Bonne nouvelle, l’Etat est de retour et embauche à tour de bras

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Modifié le 13 décembre 2022 à 20h40
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3,3 MILLIARDS €Le gouvernement annonce 3,3 milliards d'euros de dépenses supplémentaires en 2017.

Le gouvernement a plusieurs objectifs devant lui : réduire le déficit public à moins de 3 % avant 2017 sinon il risque de se faire taper sur les doigts par Bruxelles (et de devoir payer 4 milliards d'euros d'amende) et faire baisser le nombre de chômeurs avant la Présidentielle faute de quoi François Hollande ne devrait pas pouvoir se représenter. Alors, en toute logique, le gouvernement prévoit une augmentation des dépenses et une augmentation des effectifs publics. Mais est-ce que les deux sont compatibles ?

Les dépenses augmentent malgré le risque d'amende

Le gouvernement est en train de préparer le budget de l'année 2017 et commence fort : il augmente les dépenses. On ne parle pas de quelques centaines de millions d'euros mais bien de plusieurs milliards : 3,3 milliards très précisément. Une somme qui ne fait pas peur à l'exécutif, loin de là : "cette augmentation, non seulement nous l'assumons mais nous la revendiquons" a lancé Christian Eckert devant l'Assemblée jeudi 7 juillet 2016. Histoire de faire taire d'emblée toute polémique.

Cela fait des mois que le gouvernement annonce des milliards de dépenses en plus : hausse du point d'indice des fonctionnaires, plan d'aide à l'emploi... la Cour des Comptes a déjà estimé que le budget 2016 pourrait être dépassé de plus de 3 milliards d'euros. Et elle ne semblait pas convaincue de la réussite en termes de réduction du déficit en 2017.

Et si on faisait baisser le nombre de chômeurs en embauchant ?

Les dépenses augmentent, donc, et c'est même normal vu que le gouvernement prévoit d'embaucher plusieurs milliers de personnes en 2017. 13 795 emplois de plus seront créés en 2017 et viendront s'ajouter aux 14 331 créés en 2016... 28 000 emplois de plus en deux ans, donc, soit autant de personnes qui ne viendront pas rallonger les listes de Pôle Emploi.

Bon, évidemment, ce ne seront pas 14 000 fonctionnaires de plus que le gouvernement va devoir payer... plusieurs postes seront supprimés, dans les autres ministères : les créations d'emplois se feront essentiellement dans l'Education et la Sécurité.

19 milliards d'euros d'Economies en 2017 ? Pas tout à fait mais on va faire comme si...

Rappelez-vous : Bruxelles avait demandé à la France de revoir son budget et de faire des économies d'échelle été structurelles afin de retrouver le plus vite possible un déficit sous la barre des 3 %. 50 milliards d'euros d'économies étaient prévus avant fin 2017 et le gouvernement français s'y était engagé.

En 2017, pour clore ce plan de réduction des dépenses, 19 milliards d'euros d'économies seraient nécessaires. Le gouvernement ne va pas y parvenir... mais Christian Eckert a un argument qui va sans doute plaire à Pierre Moscovici, commissaire européen en charge des Finances et ancien locataire de Bercy : "Quand vous voulez perdre 10 kilos et que vous n'en perdez que 9, il ne faut pas dire que vous n'avez pas fait de régime".

Un argument pratique qui peut s'adapter en toute circonstance : au travail, à l'école, en famille... "Quand on va en vacances à Marseille et pas aux Seychelles, il ne faut pas dire qu'on ne va pas à la mer".

Un petit paramètre qui risque de faire mal : la croissance... et le Brexit

Le gouvernement, malgré ces embauches et la mise en garde de la Cour des Comptes, prévoit toutefois toujours un déficit à 2,7 % du PIB en 2017 soit bien moins élevé que ce que lui réclame Bruxelles (soit 3 %). Mais attention : un budget est créé sur la base d'une prévision de croissance, plus précisément sur la prévision de croissance de Bercy.

Pour 2016 et pour 2017, Bercy s'attend à une croissance bien plus élevée que celle attendue par Bruxelles ou le FMI. Une différence qui existait déjà avant le Brexit dont on ne connaît pas l'impact sur la croissance mondiale à court ou moyen terme. Si la croissance prévue par Bercy n'est pas au rendez-vous, les dépenses prévues par le gouvernement seront trop élevées... et le déficit pourrait ne pas se réduire.

Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio