Prix du Baril : l’OPEP doit-elle intervenir ?

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Par Adrien Desjardins Modifié le 29 novembre 2022 à 10h07

Les douze États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) se sont réunis jeudi 27 novembre à Vienne. Lors de ces réunions semestrielles, ils avaient pour habitude de dire que tout allait bien pour l’or noir, mais cette fois c’est assez différent, car, durant les six derniers mois, le prix du baril de pétrole a chuté de 30 %, le faisant passer sous la barre des 80 dollars.

L’OPEP doit-elle intervenir ?

La question que tous les observateurs se posent est la suivante : que va faire l’OPEP ? D’après l’homme fort de l’organisation, le ministre du Pétrole saoudien, Ali Al-Naïmi, le cartel ne devrait pas vraiment intervenir, il s’attend à une « stabilisation d’elle-même du marché à terme ». Pourtant ce serait une grosse erreur de penser que l’organisation n’a plus un pouvoir de marché. « L’analyse historique de ses positions dans un contexte de chute brutale des prix montre que, quand il prend une décision ferme et crédible, soit une révision de ses quotas de productions, les prix rebondissent », nous rappelle Olivier Appert, président de l’Institut français du pétrole Énergies nouvelles (IFP EN).

Ce fut notamment le cas en 2008, le 17 décembre exactement. Alors que la banque Lehman Brothers avait déclaré faillite trois mois plus tôt et que le prix du baril avait atteint un pic historique à 147 dollars pendant l’été avant de chuter à 35 dollars six mois plus tard, les pays membres de l’OPEP, réunis à Oran en Algérie, avaient décidé de retirer du marché 2,2 millions de barils. Progressivement le prix était alors remonté jusqu’à atteindre 100 dollars.

Les cartes ont été redistribuées

Mais aujourd’hui, les cartes ont été redistribuées. Les pays membres de l’OPEP sont confrontés à une concurrence toujours plus accrue des pays extérieurs à l’organisation. La Russie, deuxième producteur mondial de pétrole et qui ne fait pas partie de l’OPEP n’a pas la moindre intention de réduire sa production. Moscou estime que la baisse des prix va affecter en premier les pays producteurs où les coûts d’extraction de l’or noir sont les plus élevés, comme les États-Unis.

De plus, la part de marché de pétrole mondial détenu par l’OPEP se réduit, elle est tombée de 42 % en 2008 à 35 % en 2014 et le cartel se bat pour la conserver. Le pays le plus concerné est l’Arabie Saoudite qui représente à elle-même 12 % du pétrole mondial. Le pays ne veut pas avoir à assumer seul les conséquences d’une réduction de la production. C’est pourquoi Riyad est allé jusqu’à accorder des rabais aux sociétés de raffinage asiatiques, européennes et américaines. En effet, après des années au cours desquelles le prix du baril a été très élevé, l’Arabie Saoudite a engrangé un bon stock de devises qui lui permet d’avoir le temps de voir venir au même titre que les autres pays du golfe arabo-persique. Selon certaines sources, Riyad ne bougerait que si le baril tombait à 70 dollars.

Mais pour certains pays de l’OPEP, c’est une tout autre paire de manches. Alors que selon l’Arabe Petroleum Investment Corporation, l’Arabie Saoudite aurait seulement besoin d’un baril à 90 dollars pour équilibrer son budget, ce tarif se situerait à 160 dollars pour le Venezuela. Avec ce type de donnée, on comprend très bien que les dirigeants des pays membres ne sont pas tous arrivés à Vienne avec les mêmes objectifs.

En trente ans d’existence, l’OPEP est intervenue une cinquantaine de fois sur le marché de l’or noir, que ce soit pour faire baisser les prix (22 fois) ou pour les faire monter (27 fois). Selon Olivier Appert, si l’OPEP ne bouge pas pendant sa réunion semestrielle à Vienne, l’organisation « aura à réagir dans les mois qui viennent » sinon la faiblesse des prix pourra être fatale pour plusieurs de ses pays membres.

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Longtemps analyste buy-side au sein d'un cabinet international, je travaille aujourd'hui à mon compte en tant que chargé d'études financières. J'aime aussi donner mon avis sur des sujets d'actualité plus macro.

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