39 heures payées 40

  • Cinquième semaine de congés

  • 8 mai remis férié (payé non travaillé)

  • Retraite passée de 65 à 60 ans

Puis l’année 2000 a été le coup de massue :

  • Les 35 heures payées 39, soit 4 heures à compenser : 11,4% d’augmentation de prix de l’heure et diminution de la marge sur les immobilisations et investissements, beaucoup plus importante pour les entreprises industrielles et équivalentes ayant beaucoup de foncier, immobilier, matériel…

Que diraient nos aïeux du XIX siècle qui consacraient 70% de leur temps de vie hors sommeil au travail. Un ouvrier avait une espérance de vie de 500.000 heures et travaillait 200.000 heures soit 40% de son existence. Aujourd’hui, notre espérance de vie est de 700.000 heures et nous travaillons théoriquement au plus, 67.000 heures soit 9% de notre existence et 16% de notre vie éveillée.

Aujourd’hui suivant la profession on est à 55%, 35%, voire même 16% et bien sûr 0% pour les chômeurs, RSA, SDF,…Que penseraient nos grands parents devant la situation actuelle, je crois qu’ils auraient du mal à s’en remettre !!!

La France s’en sort en partie grâce à l’internationalisation, alors que certains réclament à cors et à cris que du Franco-français !

Heureusement que des grands groupes ont réussi à s’internationaliser, profitant d’un contexte financier international favorable, bien meilleur pour eux que d’être restés complètement sur le sol français. Et d’ailleurs existeraient-ils encore ? Tous nos champions mondiaux qui ont su garder un encrage national permettent à la France de se maintenir encore un peu dans la cour des grandes nations. Jusqu’à quand ?

Plus le temps de travail a diminué, plus le PIB s’est retracté, plus les rentrées pour l’état et les caisses ont fondues comme neige au soleil et pourtant on ne parlait pas de réchauffement climatique !

Qu’on trouvé tous nos gouvernants pour rattraper ce manque ? Augmenter les impôts et les prélèvements. Et en la matière, ils sont très astucieux, inventifs pour en trouver de nouveaux. Les principaux : la TIPP sur les carburants, la TVA, les CSG-RDS, l’ISF….

Moins travailler c’est aussi moins de rémunération, d’où moins de pouvoir d’achat, moins de commandes, moins de travail, moins d’emplois, plus de chômeurs, des marges entreprises de plus en plus réduites, fermetures d’usines, désertification des campagnes.

Dans les années 60, il n’y avait pas de chômage, les entreprises se battaient pour trouver des salariés. L’ANPE n’a été créée que le 13 juillet 1973 (ancêtre de Pôle emploi).

Pour maintenir un niveau de vie décent, le cortège des aides sociales est arrivé et n’a eu de cesse que d’augmenter, y compris le besoin de créer jusqu’à 25% de logements sociaux !!! Le comble a été la création du RMI, RSA d’aujourd’hui, qui permet à certaines familles nombreuses de gagner plus qu’en travaillant. Même le RSA Activité n’a toujours pas réussi à diminuer le chômage.

Toutes les structures, aides diverses et variées (il existent plus de 400 aides financières) ; associations de réinsertion, aides des régions, départements, mairies, initiatives locales…etc…ne sont que des pis-aller devant ce chômage de masse. Il faut rappeler que nous avons dépassé les 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi, près de 2 millions de familles au RSA Socle (Il y en avait 1,5 million en 2010) et le nombre d’allocataires de minima sociaux a atteint les 4 millions. (plus 1 million en 10 ans)

Le chômage ne pourra réellement diminuer que par une relance économique boostée par l’emploi.

Même les emprunts pour relance économique ne seraient que des alternatives ponctuelles.

La seule possibilité pour remonter rapidement la France par le bas et sur le long terme :

TRAVAILLER PLUS POUR DEPENSER MIEUX (Plus écologiste avec moins de produits étrangers).

Un minimum de 40 heures semaine (C’est peu par rapport aux temps de travail de nos « anciens ») serait l’idéal pour retrouver une France qui aurait les moyens de contenter ses concitoyens, retrouver une place reconnue et prépondérante aux yeux du monde.

www.danielmoinier.com

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Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.