Pétrole : l’OPEP n’exclut pas la Russie mais augmente (un peu plus) sa production

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Modifié le 3 juin 2022 à 10h47
Petrole Prix Negatifs 1
90%L'Union européenne vise à réduire de 90% ses importations de pétrole russe fin 2022.

Malgré l’attaque de la Russie contre l’Ukraine et la réponse économique de l’Occident au Kremlin, l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) a décidé de conserver intacte son alliance. Contrairement à la rumeur, la Russie n’a pas été exclue de l’accord de production… Et le pétrole pourrait fortement augmenter malgré une accélération de la production supérieure à ce qu’attendu.

Le marché du pétrole se réorganise après l’embargo occidental

L’annonce de l’embargo européen sur le pétrole russe, qui sera progressif mais devrait à terme réduire de près de 90% les importations européennes de brut russe, rebat les cartes du marché mondial du pétrole. Et l’OPEP, sans surprise, veut avoir son rôle majeur à jouer.

Lors de la réunion du jeudi 2 juin 2022, les pays producteurs ont donc décidé de conserver leur alliance avec la Russie, tout en changeant l’accord en termes de production. Alors que la hausse mensuelle de la production prévue, tous pays confondus, était de 400.000 barils par mois, la prochaine sera de 650.000 barils.

Une production qui va profiter à l’Occident et aux pays ayant opté pour un embargo contre le pétrole russe en réponse à la guerre en Ukraine. Arabie Saoudite, Irak et Émirats arabes unis devraient être les principaux pays producteurs à augmenter la production. L’Occident n’ayant pas pris de mesures contre eux, il y a de fortes chances que ce surplus de pétrole va se retrouver sur son marché.

Une pénurie de pétrole guette malgré tout

La question à laquelle il est difficile de répondre est toutefois celle-ci : est-ce que ça va suffire ? Si la Russie va trouver de nouveaux débouchés pour son pétrole, qui plus est vendu bon marché (près de 30% de moins que le prix en Bourse en moyenne), l’augmentation de la production ne va pas tout résoudre, au contraire.

La Russie produit en effet plusieurs millions de barils par jour et il est difficile de penser que la hausse de la production des autres pays-membres de l’OPEP+ suffira à compenser. Des tensions, déjà anticipées par l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) sont à prévoir. Or, qui dit tensions dit hausse du cours en Bourse et donc hausse du coût de production pour l’industrie ou encore du coût du carburant pour les particuliers.

L’avantage économique pour les pays de l’Asie du Sud-Est

Outre une possible forte hausse du prix du pétrole en Bourse sur fond de production qui arrivera, tôt ou tard, à son maximum, la situation géopolitique donne un avantage majeur aux pays de l’Asie du Sud-Est face à l’Europe : ils peuvent acheter du pétrole pas cher.

De quoi faire baisser les coûts de production industriels par rapports aux coûts en Europe, surtout pour la pétrochimie. Un coup dur, alors que la volonté affichée de la France est celle de la réindustrialisation du pays pour limiter, justement, la dépendance de la Chine et de l’Inde.

Le retour en force du gaz de schiste américain

Une amélioration pourrait venir des États-Unis. Déjà premier producteur de brut, le pays pourrait voir la relance de la production de gaz et pétrole de schiste sur son territoire du fait de la hausse, probable, du prix du brut sur le marché. Plus polluant et vivement décrié par les écologistes, le pétrole de schiste coûte plus cher que son homologue classique à extraire. Pour qu’il soit rentable, il faut que le prix de vente dépasse un certain montant.

C’est ce qui avait conduit, en 2014, à la guerre des prix entre les États-Unis et l’Arabie saoudite : devenu rentable à la faveur d’un baril de brut ayant dépassé les 100 dollars, il commençait à menacer la suprématie de l’Arabie saoudite en termes de production. Si bien que le pays a poussé l’OPEP à sur-produire, inondant le marché de pétrole classique et faisant chuter, en quelques mois, le prix du baril de plus de 100 à moins de 40 dollars.

Une situation qui ne pourra pas se répéter du fait de l’embargo sur le pétrole russe : gaz et pétrole de schiste pourront, au mieux, alléger un peu la pression sur les prix, mais pas avant 2023 voire 2024, le temps que la production se remette en route.

Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013. Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

Laisser un commentaire

* Champs requis