Assistants IA : Google forcé par Bruxelles à ouvrir Android

Android est de nouveau dans le viseur de Bruxelles. L’Union européenne estime que Google réserve un accès privilégié à son assistant Gemini, au détriment de ses concurrents en intelligence artificielle. En s’appuyant sur le Digital Markets Act, la Commission européenne veut imposer une ouverture technique inédite du système d’exploitation mobile le plus utilisé au monde.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 28 janvier 2026 7h51
Assistants IA : Google forcé par Bruxelles à ouvrir Android
Assistants IA : Google forcé par Bruxelles à ouvrir Android - © Economie Matin
10%Google pourrait encourir une amende jusqu'à 10% de son chiffre d’affaires mondial s’il ne respecte pas les obligations prévues par le Digital Markets Act.

La Commission européenne est mécontente que Gemini soit l'IA par défaut sur les smartphones Android

Le 27 janvier 2026, la Commission européenne a officiellement lancé plusieurs procédures contre Google afin d’assurer le respect du Digital Markets Act. Au cœur du dossier, Android, pilier de l’écosystème mobile du groupe américain, et son intégration étroite avec Gemini, l’assistant maison basé sur l’intelligence artificielle. Android occupe en effet une position centrale dans l’économie numérique européenne, et par conséquent dans la stratégie de régulation de Bruxelles. Sauf que, problème : selon la Commission européenne, Google accorderait à Gemini un accès technique privilégié à Android, ce qui limiterait de fait la capacité des assistants IA concurrents à proposer des services équivalents.

Ainsi, la Commission européenne a ouvert une procédure spécifique visant à garantir que les assistants IA tiers bénéficient des mêmes fonctionnalités système que Gemini. Concrètement, cela concerne l’accès aux interfaces de programmation, aux services système et aux données nécessaires au fonctionnement avancé des assistants vocaux et contextuels sur Android. Cette démarche s’inscrit dans une logique plus large de neutralité technologique. Pour Bruxelles, Android ne peut pas devenir un levier de domination pour l’intelligence artificielle de Google, alors même que le système d’exploitation équipe une majorité de smartphones en Europe.

Google : la Commission européenne laisse un délai de six mois

La Commission européenne justifie son action par les obligations imposées aux « contrôleurs d’accès » par le Digital Markets Act. En tant qu’acteur dominant, Google doit garantir un accès équitable à Android pour les entreprises concurrentes, y compris dans le domaine émergent de l’intelligence artificielle. Henna Virkkunen, responsable européenne de la souveraineté technologique et de la démocratie, a expliqué que ces procédures visent à offrir « les mêmes conditions d’accès aux moteurs de recherche et aux fournisseurs d’IA tiers que celles dont bénéficient Google Search ou Gemini ».

Dans les faits, Google dispose d’un délai de six mois pour se mettre en conformité avec ces exigences. Ce calendrier impose au groupe de revoir en profondeur la manière dont Android interagit avec Gemini et avec les assistants IA concurrents, tout en garantissant la sécurité et la confidentialité des utilisateurs.

Google doit lui-même ouvrir ses données à ses concurrents, rappelle la Commission européenne

Au-delà d’Android, la Commission européenne s’attaque également à la question sensible des données. Un second volet des procédures concerne l’accès aux données anonymisées issues de Google Search, essentielles pour entraîner et améliorer les modèles d’intelligence artificielle. Ces données incluent notamment les requêtes, les clics, les classements et les volumes de recherche. Bruxelles souhaite que ces informations soient accessibles aux concurrents de Google dans des conditions dites équitables, raisonnables et non discriminatoires, afin d’éviter un avantage structurel lié à la position dominante de Google.

Les enjeux financiers sont considérables. En cas de non-conformité persistante, Google s’expose à une amende pouvant atteindre 10% de son chiffre d’affaires mondial. Une perspective qui explique la réaction prudente mais inquiète du groupe américain face aux exigences européennes. De son côté, Google affirme déjà partager certaines données de recherche dans le cadre du DMA, tout en alertant sur les risques potentiels. « Nous craignons que des règles supplémentaires compromettent la vie privée des utilisateurs, la sécurité et l’innovation », a déclaré Clare Kelly, conseillère principale en concurrence chez Google.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

No comment on «Assistants IA : Google forcé par Bruxelles à ouvrir Android»

Leave a comment

* Required fields