L’épidémie de coronavirus pourrait engendrer des changements plus durables

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Par Nadège Dufossé Publié le 1 avril 2020 à 13h20
Coronavirus Distanciation Sociale Respect Regles
2%La crise du coronavirus pourrait amputer 2% de croissance à la zone euro.

Les répercussions à moyen terme en matière d’investissement

Selon nous, la crise sanitaire mondiale liée au nouveau coronavirus devrait entraîner des transformations sociales et économiques permanentes qui auront des conséquences à moyen-terme sur nos investissements.

La technologie sera sans doute le principal secteur à bénéficier de la crise. La distanciation sociale constitue le meilleur test « grandeur nature » qui soit. Et rien de tel qu’une crise sanitaire pour faire passer au premier plan la nécessité d’augmenter les dépenses de santé. « Nous sommes en guerre » a répété le président français Macron lors de son allocution. Enfin, notre troisième axe à moyen-terme, l’énergie renouvelable et le développement durable, représente d’ores et déjà une thématique de croissance qui devrait poursuivre sa tendance actuelle.

La technologie, principal secteur a bénéficier de ces changements

L’épidémie de SRAS en 2003 a largement contribué à l’adoption du commerce en ligne et à l’essor d’Alibaba en Chine. Le coronavirus pourrait potentiellement engendrer des changements encore plus importants dans les usages que nous faisons de la technologie. La nouvelle quasi généralisation du télétravail pour les travailleurs du secteur tertiaire va sans doute accélérer l’adoption du ‘home office’, de l’e-learning ou encore de la télémédecine. La réalité virtuelle – y compris la vidéo – devrait se développer par rapport à son utilisation pré-covid et s’installer dans la durée, aux dépens de certains déplacements et réunions physiques. Ces développements vont se traduire par un renforcement du marché pour les connexions ADSL, les semiconducteurs, la connectivité, les logiciels et les réseaux sociaux…et en parallèle, de la cybercriminalité.

Si ces technologies constituent une nouvelle étape dans nos modes de travail et de vie, leur développement à plus grande échelle pourra également jouer un rôle dans la maîtrise du risque d’épidémie après ce printemps, et permettre d’éviter des mesures de confinement général dans le futur.

Lors des vingt dernières années, les épidémies de SRAS, MERS et Ebola ont servi d’avertissements ; la crise de santé publique que nous traversons aujourd’hui ne sera pas la dernière. L’émergence de nouveaux virus est l’un des risques liés au réchauffement climatique. Le développement de la géolocalisation et le « pistage » des malades via leurs smartphones ont permis aux autorités en Corée du Sud, à Taïwan et Singapour d’éviter le confinement général des populations. A Wuhan, les habitants vont progressivement reprendre une « vie normale » mais sans doute avec des systèmes de géolocalisation et des quarantaines ciblées.

Naturellement, ces pratiques soulèvent des interrogations dans certains pays. Si le Big Data, l’Intelligence Artificielle et la géolocalisation sont utiles pour réduire l’impact économique des mesures visant à freiner la propagation de l’épidémie, ces méthodes de type « Big Brother » peuvent également être perçues comme une réelle atteinte à la vie privée.

A moyen terme, nous anticipons une inflexion à la hausse dans l’usage de ces technologies, notamment aux États-Unis et dans les pays émergents…

Dans les tableaux ci-dessous, nous présentons des exemples d’entreprises réalisant des revenus ou des bénéfices élevés dans les secteurs cités.

Pour les citoyens et les gouvernements, la thématique de la santé sera une priorité clé

La crise du coronavirus est une « guerre » sanitaire, du moins selon les déclarations faites par les responsables politiques. Si les professionnels de la santé sont les nouveaux militaires, et les traitements et les vaccins les nouvelles armes, alors la population va réclamer des budgets plus importants. Nous anticipons donc une hausse des dépenses publiques en matière de santé. Il est possible que les valeurs du secteur de la santé soient désormais confrontées à moins de risques lors des élections américaines. En effet, dans les mois qui précèdent les élections en novembre, les candidats « anti-dépenses publiques » vont peut-être devoir faire un choix : renforcer les dépenses de santé ou perdre leurs batailles électorales. Il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas que d’une présidentielle ; les scrutins porteront également sur le renouvellement de nombreux sièges au Congrès et de fonctions au niveau des États. Nous estimons que la « nouvelle normalité » - un bel oxymore - sera favorable à la biotechnologie, à l’équipement médical mais également aux groupes pharmaceutiques plus larges et diversifiés.

Le développement durable et l’environnement resteront au cœur des préoccupations

Les chercheurs universitaires ont conclu que les dépenses en matière d’environnement, de développement durable et de bien commun étaient, pour les économies robustes, souvent en haut de cycle. Au risque d’utiliser une expression particulièrement dangereuse pour les investisseurs… nous pensons qu’aujourd’hui, la situation est vraiment différente. Nous avons observé des ciels bleus en Chine, de l’eau limpide à Venise et de rares journées sans brume à Los Angeles.

Les 15 années d’expérience en recherche de Candriam ont démontré l’intérêt d’investir dans des entreprises affichant des scores ESG (Environnement, Social, Gouvernance) élevés en termes de création de valeur. En effet, ces entreprises ont tendance à figurer dans l’univers « Croissance de qualité » plutôt que du côté « Value » ; or les valeurs de qualité devraient bien performer à moyen terme. Les entreprises bien notées sur les critères ESG sont fréquemment moins endettées – un facteur positif important compte tenu de la crise financière actuelle.

L’Europe étant légèrement en avance en matière de réglementation environnementale, nous mettons en avant trois thématiques : l’efficacité énergétique, les ressources et les déchets et l’énergie renouvelable. Chacun de ces thèmes fait l’objet de mesures gouvernementales existantes ou de propositions, notamment dans les pays de l’UE. Ils bénéficient également de multiples moteurs capables de renforcer leurs fondamentaux. Les entreprises qui aident les consommateurs (entreprises ou ménages) à réduire leur consommation d’énergie leur permettent également de réaliser des économies, tandis que l’amélioration de l’efficacité énergétique contribue à atténuer la dépendance de l’UE aux importations de pétrole et de gaz. A l’instar de nombreuses nouvelles technologies, ces outils ou services dédiés à l’efficacité énergétique, et qui sont aujourd’hui rentables, ont vu le jour grâce à des subventions et ont décollé après avoir atteint une taille critique. Les énergies renouvelables bénéficient déjà du soutien des « early adopters » et la situation financière des entreprises devrait continuer à s’améliorer.

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Nadège Dufossé est responsable de l'Allocation d'Actifs chez Candriam.

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