Euroland : Bienvenue au pays de l’argent gratuit

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Publié le 11 mars 2016 à 7h11
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1,4 %La BCE a réduit ses estimations de croissance de la Zone Euro à 1,4 % pour 2016.

L'argent ne vaut vraiment plus rien en Zone Euro... tout du moins lorsqu'il est donné par la BCE. Jeudi 10 mars 2016 Mario Draghi, à la tête de la Banque Centrale Européenne, a de nouveau déclaré la guerre aux taux d'intérêt et à l'inflation basse. Et cette fois ce n'est pas le bazooka qu'il a sorti mais l'artillerie lourde. Encore un peu et ce sera directement la bombe atomique qui s'abattra sur l'argent.

Taux d'intérêt à zéro... Mario Draghi franchit le cap

Personne ne s'y attendait, tout le monde pensait que la guerre des tranchées contre l'inflation lancée à coups de rachat d'actifs et de taux d'intérêt très bas dont un taux, celui de dépôt, dans le négatif, allait continuer. Mais Mario Draghi a passé un cap faisant tomber le taux directeur principal de la BCE, le Refi, à 0 %. Du jamais vu et, surtout, une stratégie inverse de celle de Janet Yellen, son homologue de la FED américaine, qui a entamé la hausse de ses propres taux directeurs.

L'amputation est faible : le taux directeur de la BCE n'était déjà qu'à 0,05 % avant la réunion du 10 mars 2016 mais désormais l'argent ne coûte plus rien. Une banque qui empruntera 100 devra rendre 100, rien de plus. Vous, de votre côté, quand vous contractez un crédit vous devez rendre entre 101 et 105...

Le taux d'intérêt à zéro est sans doute le plus gros de l'armement de la BCE, mais il s'accompagne d'autre petites attaques : le taux de dépôt, déjà négatif, est encore amputé de 0,1 % et tombe à -0,4 % tandis que le taux marginal est le seul qui reste dans le positif, à 0,25 %.

Le Général Draghi renforce ses troupes dans le Quantitative Easing

Autre action de la guerre contre l'inflation, le rachat de dettes, appelé aussi Quantitative Easing. La BCE l'a lancé en grande pompe il y a environ un an mais sans réel succès : malgré un rachat de 787 milliards d'euros d'obligations d'Etat à ce jour, l'inflation n'est toujours pas revenue. Au contraire : alors que la BCE s'attendait à 1 % d'inflation en 2016 (sur l'objectif d'environ 2 % qu'elle vise), elle a annoncé qu'en réalité celle-ci devrait être 10 fois moins élevée... à 0,1 %.

L'échec ne semble pas décourage Draghi : il a renforcé ses troupes. Désormais la BCE rachètera pour 80 milliards d'euros d'actifs par mois (contre 60 milliards auparavant). Un programme qui ne s'attaquera plus uniquement aux actifs d'Etat mais même aux obligations des entreprises.

Cette nouvelle attaque va-t-elle porter ses fruits ?

Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013. Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio