Crise bancaire: parlons de la Slovénie, de Malte, du Luxembourg et de Chypre

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Par Eric Delannoy Modifié le 17 avril 2013 à 2h00

Le gouvernement slovène présentera d'ici deux semaines un plan de privatisation de ses banques, reflet de l'inquiétude montante d'une contagion de la crise bancaire en Europe.

Contrairement à l'amalgame auquel on semble vouloir prêter foi, la situation de la Slovénie, de Malte, du Luxembourg ou même de Chypre n'a rien de similaire! En effet, comment décemment défendre l'idée d'une « contagion » ayant les mêmes sources (autre qu'un déficit de croissance) entre un ex-pays sous régime communiste, une monarchie parlementaire pionnière de l'UE et un micro Etat insulaire ?

A partir de quel niveau apprécier l'hypertrophie d'un secteur bancaire ? Pour répondre à cette question, il faut se pencher sur les capacités économiques et financières du pays : un système bancaire est d'abord le reflet d'une logique socioculturelle et géographique.

Loin d'être un paradis fiscal, la Slovénie est montrée du doigt principalement car son modèle s'est enrayé faute de croissance depuis deux ans et non à cause d'une hypertrophie bancaire. A la chute du communisme, son industrie s'est développée à marche forcée en vue d'une transition vers une économie de marché et, plus tard, de son entrée dans l'UE.

Présentée comme un modèle d'industrialisation vertueux, largement exportatrice, elle a dû s'appuyer sur des emprunts quelquefois octroyés sans discernement, pour soutenir ses activités de sous-traitance induisant un effet de levier d'endettement. Le ralentissement de la demande interne et l'atonie de la croissance européenne a provoqué la multiplication des créances douteuses (qui représentent aujourd'hui 7 milliards d'euros soit 20% du PIB) et cassé cette dynamique conduisant à la fragilité actuelle des banques. Pourtant, l'endettement du pays (un des plus faibles d'Europe) ainsi qu'une balance commerciale positive peuvent permettre d'y faire face.

Dans le cas de Malte, il s'agit moins d'un système bancaire trop important que d'une capacité d'ingénierie financière se rapprochant d'un paradis fiscal mis en cause. Cette organisation financière a favorisé le développement de pans d'activités « offshore » aujourd'hui dans la ligne de mire des réglementations qui visent à lutter contre les paradis fiscaux.

Quant au Luxembourg, pas de véritable danger, il reste principalement « un hébergeur » de banques internationales du fait des conditions fiscales et réglementaires avantageuses : avec 80 % des banques appartenant à des compagnies étrangères, les maisons mères de ces dernières (et non l'Etat luxembourgeois) prendraient directement en charge un « renflouement » en cas de faillite bancaire.

L'appréciation sommaire de la complexité des économies des pays conduit à des amalgames et des fantasmes qui alimentent la rumeur et provoquent des comportements auto-réalisateurs par le biais de la spéculation sur les dettes souveraines.

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Eric Delannoy, 47 ans, est vice-président de Weave. Diplômé de l'ENSAE, de Dauphine et de Science Po Paris, il a commencé sa carrière chez Cetelem avant de devenir directeur chez PricewaterhouseCoopers puis, en 2003, responsable de la business unit CRM pour le secteur finance chez IBM Business Consulting Services. Il a rejoint Weave en 2005 pour créer l’activité banque.

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