Perspectives d’ouverture pour l’Iran ?

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Par Sara Mechkati Publié le 28 juin 2017 à 1h38
Iran
40 %Le taux de chômage s'élève à 40 % en Iran.

L'Iran est un pays charnière. Sa position géographique et l’étendue de son territoire lui donnent une place privilégiée sur l’échiquier régional. Au carrefour de plusieurs espaces stratégiques, Moyen-Orient, Asie centrale, Caucase, avec des débouchés sur la caspienne et la mer d’Oman. En dehors des richesses de ses sous-sols, ce pays doté d’une grande civilisation est riche en potentiel humain et talent d’une population de 80 millions d’habitants qui dépassent en nombre tous les habitants réunis du golfe persique. Tous ces attributs devraient faire de l’Iran un pays prospère et de son peuple une nation optimiste dans son avenir.

Malgré la levée des sanctions, l'économie iranienne va mal

Or, ce pays, qui dispose des deuxièmes réserves de gaz, des quatrièmes de pétrole au monde et d'importantes ressources minières, est aujourd’hui face à des problèmes économiques gravissimes et un climat social explosif. Les Iraniens, dont le pouvoir d'achat a baissé de 73 % ces dernières années, sont touchés par un taux de chômage de 40 % (selon les experts à l’intérieur du pays), pour une population active de 25 millions.

Le membre du clergé Hassan Rohani, présenté comme un « conservateur modéré », a été réélu à la présidence de la république en mai dernier lors d’une élection qui ne correspond pas aux normes démocratiques, alors que son premier mandat n’a su ni redresser l’économie, ni améliorer la douloureuse question des droits de l'homme.

L’accord nucléaire conclu en juillet 2015 avec les grandes puissances avait fourni une excellente occasion pour une reprise économique du pays. Hassan Rohani a été accueilli avec faste à Paris et à Rome et des dizaines de délégations commerciales et diplomatiques, notamment de France, se sont ruées à Téhéran, signant de nombreux protocoles d’accords pour investir en Iran. Une initiative nourrie de maints espoirs suite à la levée des sanctions qui ont permis de ramener les exportations pétrolières au niveau d’avant les sanctions, soit à 2,4 millions de barils par jour.

Mais les retombées sont des plus maigres : même si l’inflation a baissé, la récession s’est aggravée. La crise aiguë du chômage (avec 10 millions de sans-emplois), la faillite de 14 des 31 banques publiques et privées du pays, le dépôt de bilan des caisses de retraite, la paralysie du gouvernement en raison des caisses vides et une dette publique de plus de 212 milliards de dollars, ont déçu les investisseurs étrangers.

Les causes de la crise

La crise économique est le fruit d’un vice qui affecte depuis de nombreuses années le système iranien. L’économie est dominée par le corps des Gardiens de la révolution (pasdaran), une milice puissante qui consacre d’énormes moyens du pays, d’une part, au maintien d’un État policier des plus durs de la planète, et d’autre part, à un engagement militaire massif dans différents pays de la région. Les ingérences militaires en Irak et au Yémen et le soutien jusqu’au-boutiste à la dictature de Bachar Assad engagent des dépenses faramineuses. Sans parler d’une myriade de groupes djihadistes, allant du Hezbollah libanais à milices sectaires irakiennes, en passant par les Houthites yéménites dont les salaires sont versés par la Force Qods des pasdaran. Tout cela, aux côtés d’un dispendieux programme balistique et nucléaire illicite, constitue un poids financier considérable qui pèse depuis des années sur l’économie et rend difficile d’investir dans la production et le développement du pays.

Dans le domaine des droits de l’homme la situation n’est guère plus satisfaisante. Les exécutions capitales de mineurs, les inégalités assumées de traitement entre les hommes et les femmes, la violation des libertés publiques sont toujours les mêmes dans un régime qui se targue d’appliquer la charia dans le premier État islamique de l’histoire contemporaine.

Dans ce contexte, mais aussi avec l'installation d’un nouveau président à la Maison-Blanche qui a annoncé vouloir serrer le jeu avec Téhéran, on s'interroge sur les capacités d’ouverture du régime iranien qui refuse de céder sur ses fondements. Une réforme ne serait envisageable qu’avec un amendement de la constitution pour extraire le « pouvoir absolu du guide suprême » dans les affaires de l'État, et l'influence malsaine des Pasdaran dans la vie politique et économique du pays.

Or, ni Rohani, ni Khamenei, le Guide des mollahs, ne semblent envisager une telle perspective, malgré leur divergence. Rohani s’est targué le 18 avril dernier d’avoir augmenté le budget militaire durant son premier mandat de 145%. Et Khamenei a déclaré publiquement le 13 mai que « tout changement de comportement équivaut à un changement de régime ». Il sait fort bien que reculer sur les pratiques de la République islamique signifierait le début de la fin, comme ce fut le cas pour le régime du Chah qui précédait l’actuel système. En effet, cela a été le destin de nombreuses dictatures dans l'histoire. Quand elles arrivent à la conclusion qu'elles ne peuvent plus survivre grâce à une poigne de fer, il est déjà trop tard pour une réforme de l'intérieur. Les revendications de la population vont bien au-delà du changement de comportement calculé et limité que les dictateurs ont l'intention de mettre en œuvre pour se maintenir au pouvoir.

Les perspectives

Les hésitations des entreprises étrangères à faire des affaires en Iran sont principalement dues aux inquiétudes soulevées par de nouvelles sanctions américaines. Car la stratégie de Téhéran reste, d'une part, à maintenir l’étau sur la société iranienne et continuer sa politique déstabilisatrice dans la région, et d'autre part, à collaborer avec les entreprises occidentales pour leur soutirer les financements nécessaires à ses opérations. Or, les exigences de cette stratégie et le recours au mépris de l'État de droit, créent un climat défavorable au développement des relations avec Téhéran.

Avec la recomposition du paysage politique français, l’élection d’un nouveau président et un parlement soucieux de la « France pays des droits de l’homme », il est temps de réclamer bien clairement et fermement au régime, qui a bien à gagner au développement de relations avec le monde, le respect des droits de l'homme, l'abolition de la torture, de la peine de mort et l'égalité entre les sexes.

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Sara Mechkati est une avocate en droit des contrats à Paris. Elle collabore avec la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO).

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