Pourquoi les infirmiers manifesteront-ils le 16 juin 2020 ?

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Par Pierre Malgouyres Publié le 8 juin 2020 à 18h13
Infirmiers Liberaux
595.600La France compte 595.600 infirmiers et infirmières.

Le 16 juin 2020, un mouvement social inédit s’annonce. Depuis 50 ans le monde infirmier fait vivre le marronnier de la reconnaissance de la profession. La crise Covid-19, la faillite de la gestion de l’organisation sanitaire à la fois grevée par un ONDAM qui consacre un financement inadapté au réel épidémiologique et un schéma de la trajectoire décisionnelle qui, au-delà de ne plus être fonctionnel, n’est plus représentable.

Une refonte nécessaire de l’organisation sanitaire

Les administrations successives bien cornaquées par les politiques de la doxa méritocratique, ceux que Todd identifie comme « les crétins d’en haut », ont appliqué à la santé depuis des lustres le théorème de Pasqua qui veut que « quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire et si nécessaire une autre, jusqu'à ce que plus personne n’y comprenne rien ». C’est ainsi que de crise en stratégie du choc, de communication de manipulation des masses, la poussière infirmière sous le tapis des ors et des obscurs bureaux de la République irrigue profondément le corps social à l’occasion de cette première alerte sanitaire et impose une refonte de l’organisation sanitaire et, en conséquence, de l’organisation économique et sociale censée la servir.

Des sciences infirmières

Le Care est le champ théorique dans lequel se développent les sciences infirmières. L’art infirmier devenu science au fil du 20e siècle, et qui jouit d’une chaire de recherche en sciences infirmières à l’université Paris 13, est un « fait social total » au sens de Marcel Mauss. Une pratique, au départ sexuée, qui organise la remédiation aux dépendances dans les moments critiques de l’existence, la naissance, la maladie, la mort en sont les principaux ressauts indiscutables. Le sujet, la tension entre une fonction socialement structurante, support de l’organisation sociale et une reconnaissance ès qualité en tant que profession dont de surcroît, comme l’a énoncé Cynthia Fleury dans son tract, l’objet sous-tendu par une éthique humaniste s’affronte aux logiques froides des costards gris de Bercy et des ayatollahs de faculté de médecine, grands patrons corporatistes randomisés en double aveugle aveca moult stratégies de distinction mais qui ne savent pas trouver les compresses.

Insuffisance des ressources et glissements de tâches

L’effondrement de la démographie médicale et l’insuffisance des ressources pour assurer la couverture sanitaire du territoire nécessite de prendre acte des glissements de tâches effectifs et de considérer les faits pour ce qu’ils sont. Les compétences, le rôle infirmier dans le maillage sanitaire du territoire est incontournable, la Nomenclature Générale des Actes Professionnels est un volapuk psychotique servi par les ânes mercenaires formés à l’EN3S en temps qu’elle n’est pour les infirmières même pas en ligne avec les fonctions et responsabilités conférées par le Code de la santé publique. Le fonctionnement des clusters hospitaliers est soumis aux mêmes tensions aggravées par des sédimentations règlementaires au fil de l’air du temps servis par une hiérarchie de contremaîtres qui étouffent la capacité de s’approprier et de se réaliser dans son travail.

Vers une société du Care

Le système n'est plus tenable, la bascule historique d’une organisation socio-économique fondée sur l’accumulation et l’étalon or est obsolète. L’organisation sanitaire et sociale de l’ère digitale avec une société du Care est au travail, le 16 juin 2020 en sera une date historique.

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Proche de Lucien Bonnafé, Tony Laisné, bercé par l'antipsychiatrie freudo-lacano-marxiste, après des études de sociologie et anthropologie Pierre Malgouyres s'est investi dans les secteurs de la communication et de l'action culturelle dans les années 1980/90. Après une formation d'infirmier il a travaillé comme infirmier d'accueil et d'orientation psychiatrique de première ligne au SAU CHU Hôpitaux de Toulouse. Il a ensuite créé les Cabinets Infirmiers Saint Alban, un dispositif infirmier de ville dédié au maintien à domicile de patients lourds de psychiatrie. Il s'investit aujourd'hui dans les stratégies de nutrition santé dans les pays de développement intermédiaire.

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