Succès d’EDF au Royaume-Uni, le nucléaire français séduit à l’international

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Par Hervé Sénécal Modifié le 29 novembre 2022 à 10h08

Dimanche 21 septembre, la Commission européenne, par l'intermédiaire de Joaquin Almunia, chargé des questions relatives à la concurrence, a rendu un premier avis favorable aux deux projets d'EPR d'EDF au Royaume-Uni. Une validation définitive est désormais prévue pour le mois prochain. Il s'agirait d'un succès non négligeable pour l'entreprise française et son patron Henri Proglio. Ce tour de force conforterait également la position de l'industrie nucléaire française sur la scène internationale.

Avis favorable de la Commission

Naturellement, Bruxelles s'en était mêlé. C'est son rôle. Surveiller que les projets d'EDF au Royaume-Uni respectent les règles européennes de la concurrence. En effet, l'électricien français a conclu un accord avec le gouvernement britannique pour la construction de deux réacteurs EPR dans la région du Somerset, sur le site d'Hinkley Point. Un « deal » de quelque 16 milliards de livres – 19 milliards d'euros. Aussi important pour l'activité et la santé d'EDF que pour l'approvisionnement énergétique d'un pays dont les ressources en pétrole s'amenuisent et dont les projets d'exploitation du gaz de schiste se heurtent à une forte contestation populaire.

Début de réponse de la part de la Commission européenne le 21 septembre : une note de 70 pages assortie d'un avis favorable. « Nos discussions avec les autorités britanniques ayant abouti à un accord, le commissaire européen chargé de la Concurrence Joaquin Almunia proposera au collège des commissaires de prendre une décision positive. Une décision devrait être prise au cours de ce mandat, plus précisément courant octobre », soit avant l'entrée en fonction de la nouvelle Commission Juncker.

Le risque d'interférence de la part de l'Exécutif européen était réel. La Commission avait lancé, en décembre dernier, une « enquête approfondie » au titre des aides d'Etat. Tout un programme, qui avait de quoi susciter l'inquiétude des parties françaises et britanniques. La Commission est pour le moins tatillonne sur ce sujet. Soulagement légitime donc, maintenant que l'institution a écarté la plupart des interrogations qu'elle avait émises.

Un accord profitable aux deux parties

Comme l'explique Véronique Le Billon, journaliste aux Echos, l'autorisation de Bruxelles ne dépendra pas de la garantie publique, du prix garanti ou de la durée du contrat. Soit l'essentiel des points potentiels d'achoppement. En effet, l'entreprise française s'est entendue avec l'Etat britannique sur un prix de 92,50 livres (117,80 euros) le mégawattheure sur 35 ans, quelle que soit l'évolution des prix de l'électricité. A l'époque, le prix avait fait tousser, car deux fois plus élevé que ceux actuellement pratiqués en France.

Dans cette affaire, il semble toutefois que la voix de la raison l'ait emporté. Certes le prix est élevé, mais il correspond à l'augmentation significative du coût de l'énergie nucléaire. De plus, ce projet est le fruit de la volonté de deux gouvernements britanniques successifs, le premier travailliste, le second conservateur. Le parc nucléaire du Royaume-Uni est vieillissant et sa modernisation est nécessaire tant pour des considérations de sécurité que d'approvisionnement énergétique. Au total, les deux réacteurs d'EDF devraient fournir tout de même 7 % de l'électricité britannique.

Henri Proglio vers un second mandat

Selon Henri Proglio, PDG d'EDF, dès lors que l'aval de la Commission européen sera entériné, la décision d'investir devrait être donnée très rapidement, si possible avant la fin de l'année 2014. Pour l'électricien français, comme pour le Royaume-Uni, rien ne sert d'attendre plus longtemps. Pour EDF, la rentabilité du projet est estimée à 10 %. Une somme naturellement cruciale pour la santé financière du groupe.

En outre, ce succès qui se dessine devrait conforter la position de M. Proglio. A la tête d'EDF depuis 2009, nommé par la droite, sa place avait été menacée en 2012 par l'arrivée de François Hollande au pouvoir. Il avait été finalement confirmé dans ses fonctions jusqu'à 2014, année de fin de son (premier) mandat. Si aucune décision n'a encore été prise par le gouvernement – Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie serait en pleine tergiversation – il va de soi que la décision positive de Bruxelles sur les deux réacteurs d'Hinkley Point devrait peser dans la balance. Selon plusieurs administrateurs, interrogés par Boursier.com, Henri Proglio devrait rester : « il a un bon bilan, de bons réseaux et pas forcément de challengers ». Dans ces conditions, un remplacement serait effectivement surprenant.

Au-delà d'EDF et de son président, c'est l'ensemble de la filière nucléaire française qui sortirait grandie d'un tel accord. Après Israël, l'Afrique du Sud, une partie du Moyen-Orient, les Etats-Unis, la Chine, la Suède ou encore l'Inde, la France trouverait un nouveau client à l'export de taille, et disputerais davantage encore à l'Allemagne son statut de meilleure exportatrice d'Europe. Affaire à suivre.

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Hervé Sénécal est agent d'accueil/chargé de clientèle dans une banque française bien connue. Ses articles n'engagent que lui.

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