Monsieur le Premier ministre, 2020, c’est le bout du monde !

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Par Sophie de Menthon Modifié le 9 avril 2014 à 10h22

Le temps d'un chef d'entreprise est d'évidence moins que jamais le temps de l'Etat (sauf pour les dates limites du paiement des impôts, taxes et cotisations !).

« 2020 c'est le bout du monde » déclare un chef d'entreprise du Mouvement ETHIC « d'ici là ma boîte pourra être introduite en Bourse, avoir fusionné, avoir déposé le bilan, s'être délocalisée, avoir été rachetée ? » Si déjà le Premier Ministre avait annoncé tout ce qu'il « promet » pour les 6 mois à venir on aurait pu reprendre (un peu) confiance, mais nous ne pouvons plus attendre.

Dans ces conditions, qu'est-ce qui, dans les décisions annoncées, peut remonter le moral d'un chef d'entreprise à taille humaine ?

Certainement pas la différence flagrante de traitement entre la date d'effet de la diminution d''imposition des personnes physiques (à horizon 2015) et des entreprises (allant jusqu’en 2020). Le Premier ministre veut « stimuler la croissance avec pragmatisme et volontarisme ». Mais que signifie « stimuler la croissance » pour un entrepreneur ? Le plus rapide et le plus efficace est d’investir dans des moyens de production plus modernes et plus productifs et pour cela il faut en avoir les moyens. « Pourquoi dois-je attendre 2020 ? Un amortissement accéléré m’aurait permis d’attendre 2020 » déplore-t-on chez ETHIC ;

La baisse des cotisations sur les bas salaires ? C’était déjà la cible du CICE ! Pourquoi ne pas avoir visé les salariés qui sont les moteurs de la croissance des entreprises ? Ce qui fait grandir une entreprise c’est l’encadrement tant intermédiaire que supérieur ;

Un bon point toutefois concernant les 50 mesures de simplification qui seront publiées avant l'été pour relancer la construction de logements. Cependant, pendant que l’on nous annonce quelques mesures de simplification, le Parlement est en train de voter de nouvelles lois, championnes de complexité : Loi Alur, Loi sur la formation, Loi sur la pénibilité !

Le grand absent de ce discours roboratif, même s'il est bon d'entendre que le travail est une valeur, c'est l'incitation concrète à la liberté d'entreprendre. Où est concrètement l'intention de nous libérer des carcans qui nous étouffent au quotidien ? Et du mal de vivre des entreprises de France, pas un mot. Quid du temps de travail ? Quid du renforcement des pouvoirs de sanction exorbitants de l'Inspection du travail ? Quid de l'ennemi héréditaire de l'emploi : le Code du travail ? Quid de la menace, bombe à retardement de la pénibilité ?

Quant à la fameuse « justice sociale » elle est en fait mise à mal, car la baisse de la fiscalité des plus modestes (qui, de fait, ne paient pas l'impôt ou ne le payaient pas) va à l'inverse d'une solidarité républicaine.

Quelques réactions patronales...

« 50 milliards d'euros en 3 ans, pour un chef d'entreprise qui devrait redresser sa boîte, c'est une plaisanterie ! »

« On va emprunter 100 milliards en 2014 !!! Nous avons en 2013 emprunté 82 milliards d’euros, c’est une question d’arithmétique, ce n’est pas à la hauteur du problème. Ce n’est pas ce plan qui va convaincre l’Europe… »

« Rien n’indique que nous mettons les choses à plat pour redresser la France. »

« Aucune évocation de la pléthorique fonction publique ? »

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Sophie de Menthon est la présidente du mouvement patronal Ethic. Elle est également membre du conseil économique et social (CESE), et auteur de nombreux ouvrages pédagogiques ou de vulgarisation pour la jeunesse.    http://www.sophiedementhon.fr/

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