Les Français ne se rendent pas du tout compte du véritable prix des produits

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Par Daniel Moinier Publié le 29 novembre 2021 à 14h27
Declenchement Investissement Etranger 1
2%L'inflation jugée idéale pour les économies avancées est de 2% par an.

Depuis des décennies les Français(e)s ne sont pas rendus compte que la majorité des produits de la consommation courante, hors agricoles, ont atteint des prix extrêmement bas. Pire, ils trouvent même qu’ils sont encore beaucoup trop élevés par rapport à leur revenu.

Beaucoup de ces produits sont fabriqués en Asie notamment en Chine et beaucoup vendus en Union- Européenne à un prix si bas qu'il devrait à peine couvrir les frais de transport Asie-Europe, comment est-ce possible ?

Cela coûte beaucoup moins cher d'envoyer un colis postal de Chine en France qu'à l'intérieur de la France.

Explications :

Quelques exemples sur le coût du transport de Chine en France :

Le transport d'une demi-palette 60cm x 80cm x 90cm (100 kgs) de Shenzhen à Paris coûte 340 euros.

Une palette 120cm x 80 cm x 180 cm (800 kgs) : 525 euros.

Il est possible de loger sur une 1/2 palette 16 000 stylos. Ce qui met le transport des stylos à 0,02 euros par stylo.

La réponse au mystère du coût bas, ce sont aussi les règles de tarification de l'Union Postale Internationale.

En ce qui concerne la production, les articles que nous fabriquons en une journée, la Chine peut les faire en moins de dix minutes.

Beaucoup d'objets de la vie courante restent simples à fabriquer, surtout si on les fabrique en plastique. Ils nécessitent peu d'investissements et il est toujours possible de trouver en Chine une main d'œuvre non qualifiée au coût très intéressant.

La Chine a connu un formidable développement depuis 40 ans et même si est apparue une classe moyenne qui compte 400 millions de chinois, celle-ci reste très inégalitaire. Et la main d'œuvre non qualifiée 'low cost' (comme disent les anglo-saxons) reste très importante.

Il existe aussi de nombreuses inégalités géographiques. Le salaire minimum mensuel est variable suivant les régions :

A Pékin il est de 2200 rmb par mois (soit 286 euros par mois), mais à Xian il ne sera que de 1800 rmb par mois (234 euros), et à Guandong 1410 rmb par mois (183 euros).

A titre de comparaison, en Chine, le salaire mensuel moyen est de 868$ Us par mois

On estime aussi à près de 300 millions les migrants intérieurs chinois essentiellement des ruraux venus s'installer à la périphérie des métropoles. Du fait du système de passeport interne chinois (Huji/hukou) nombre d'entre eux ont des difficultés à s'intégrer et vivent dans une illégalité tolérée. Ils fournissent une main d'œuvre non qualifiée peu chère.

Les salaires de travailleurs non qualifiés restent très faibles. La porte reste donc ouverte à la fabrication de grande série d'objets simples sans gros investissements industriels et à petits prix, mais nécessitant de 'l'huile de coude'.

En me promenant dans un hypermarché, j’ai repéré dix produits les plus importés de Chine en 2021.

Et je me mets à penser, compte tenu de mon expérience en bureau d’études et industrie, comment pourrions-nous en France fabriquer ces produits à ces prix là ? Rien qu’avec le temps de conception, nous aurions déjà dépassé le prix de vente chinois ! Alors qu’il reste l’outillage à créer, la fabrication, l’emballage, le transport, la distribution et même en utilisant les bâtiments déjà existants.

Les stylos : Il est possible de les trouver en offre de gros à un coût départ de Chine, à 0,17 $US (pour une commande de 10 000).

Un t-shirt en Chine coûte de 1,45 à 3,7 euros avec un supplément de 0,2 à 0,5 euros, si l’on souhaite faire imprimer une devise ou un logo.

Les lunettes de soleil sont très peu chères, mais il est recommandé de bien se renseigner sur les normes.

Le salon-détente pliable n’est pas pour eux très compliqué à fabriquer et donc peu cher.

Le parapluie réversible est innovant mais facile à fabriquer, et pas cher du tout.

Les cadres photos avec un coût de fabrication de grandes séries : 0,3 à 1,47 euros reviennent à une dizaine d'euros. Pour les plus stylés, il faut compter une vingtaine d'euros.

Les verres à vin en série coûtent 2,2 euros et au détail 13 euros pièce.

Les bouteilles d'eau et gourdes pour le sport. Elles coûtent en gros en Chine 1 à 2 euros la bouteille et 3 euros en grands magasins (le modèle le plus simple).

Les pailles en acier inoxydable. Aujourd'hui, écologie oblige, c’est la fin des pailles plastique, les nouvelles sont réutilisables. Mais qui pourra faire une paille réutilisable ? Les Chinois bien sûr. Prix de gros 0,07 euros par pièce pour une paille en acier inoxydable. Bien sûr, arrivée en France, elle sera un peu plus cher.

Les ordinateurs déjà plus complexes sont fabriqués en très grandes séries. En Chine, les prix vont de 80$ Us Sus à 160 $ Us. Pour un prix en France de 399 à 799€ et plus.

Avec le Covid, il y a aussi, les masques, les seringues qui arrivent à profusion à des coûts impensables !!!

Les entrepreneurs restant en France et en Europe et même aux Etats-Unis « s’arrachent les cheveux » pour trouver des solutions compétitives et rester en vie et ne pas délocaliser comme beaucoup l’on déjà fait, contraints, forcés sans autre solution que de fermer avec les drames humains qui s’en suivent.

