Les difficultés des deux dernières années du mandat de João Lourenço en Angola

Par Louise Tavares Modifié le 17 février 2021 à 13h13
Sunset Angola

Une économie en récession pour la cinquième année consécutive

En 2020, l’Angola a connu une cinquième année consécutive de récession (-4%). Les mauvais résultats s’expliquent non seulement par la faiblesse du prix du pétrole – alors que 90% des recettes de l’État dépendent du pétrole – mais aussi la pandémie de Covid-19. Les prévisions pour 2021 sont celles d’une croissance nulle.

L’Angola se trouve aujourd’hui confrontée à un fort taux de chômage – officiellement de 34% - ainsi qu’à une inflation importante : 21%. Fin 2020, l’endettement public atteignait 123% du PIB.

Une crise politique et sociale

La crise économique se double d’une crise politique et sociale majeure : la croisade anticorruption, menée par le président João Lourenço, s’est essoufflée. Elle est en plus accusée d’être sélective. En effet, jusqu’aujourd’hui, João Lourenço a opté pour maintenir à son poste son directeur de cabinet Edeltrudes Costa. Celui-ci est pourtant soupçonné de conflits d’intérêts et d’enrichissement à travers l’obtention de contrats publics.

Le régime angolais est en outre accusé de violences envers sa population. Le 5 février, alors que l'Angola célébrait les 60 ans du début de la révolution contre la domination coloniale portugaise, la société civile a profité de l’opportunité pour dénoncer les difficultés économiques et les violences policières. La manifestation a été violemment réprimée.

Quelques jours plus tôt, le 30 janvier, au moins six manifestants ont été tués près d’un commissariat de Cafunfo, dans une région riche en diamants de l’est du pays. Le nombre de tués varie selon la source : les données de la police nationale indiquent six décès, mais Amnesty International a confirmé au moins 10 décès et des sources indépendantes avancent le chiffre d'au moins 27 décès, tandis que de nombreuses autres personnes sont portées disparues.

Cet événement a provoqué un tollé dans tout le pays : l’opposition (UNITA), les ONG et l’Église catholique ont dénoncé « un massacre ». Pour plusieurs médias, l’événement n’est que le reflet des inégalités économiques et sociales existantes dans le pays.

Celles-ci, à mesure que la situation économique se dégradera, devraient encore augmenter. Elles devraient provoquer d’autres manifestations, qui sans doute seront violemment réprimées. L’objectif actuel du gouvernement est d’éviter une explosion sociale.

Ce climat sera celui des deux dernières années du mandat de João Lourenço. En 2022, il devrait tenter de se faire réélire. D’ici-là, lui et son gouvernement devront parvenir à apaiser la population en améliorant la situation économique.

Parmi les tâches les plus urgentes, João Lourenço devra :

  • Fixer une date pour la tenue des premières élections municipales de l’histoire du pays, qu’il avait promis mais reporté ;
  • Renégocier la de l’Angola dette vis-à-vis de la Chine, son principal créancier, auprès duquel le pays aurait emprunté un total de 20 milliards de dollars.

Louise Tavares : chercheuse en sciences politiques, spécialisée sur les pays d'Afrique lusophone.

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