Faut-il investir plutôt dans des entreprises de grande taille ou de petite taille ?

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Par Michel Raud Modifié le 13 mars 2013 à 3h00
Une étude récente du bureau de recherche GaveKal s’intéresse à un phénomène que l’on observe aux Etats-Unis et dans les pays développés : la domination croissante des grandes entreprises aux dépens des petites.
Les sociétés de grande taille tirent mieux leur épingle du jeu dans un monde globalisé. Elles sont en mesure d’optimiser leurs coûts en s’implantant dans les pays qui disposent d’avantages comparatifs en termes d’accès aux ressources, que ce soit au niveau du travail, des matières premières ou des capitaux. Elles bénéficient d’une chaîne d’approvisionnement globale et ainsi achètent les produits les mieux adaptés au meilleur prix. Elles optimisent leur fiscalité dans des juridictions plus accueillantes et libèrent ainsi des moyens financiers supplémentaires. Elles sont capables de supporter les coûts d’implantation dans les pays émergents et de mettre en place des forces de vente et des réseaux de distribution locaux afin de tirer parti au mieux du potentiel de croissance de ces marchés. On pense aux Essilor, Linde, AB Inbev…
Les plus petites entreprises ont en revanche tendance à se concentrer sur leur marché national, ce qui constitue un problème dans un environnement où la croissance économique des pays développés est durablement atone. La dynamique actuelle est ainsi favorable aux grandes entreprises, comme en témoigne l’évolution de l’emploi aux Etats-Unis depuis 30 ans : le pourcentage de personnes employées dans des entreprises de plus de 500 salariés est passé de 46 % du total en 1988 à 51 % en 2010. Le nombre de sociétés de moins de 5 ans a également baissé de 47 % du total en 1983, à 36 % en 2010, tandis que la part de ces sociétés dans l’emploi total a diminué de 19 % à 11 % sur la même période.
Le vrai critère n’est pas la taille absolue, mais plutôt la part de marché et la capacité d’une société à la conserver, voire à l’accroître.
Il existe dans le monde des petites sociétés positionnées comme leader mondial sur des marchés de niche, souvent oligopolistiques car disposant de fortes barrières à l’entrée, qui, à l’instar des grandes multinationales, vont pouvoir capitaliser sur leurs avantages compétitifs afin d’accélérer leur développement et conquérir de nouveaux marchés aux dépens d’acteurs n’ayant pas la taille critique.
Dans la santé, des sociétés européennes ont su tirer profit des défis de la mondialisation, comme Stratec et Tecan, qui développent des instruments pour le compte des grandes sociétés de diagnostic médical. L’Allemand et le Suisse génèrent un chiffre d’affaires inférieur à 500 millions d'euros, mais sont devenus des acteurs incontournables sur le marché du diagnostic. Stratec et Tecan ont gagné de nombreux contrats ces dernières années, ce qui leur assure une bonne visibilité à moyen terme. Ces contrats exclusifs portent sur toute la durée de vie du produit, généralement 10-15 ans, et couvrent à la fois les instruments et la fourniture de services/pièces détachées, activité récurrente et très rentable. Arguer d’une prime à la taille et de multiples de valorisation mécaniquement plus élevés pour les grandes capitalisations ne semble dès lors pas justifié.
A contrario, de nombreuses multinationales positionnées sur des marchés concurrentiels, où les barrières à l’entrée sont trop faibles pour écarter l’émergence de nouveaux acteurs, notamment asiatiques, souffrent depuis plusieurs années d’une remise en cause de leurs positions dominantes. Les équipementiers télécoms comme Ericsson et Alcatel-Lucent ont perdu des parts de marché face à une concurrence chinoise très agressive. Le géant de l’électronique Philips s’est résolu à céder à perte son activité TV à l’un de ses concurrents taïwanais, après des années où sa part de marché a fondu et les prix de ses téléviseurs ont baissé de 15 % par an.
Pour la gestion des portefeuilles :
Dans tous les secteurs, on trouve aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis des multinationales qui ont su tirer parti des avantages que leur procurent leur taille et leur solidité financière afin d’accroître leur compétitivité et leur domination à l’échelle mondiale. Pour autant, la prime de valorisation doit aller au leader incontestable sur son marché, peu importe sa taille. Elle doit aller à la société qui domine de manière durable son marché et qui est capable d’accroître son leadership à l’heure de la mondialisation. C’est ce type de sociétés que nous recherchons et dans lesquelles nous investissons, indépendamment de leur taille, dans la mesure où, en plus, les marchés ont généralement tendance à sous-estimer leur capacité bénéficiaire et leurs perspectives de croissance à long terme.
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Hautes Etudes Commerciales (HEC), Professeur de Finance, Membre de la Société Française des Analystes Financiers (SFAF) Directeur des analyses sur les fonds français chez Nivard Flornoy, Michel Raud devient en 1984 Directeur Général de la Banque Financière Cardif, groupe Paribas. En 1988, il rejoint Philippe Investment Management en qualité de co-CIO aux côtés de Béatrice Philippe. Il assure aujourd’hui la double fonction de Directeur Général Délégué, Directeur de la Gestion de Fourpoints.  

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