Quand les crises économiques réveillent les extrémismes politiques

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
Par Pierre Bezbakh Modifié le 8 novembre 2012 à 5h25

La coïncidence entre une crise économique profonde, souvent comparée à celle de 1929, et l’affirmation en Europe de partis ou mouvements politiques dits "d’extrême droite", peut conduire à envisager le retour à des phénomènes "extrêmes" comparables à ceux des années trente.

Durant celles-ci, le Parti national socialiste hitlérien accéda au pouvoir en Allemagne (janvier 1933), le Parti fasciste de Mussolini consolida le sien en Italie, et un pouvoir du même type s’installa au Japon en 1932. Plusieurs causes de ces phénomènes étant spécifiques à cette période, on peut penser que l’Histoire ne se répétera pas.

Il s’agit d’abord des effets de la Première Guerre mondiale qui provoqua de terribles pertes humaines (environ 8 millions de morts, dont près de deux millions en Allemagne et plus de 600 000 en Italie) et d’importantes destructions matérielles qui poussèrent les pays vainqueurs à exiger de l’Allemagne le versement de lourdes "réparations" (132 milliards de marks-or) pour financer la reconstruction.

Cela suscita une profonde humiliation en Allemagne, amputée de plus d’une partie de son territoire, alors que l’Italie, pourtant victorieuse, se sentit "oubliée" par le Traité de Versailles. La deuxième particularité de la période est l’impact de la "crise de 1929". En Allemagne, la production industrielle recula de 40 % entre 1929 et 1932, et l’on y comptait alors 6 millions de chômeurs.

L’hitlérisme apparut alors comme une réponse politique et économique : la politique industrielle et militariste nazie permit à l’Allemagne de redevenir une grande puissance et de retrouver le plein emploi à la veille de la guerre. Si la situation est aujourd’hui bien différente et que l’accession au pouvoir d’un parti nazi ou fasciste semble impossible, l’aggravation de la situation économique et la poursuite de la montée du chômage en Europe, dus en partie aux politiques "d’austérité" pratiquées au sein de l’Union européenne risquent de déboucher sur une aggravation des inégalités et de la misère des plus fragiles, et sur une désespérance d’une partie des populations européennes.

L’issue politique en est plus qu’incertaine, et peut prendre des formes très variées. De plus, les difficultés de la construction européenne se produisent dans le contexte d’une série de crises touchant l’ensemble du monde : crise énergétique liée à l’épuisement progressif des matières premières, crise alimentaire dans certains pays, crise écologique et conséquences du réchauffement climatique, crise des idéologies, puisque aucun des anciens remèdes expérimentés jusqu’à aujourd’hui ne semble en mesure de proposer de réponses convaincantes aux questions qui se posent.

Cela accentue le désarroi des victimes de ces crises, et incite à penser que ce que nous vivons s’apparente d’avantage à un changement de société qu’à une simple phase de turbulence passagère débouchant sur le retour à une situation identique à "l’avant-crise".


Pour plus d'informations sur les conférences données lors des Journées de l'Economie de Lyon du 8 au 10 novembre, cliquez ici...

Cropped Favicon Economi Matin.jpg

Pierre Bezbakh est Maître de Conférences en Sciences économiques à l’Université Paris Dauphine. Il est Docteur en Sciences économiques Diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris. Il a exercé les responsabilités de Directeur du Département "1er cycle Gestion Economie appliquée", à l’Université Paris Dauphine (de 2001 à 2006). Il est également chroniqueur au journal Le Monde (Rubrique mensuelle «Les acteurs de l’économie», dans «Le Monde de l’économie»)Il est enfin l'auteur de "Crises et changements de société, les grandes ruptures dans l’Histoire de l’Empire romain à nos jours", L’Harmattan 2012. 

Laisser un commentaire

* Champs requis