La Chine en 2021, reste encore très compétitive en termes de coûts de main d'œuvre non qualifiée.

Avec un taux de chômage faible (3,62%), elle est toutefois dépassée par des coûts inférieurs chez ses voisins et cherche à délocaliser pour le textile notamment vers le Vietnam, le Bangladesh ou l'Ethiopie où les coûts de main d'oeuvre non qualifiée sont plutôt de 30$ US par mois.

Heureusement que ces produits venus d’Asie ont des prix « extrêmement bas », car nos français avec leur bas revenu devraient se serrer la ceinture pour n’acheter que quelques produits franco-français ou même européens…A part certains venus de l’Est.

Malgré ces prix très bas et les aides qui sont devenues énormes, notre taux de pauvreté est toujours très élevé !!!

POURQUOI ? Explications

Historique :

Après la dernière guerre de 1945, les marges brutes des entreprises étaient très importantes. La concurrence était nationale, voire régionale et même souvent locale. Les informations étaient peu développées à part la radio et quelques journaux régionaux. Les nationaux étaient lus surtout par les « notables » qui possédaient les premières voitures. La télévision n’existait pas, encore moins l’informatique, internet, les portables, etc…

Les entreprises avaient de bonne marge. Pourquoi ? Par rapport à aujourd’hui, les charges sur salaires étaient très faibles tant pour les salariés que pour les entreprises.

Voir le tableau ci-dessous :

Années

Retenues salariées en %

Retenues Sal + de 65 ans en %

Retenues employeurs en %

1930

4

4

4

1936

3,5

3,5

5,5

1937

4

4

4

1945

6

6

6

1947

6

6

6

1948

6

2

10

1959

6

2

12,5

1961

6

2

13,5

1962

6

2

14,5

1966

6

2

15

2021

22

Cadre = + - 28

33

Soit :

Total jusqu'à plus de 45%

3,67 fois plus qu'en 1945

Soit 5,5 fois plus qu'en 1945

Auquel il faut ajouter la mutuelle, environ + 7/8%

Après 1945 il n'y avait pas besoin de mutuelle, la Sécurité Sociale remboursait tout au minimum à

75%, voir 100%, Depuis, beaucoup de médicaments sont beaucoup moins remboursés, ou

même plus du tout, des retenues par boites ont été instituées, un forfait hospitalier, …etc,

Les causes de cette dégradation :

1. La première cause est simple, connue de tous les démographes :

La durée de vie qui n’a pas arrêté d’augmenter : de 23 années depuis la dernière guerre mondiale de 1945.

Soit 8 heures par jour, aujourd’hui 7 heures (soit environ une durée de sommeil)

Il y avait 6 salariés et cotisants pour 1 retraité, aujourd’hui nous sommes à 1,4 pour 1 !!! A ce rythme dans 40 ans nous seront à 1 pour 1, c’est-à-dire que chaque salarié cotisera pour sa propre retraite qui serait donc très faible. Sinon il faudra que les cotisations soient beaucoup plus élevées, d’où une forte baisse de pouvoir d’achat.

Autre possibilité : Travailler et cotiser beaucoup plus longtemps.

2. Deuxième cause :

Plus la durée de vie augmentait, plus nos gouvernants se sont « acharnés » par pure idéologie à diminuer les temps de travail et d’activité, ce qui est totalement antinomique.

La retraite à 60 ans en 1982 (on peut y ajouter : la 5ème semaine de congés, les 39 heures, le 8 mai remis férié)

Les 35 heures en 2000. Nous sommes donc passés de 1900 h à 1550 h par an (Baisse de 350 heures par an en 40 ans) et 5 années de moins sur la durée de vie.

3. Les retraites anticipées

Jean-Luc HELLER, Chef du Département des études et des statistiques de l’INSEE écrivait en 1986 que l’emploi a progressé jusqu’en 1981, puis a basculé à la baisse à partir de 1982-83, date de la forte augmentation des préretraites. Celles-ci ont même démarré à l’âge de 50 ans, les entreprises ayant eu une forte baisse d’activité depuis les lois Mitterrand qui ont drastiquement diminué les temps d’activité et de travail.

Puis ce sont les retraites anticipées pour carrières longues, exposition à l’amiante, handicap et surtout pénibilité qui ont fait diminuer la durée moyenne d’activité.

Et en 2012, le coup de massue a été l’institution par François Hollande des retraites anticipées pour les salariés ayant commencé à travailler de 18 à 20 ans, d’où un nombre beaucoup plus important de préretraités. Cette mesure a fait perdre à notre économie la bagatelle de 11 milliards d’euros par année. Il existe encore des préretraites pour carrières longues qui commencent bien avant 60 ans !

Pour enrayer la hausse du chômage, la règle pendant des dizaines d’années était de dire : Plus on mettra des seniors en préretraite, plus il y aura d’emplois pour les jeunes. C’est exactement le contraire qui s’est passé : Plus les seniors sont partis tôt, plus le chômage des jeunes a augmenté. Il est même monté à 29,5% entre 2013-14 alors que la moyenne du chômage était d’à peine 11%. Cherchez l’erreur !!!

Explication :

Chaque départ trop tôt d’un senior en retraite, fait perdre la valeur financière de 4 jeunes embauchés = différence de salaire, charges, retraite à payer, consommation moindre…

Pour remonter très rapidement le niveau de la France par le bas une seule solution :

Travailler plus pour dépenser plus et surtout mieux donc moins low-cost, plus local, écologique pour favoriser les entreprises et leur retour dans nos campagnes.

www.danielmoinier.com

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Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.

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