Marchés émergents : il est temps d’aborder ces marchés autrement

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Par Marc Olivier Modifié le 29 novembre 2022 à 10h11

Pour tirer parti de cet univers d’investissement qui reste sensible à l’impact des flux de capitaux étrangers, une approche nouvelle s’impose. S’affranchir de tout benchmark pour sélectionner les titres les plus stables ou les plus à même de profiter des grandes tendances structurelles est une des voies à suivre.

Investir dans les marchés émergents n’est pas chose facile dans le contexte actuel ! Les prémisses du tapering américain, en 2013, ont violemment ébranlé la zone, occasionnant des retraits massifs des investisseurs étrangers. A la veille d'une transition vers des économies plus équilibrées, ces pays neufs restent trop dépendants des flux de devises étrangères et les investisseurs ont préféré jouer l'amélioration conjoncturelle des pays développés.

La croissance mondiale est toujours tirée par les émergents

Mais une réalité demeure : la croissance des pays émergents reste en moyenne supérieure à 5 % par an, contre un peu plus de 2 % pour les pays développés. Pour les investisseurs, la question n'est donc pas de savoir s'il faut s'intéresser aux pays émergents, mais de savoir comment. La réponse réside sans doute dans des approches plus fines que celle qui consiste à considérer les émergents comme une zone homogène, voire monolithique. Pour éviter les fluctuations de court terme, potentiellement dévastatrices dans les portefeuilles, une première solution peut être de s'intéresser aux actions à faible volatilité. Un nombre croissant de gérants s'intéresse à ce type de stratégies sur les marchés développés et ce n'est pas sans raison. En effet, de nombreux travaux de recherche académiques, dont les premiers remontent à plus de 40 ans, confirment la capacité des actions à faible volatilité à générer une performance égale ou supérieure à celle du marché, avec un niveau de risque inférieur.

Comment éviter les à-coups

Il y a là une sorte d'anomalie persistante qui peut s'expliquer par la réticence de certains investisseurs à prendre le risque de s'écarter de leur indice de référence. Elle permet de limiter les risques liés aux flux d'investissement très changeants dans les émergents. En sélectionnant des sociétés parmi celles ayant les indicateurs financiers les plus stables (cash flows, bénéfices, dividendes, etc), il était même possible de gagner de l'argent sur les actions émergentes en 2013, malgré la baisse des indices. Un bon exemple est le groupe sud-africain MTN qui offre des services de télécommunication dans une vingtaine de pays d'Afrique et du Moyen-Orient et dont le cours s'est apprécié de 56 % ces trois dernières années.

Une autre manière originale d'aborder les marchés émergents est d'appliquer aux sociétés ayant les profils financiers les plus intéressants un filtre ISR (investissement socialement responsable). Une approche qui fait sens au moment où les autorités chinoises sont en train de repenser leur modèle économique en faveur d’une croissance plus soutenable, s’appuyant davantage sur la consommation domestique. Ces évolutions de premier plan vont induire des priorités radicalement différentes en termes de gouvernance environnementale et sociale.

Choisir des valeurs plutôt que de jouer des indices

China Everbright International est une de ces sociétés capables de profiter de ce changement de cap : la société est spécialisée dans le traitement des eaux usées et les énergies alternatives, notamment par traitement des déchets. Plus généralement, pour espérer devenir des leaders globaux, les sociétés émergentes de premier plan se doivent d'intégrer des critères sociaux ou environnementaux.

Savoir trouver les bonnes valeurs, à même de profiter des grandes tendances structurelles, au sein d'un marché qui reste disparate, voici sans doute la clé d'un investissement réussi dans les marchés émergents. Cela nécessite parfois de prendre du recul par rapport aux gros titres des journaux. Par exemple, ceux-ci ne sont guère favorables au Brésil dont les performances économiques sont régulièrement considérés comme décevantes. Cela a tendance à masquer une autre réalité, celle d'un pays dont la stabilité économique s'est considérablement accrue depuis 15 ans, notamment grâce à la baisse des taux d'intérêt réels. Non seulement le PIB par habitant a été multiplié par près de quatre en 10 ans, mais les inégalités de revenus sont sur une tendance baissière. Ce cocktail a permis un recul de la pauvreté et l'émergence d'une vraie classe moyenne qui représente aujourd'hui près des deux tiers des Brésiliens.

L’essor d’une classe moyenne fait naître de nouveaux besoins, comme celui d'éduquer ses enfants : une société comme Kroton, qui accueille plus de 700.000 élèves dans ses établissements, en bénéficie durablement. Autre société brésilienne ayant le vent en poupe : Cetip, un acteur des services financiers. La cote brésilienne ne se limite pas au pétrolier Petrobras, mais comment s'en étonner... il s'agit tout de même de la septième économie mondiale !

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Marc Olivier est le directeur général France de Nordea, premier groupe de services financiers et de gestion d’actifs de la région nordique.

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