Réflexes d’autrefois et interrogations nouvelles

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Par Hervé Goulletquer Modifié le 5 juillet 2019 à 10h49
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La publication aujourd’hui des chiffres de l’emploi américain de juin prend une importance particulière. Que dira-t-elle sur les initiatives à venir de la Fed ? Espoir de trêve qui dure ou pas, Américains et Chinois échangent des propos pas spécialement constructifs. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Le nombre d’emplois créés au mois le mois davantage autour de 150 000 que de 200 000

Ce vendredi de début d’été sent les odeurs du temps jadis ; quand on se passionnait sur le positionnement de l’économie dans le cycle conjoncturel et qu’on attendait avec un peu d’appréhension la nouvelle mouture des statistiques sur les créations d’emplois aux Etats-Unis : la vielle boite à outil des économistes de marché d’autrefois, avec « ces merveilleuses poussières amassées » par toutes ces années d’expérience, pour paraphraser le poète René Guy Cadou.

On se souvient de la déception à la lecture des créations d’emplois du mois de mai : 75 000 nouveaux postes de travail, à comparer à une tendance autour de 200 000. On se rappelle aussi du message envoyé par l’enquête du Conférence Board sur la confiance des consommateurs. En juin, ceux-ci pointaient une plus grande difficulté à trouver un emploi. Si on regarde du côté des enquêtes effectuées auprès des entreprises, on observe aussi une dynamique qui se tasse au niveau des intentions d’embauches.

L’enquête ADP sur l’emploi dans le secteur privé envoie un message similaire. Il suggère une référence pour ce qui est du nombre d’emplois créés au mois le mois davantage autour de 150 000 que de 200 000. Sauf à ce que la productivité du travail poursuive l’accélération intervenue ces trois dernières années (on n’y croit guère), le message envoyé serait alors quel’économie américaine ralentit. Même si ce n’est que de façon modérée.

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La Fed est évidemment attentive à cette évolution. Comment ne pas considérer que l’équation composée, d’une incertitude internationale qui ne se dissipe pas ou que trop peu, d’une inflation qui se maintient sous la cible fixée et d’un marché du travail qui se détend, se résout au travers d’une politique monétaire assouplie ? Le taux directeur doit alors se positionner au moins un peu en-dessous du taux neutre. Les deux sont aujourd’hui, peu ou prou, à parité.

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Si le diagnostic sur le marché du travail est confirmé, le marché ne pourra alors qu’être conforté dans sa vue qu’il y a de la détente dans l’air ; avec probablement un recul du taux des fonds fédéraux de 25 centimes lors du comité de politique monétaire du 31 juillet prochain.

La bonne tenue des marchés d’actifs risqués sur les derniers jours vient pour partie de cette anticipation de réglages monétaires assouplis (aux Etats-Unis, mais aussi en Zone Euro). Elle trouve aussi son origine dans l’espoir que la trêve déclarée par les Américains et les Chinois puisse être un tant soit peu durable et se traduise par un reflux des tensions commerciales et économiques. On attirait l’attention mercredi dernier sur le « coup de canif » donné par les Etats-Unis à ces anticipations positives, avec une Maison Blanche déclarant qu’il n’y a pas d’« amnistie générale » concernant Huawei. La réponse du « berger à la bergère » ne s’est pas faite attendre. Le gouvernement de Pékin fait savoir que l’annulation de toutes les augmentations de droits de douane est une condition de la signature d’un accord commercial. Et de rajouter que l’achat de plus de produits agricoles américains ne peut être qu’une réponse à des progrès dans les négociations. La « guerre des mots » n’empêche évidemment pas la poursuite de la trêve. Elle la fragilise pourtant. Au marché d’être attentif à ce que les « amabilités échangées » ne débouchent pas sur des initiatives préjudiciables au maintien d’anticipations positives.

Vers un ralentissement de l'activité en zone euro ?

Jeudi 4 juillet, pour la première fois, le rendement d’un titre d’Etat à 10 ans est passé sous la barre du taux de dépôt de la BCE (-0,40%). Faut-il y voir le funeste présage d’un ralentissement marqué de l’activité en Zone Euro ? Sans doute pas. Il s’agit avant tout de l’effet des attentes d’un assouplissement du réglage monétaire ; avec, qui plus est, la conviction d’une partie du marché qu’un nouveau programme de Quantitative Easing est en préparation.

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Dans ce contexte, la réaction du marché des titres d’Etat a été particulièrement marquée concernant l’Italie et la Grèce et ceci au cours des quelques dernières semaines. Il faut dire que le marché, à côté des perspectives positives attendues de la part de la BCE, espère que les situations politiques vont se clarifier. Avec une possible conversion au sérieux budgétaire de la part d’un gouvernement italien dominé par la Ligue et le retour du parti de Droite, Nouvelle Démocratie, au pouvoir à Athènes (les élections générales auront lieu dimanche).

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Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.

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