Crise agricole : saupoudrage et bricolage sont les deux mamelles de la politique

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Modifié le 18 février 2016 à 7h29
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30%Les agriculteurs, en Europe, payent en moyenne 30% de charges.

La crise agricole n'est pas prête de se terminer mais les agriculteurs ont obtenu une petite victoire : le gouvernement a baissé leurs charges ce qui devrait leur permettre de garder la tête au-dessus de l'eau encore quelques temps. Mais cette baisse des charges ne résout pas le problème de fonds et risque de n'être, au final, qu'un coup de comm' en prévision de la Présidentielle de 2017.

780 millions d'euros de charges en moins

A l'Assemblée Nationale, mercredi 17 février 2016, Manuel Valls s'est engagé pour résoudre les tensions entre l'Etat et les agriculteurs. Plusieurs manifestations et blocages ont eu lieu cette même journée ce qui a probablement provoqué le déclic dans les hautes sphères de l'Etat : les charges seront baissées de 7 % avec effet "immédiat" a promis le Premier ministre.

Une réforme saluée par les agriculteurs puisque, comme Manuel Valls l'a précisé, "Cumulée à la baisse de 3 % des cotisations familiales annoncée début 2015, cette disposition revient à réduire les cotisations sociales agricoles de -10 %". Ainsi les agriculteurs ne paieront plus que 35 % de charges contre 45 % auparavant.

Mais cette réforme a un coup alors que le gouvernement cherche des économies dans les moindres recoins des dépenses publiques : 730 millions d'euros par an. De quoi rendre encore un peu plus compliqué l'objectif de 3 % de déficit public en 2017 auquel, par ailleurs, Bruxelles ne croit plus du tout.

Le problème des enseignes passe à la trappe

Si Xavier Beulin, président de la FNSEA, s'est félicité de l'annonce, il n'en oublie pas que le principal problème ne vient pas forcément des charges mais des distributeurs. La négociation des prix est particulièrement compliquée avec des distributeurs demandant des baisses de prix aux agriculteurs sous peine de ne pas leur acheter leur production.

"Les demandes de baisse sur le lait atteignent parfois -8 %. La distribution nous menace de déréférencement si on ne cède pas. On ne peut ressentir cela que comme de la provocation" a déclaré Dominique Chargé de la Fédération des Coopératives laitières et du groupe coopératif Laïta.

Mais sur le plan de la négociation des prix, le gouvernement s'avoue complètement impuissant : "l'Etat ne peut pas fixer les prix" a rappelé le Premier ministre devant l'Assemblée Nationale. Le problème doit donc être résolu entre les distributeurs, en position de force, et les agriculteurs, en position de faiblesse. Autant dire que le problème risque de ne jamais se résoudre...

Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio