François Hollande sur TF1 : il n’a rien dit, mais on vous a quand même fait un best-of

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 7 novembre 2014 à 8h38

Si si on a regardé. Et oui oui, il n'a rien dit. A deux à trois reprises, le chef de l'Etat a fait des annonces, ou plutôt des "annoncettes", sur lesquelles Gilles Bouleau (TF1) ou Yves Calvi (RTL) ont lourdement insisté, histoire que les télespectateurs et auditeurs comprennent qu'il fallait dresser l'oreille. Même si franchement, en fait, il n'y avait pas de quoi !

Bien évidemment, toute l'émission était cousue de fil blanc. Le chef de l'Etat et ses équipes de "com" savaient qui allait lui poser des questions, et sur quoi. On se demande presque si les questions posées par les quatre français "représentatifs" n'avaient pas été tout simplement écrites par l'Elysée, tellement elles semblaient téléphonées. Il n'y a guerre que la femme chef d'entreprise (Karine Charbonnier, 46 ans, 650 employés) qui élevait le débat et semblait ne pas réciter une leçon apprise et répétée.

Prenez par exemple le cas des seniors qui se retrouvent au chômage quelques mois ou quelques années avant de pouvoir toucher leur pension, et ne trouvent "évidemment" pas d'emploi pour "boucher le trou" en attendant. C'était le cas de Joëlle, 60 ans, à qui il manque quelques trimestres pour pouvoir toucher une retraite à taux plein, et qui ne vit plus que des minimas sociaux, à savoir l'ASS, l'allocation de solidarité spécifique. Moins de 500 euros par mois. Et bien François Hollande, dans sa réponse, a fait une graaaaaannnnndddde annonce : "on mettra en place un contrat qui conduira à un emploi, payé par l'Etat en complément de l'ASS". Heureusement que Yves Calvi a lourdement insisté pour rappeler que c'est l'Etat, donc, le contribuable, qui allait financer ce nouveau dispositif, sinon, on aurait cru à un tour de magie. Les seniors de plus de 60 ans, qui ont commencé à travailler très jeunes et disposent de tous leurs semestres pour prétendre à une retraite à taux plein à 62 ans toucheront eux une "prestation pour aller jusqu'à la retraite". Autrement dit, l'âge légal de la retraite, c'est 62 ans, mais si vous n'avez pas 62 ans mais tous vos semestres pour la toucher, tant pis pour la régle, elle démarrera quand même. On changera juste le nom sur l'emballage, mais pas la poche dans laquelle on ira chercher le montant de la prestation. Celle du contribuable, ou si vous préférez, celle des financiers qui prêtent, encore, à la France.

Vous voulez une autre annonce qui a fait trembler le plateau de TF1, tellement elle était énorme ? François Hollande est "favorable" à la mise en place d'un service civique universel. Notez bien qu'il ne "décide" pas d'instaurer un service civique, il est juste "favorable". Bon, et c'est quoi ? "Une période de deux à trois mois pour les 16-26 ans" pour "donner du temps dans les hopitaux, maisons de retraite, auprès des jeunes". Bon, bien ! Histoire de mettre le pied à l'étrier à de jeunes chômeurs, en attendant qu'ils trouvent un emploi ? Non non, vous n'avez pas compris, cette période (ridicule) de deux-trois mois ne sera "pas indemnisée". Ah bon, donc, c'est du bénévolat alors, un peu comme l'ancien Service National ? Oui mais non : il ne serait "pas obligatoire dans un premier temps, mais on pourrait le rendre obligatoire à l'occasion d'un référendum". Ca vous en bouche un coin non, tant d'audace ?

Bon, allez, on a gardé le meilleur pour la fin : Les impôts, et l'emploi. "A partir de l'année prochaine, il n'y aura plus d'impôt supplémentaire sur qui que ce soit". Vous avez bien noté ? "A partir de l'année prochaine". Cela laisse donc deux mois au gouvernement et à sa majorité pour en inventer de nouveaux. Vu que cette semaine, ils se sont juste déchainés, (voir notre série d'article sur la "taxe du jour") ca promet.

Et le chômage ? Ah la la, m'en parlez pas : "J'avais parlé de l'inversion de la courbe du chômage. Ce n'est pas venu. je m'en suis fait reproche parce que c'était une espérance pour beaucoup, notamment ceux qui étaient demandeurs d'emploi". Quelle fine analyse ! On a bien fait de le choisir comme président. D'autant plus que, génial, sur le plateau de TF1, il a annoncé la création de "15 000 emplois d'avenir supplémentaires dans les emplois verts, sans conditions de diplômes". Traduction : les collectivités - qui sont chargées de déployer les emplois d'avenir, financés par l'Etat - vont devoir embaucher 15 000 jardiniers dans les prochains mois pour occuper les jeunes les plus remuants, ou, éventuellement, ceux qui ont vraiment vraiment besoin de travailler pour rapporter des sous à la maison. Souriez, contribuables, votre argent sera bien dépensé, vous verrez fleurir les plates bandes en hiver grâce à Majax Hollande.

Bon, c'est pas tout ca, mais on a une dette de 2000 milliards d'euros à rembourser, 6 millions de chômeurs à sortir de l'ornière, une Sécu à essayer de sauver quand même, une balance du commerce extérieur qui n'en peut plus d'être déséquilibrée depuis dix ans. On va peut-etre allez bosser encore un peu pour avant le week-end. J'ai promis à Julie de l'emmener faire un tour en scooter.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).