Etats-Unis : Obama, la dette haute

Par Gilles Sengès Modifié le 16 janvier 2013 à 6h06

Barack Obama versus les Républicains, deuxième round ! Loin d’avoir été refroidi par le bras de fer qui l’a opposé dans les derniers jours de 2012 à ses opposants au Congrès sur la question du « mur budgétaire » et qui a débouché sur un compromis boiteux, le président américain attaque son deuxième mandat avec l’humeur guerrière. Tant sur le sujet d’une éventuelle limitation des ventes d’armes à feu dans le pays après la tuerie de l’école de Sandy Hook que sur celle du relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis au cœur de sa conférence de presse, lundi dernier.

C’est, en effet, le prochain écueil qui menace l’économie américaine. Si le Congrès ne s’accorde pas sur la question, le pays atteindra, entre la mi-fèvrier et le début du mois de mars, la barre fatidique des 16.400 milliards de dollars au delà de laquelle il ne pourra plus emprunter d’argent. Ce qui débouchera sur de gros problèmes budgétaires pour payer les fonctionnaires, la sécurité sociale et régler les dépenses de santé. Sans parler de l’effet désastreux sur les marchés…

Contraints par la pression de l’opinion publique de trouver un compromis, fin décembre, pour contourner temporairement la « falaise fiscale » qui se dressait devant eux en acceptant un relèvement des impôts pour les ménages les plus aisés (au dessus de 450.000 dollars par an) sans contrepartie tangible sur une baisse des dépenses publiques, les Républicains ne semblent pas aborder le second mandat de Barack Obama avec une attitude plus conciliante. Ils se disent prêts à relever le plafond de la dette seulement en contrepartie de coupes claires dans les programmes sociaux (bons d’alimentation, aides à la lutte contre la pauvreté etc.) pour un total de 350 milliards de dollars qui ajoutées à une réduction globale des dépenses budgétaires permettraient d’économiser 900 milliards de dollars sur dix ans.

Résultat, le ton a déjà commencé à monter. « Je ne vais pas négocier avec un pistolet sur la tempe du peuple américain » a ainsi prévenu l’hôte de la Maison Blanche qui se refuse à accorder à ses adversaires « une récompense pour ne pas avoir précipité l’économie américaine dans la crise ». « La confiance et le crédit des Etats-Unis d’Amérique ne sont pas un outil de marchandage » prévient celui qui se présente pourtant comme « un type sympa » en expliquant que « relever le plafond de la dette n’autorise pas plus de dépenses » mais « permet seulement au pays de payer les dépenses que le Congrès a déjà avalisées ».

Tandis que ses amis Démocrates poussent à un passage en force, les Républicains sont prévenus. La partie ne s’annonce pas facile. D’autant qu’ils vont retrouver sur leur chemin un nouveau secrétaire au Trésor en la personne de Jack Lew, l’actuel secrétaire général de la Maison Blanche, celui là même qui les a contraint à reculer devant la « falaise fiscale ». Avec la prochaine cérémonie d’investiture pour le second mandat de Barack Obama et le discours sur l’Etat de l’Union, le 21 janvier, le ton est appelé à monter sérieusement à Washington. Pas sur que les marchés soient à la fête…

Ancien rédacteur en chef des Échos, Gilles Sengès a été correspondant en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Espagne.

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