Rapport Pisa : pour en finir avec l’échec scolaire français

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Par Olivia Millioz et Paolo Carruolo Publié le 4 décembre 2013 à 5h11

La crise éducative caractérise notre pays. Les réformes nécessaires ne peuvent pas se limiter à l’aménagement du temps scolaire ou à l’inclusion du numérique dans les écoles. Il faut aller beaucoup plus loin.

Le métier d’enseignant connaît un malaise profond. Les enseignants n’arrivent plus à transmettre leurs connaissances. Les élèves ne sont plus motivés pour apprendre. Les parents ont une relation de plus en plus crispée avec les enseignants. La défiance est générale. Face à cette situation périlleuse, il faut que le changement soit profond. Pour le conduire, on peut s’inspirer des pays qui ont su amener leur système éducatif à un haut niveau.

Les pays en tête du classement PISA, malgré leur différence, ont trois points en commun. Ils ont choisi de :
- avoir un système transparent
- miser tout sur la qualité (des enseignants, des chefs d’établissement, etc.)

- mettre l’accent sur l’effort des élèves et l’implication des parents

Tous les trois ans, le monde de l’éducation attend avec impatience les résultats de l’enquête PISA. Mais cette année, ils sont attendus dans l’anxiété. On connaît le résultat : Pour les mathématiques, le point fort de cette étude, la France est passée de la 21e à la 25e place.

Pourtant en 2007, le rapport McKinsey nous montrait les pistes à suivre pour avoir un système éducatif efficace. La France n’a suivi aucune des principales recommandations. Au mois d’août dernier, une journaliste américaine, spécialiste des questions d’éducation, Amanda Ripley, a publié une grande enquête. Elle a analysé les dessous de la réussite éducative des pays les plus performants du classement PISA, en suivant des jeunes américains partis étudiés dans ces pays. Les pistes à suivre sont sans appel, les mêmes que celles que préconisait le rapport McKinsey.

N’attendons plus pour agir. Copions ce qui doit être mis en place pour avoir un système éducatif performant.

La transparence : le levier pour aller vers plus de qualité

Les pays les plus performants estiment qu’ils peuvent s’améliorer seulement s’ils mesurent leurs résultats. Notre école est devenue une boîte noire qui délivre ses secrets seulement à l’occasion des publications de grandes enquêtes comme celle de PISA (Program for International Student Assessment). Cette situation est une exception française, car les pays les plus performants n’attendent pas les résultats des enquêtes internationales pour connaître le niveau de leurs élèves.

Dans les systèmes les plus performants, évaluer est la règle. Dans ces pays, les acteurs du système éducatif conviennent tous que l'évaluation est le meilleur moyen pour améliorer les résultats de l'école. En évaluant leurs écoles, les pays scolairement performants, arrivent à identifier et à diffuser les meilleures pratiques. L'évaluation permet de connaître les établissements en difficulté, de travailler avec eux et de leur redonner une ambition forte qui doit être portée par tous ceux qui y travaillent. L’évaluation n’est pas perçue comme un couperet, mais comme le moyen permettant une perpétuelle amélioration.

Face aux mauvais résultats qui s'enchaînent, l’école française doit se redresser. Elle a besoin de sortir de ce déclin permanent. Notre école doit renouer avec une culture de la transparence. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place une notation des établissements.

L’Angleterre a déjà mis en place une notation des établissements et les résultats sont positifs. L’OFSTED (Office For Standards in Education), l’inspection générale britannique a mis au point une évaluation sur quatre niveaux :

  • - remarquable,

  • - convenable,

  • - exige des améliorations,

  • - insuffisant.

Les résultats sont rendus publics. Ils sont consultables par tous sur le site du Ministère de l’Éducation1. Le but est de faire de toutes les écoles, des écoles performantes. Les écoles jugées insuffisantes sont soumises à des évaluations plus rapprochées et sont guidées pour gagner en qualité et en efficacité.

En Corée du Sud, les enseignants sont évalués, à l’aide d’un questionnaire numérique, par leurs propres collègues, mais également par les parents et les élèves. Cette évaluation à 360°, est très prisée par les entreprises2. Le but est de donner une information sur l’efficacité du travail de l’enseignant et de responsabiliser ce dernier vis-à-vis des résultats de ses élèves.

À Singapour, les écoles effectuent des auto-évaluations régulières en plus d’inspections externes réalisées tous les cinq ans.


La qualité compte bien plus que la quantité

Avoir des enseignants de qualité est la clé de la réussite des pays les plus performants La qualité des enseignants est au cœur de la réussite éducative de la Finlande. Elle se distingue par la sélection ultra rigoureuse de son corps enseignant. Seulement 10%3 des candidats seront acceptés dans les 8 universités de formation dédiées au métier d’enseignant. Pour intégrer la formation, le candidat doit passer par deux étapes :

  • ➔ la première sélection est faite à partir des résultats obtenus au baccalauréat ; seulement un résultat excellent garantit l’accès à cette formation ;

  • ➔ la deuxième sélection prévoit un examen écrit, une épreuve de mise en situation dans une classe et enfin un entretien afin de déterminer sa motivation à enseigner.

Les enseignants sont aussi obligés de se former tout au long de leur carrière et sont incités à travailler en réseau, à se renseigner sur les meilleures pratiques et à trouver des solutions grâce à la collaboration avec les autres professeurs.

En Corée du Sud, les personnes les plus compétentes sont incitées à devenir enseignants. L’accès à la formation d’enseignant pour les candidats sud-coréens se fait au mérite. Seulement la validation d’un examen national permet leur inscription au sein des douze universités dédiées à cette formation. Une fois qu’ils ont intégré ces écoles du professorat, seulement 5% des candidats seront recrutés pour être enseignant. La Corée compte moins d’enseignants dans les classes, que tous les autres pays du monde. Le système mise sur une petite quantité d’enseignants, très qualifiés.

À Singapour, seulement 20% des candidats intéressés seront admis. Une première sélection est faite à partir des curriculum vitae. Les directeurs d’établissement sont mis à contribution. Ce sont eux qui recrutent les futurs enseignants. Si la formation initiale est sélective, la formation continue est tout aussi exigeante. Les enseignants sont obligés de se former en permanence : ils ont 100 heures par an à dédier exclusivement à la formation continue. Les chercheurs ont créé des classes expérimentales, où ils évaluent les réactions des élèves face aux nouvelles idées, techniques et méthodes pédagogiques qui sont testées. Les enseignants partagent en permanence les méthodes d’apprentissages qui se sont révélées efficaces dans une ou plusieurs classes. Mais le processus ne s’arrête pas là. Si les méthodes testées donnent des résultats positifs, alors le gouvernement demande de les diffuser dans toutes les écoles du territoire.

En 2010, les candidats en compétition étaient plus de 6.600 pour seulement 660 postes disponibles. Cf. Rapport McKinsey, 2007.

Des leaders pédagogiques formés

Les pays considérés comme des “puissances éducatives” accordent une importance extrême au choix des chefs d’établissement.

À Singapour, les leaders pédagogiques (chefs d’établissement) suivent des cursus différents de ceux des enseignants. Dans leur programme de formation, figurent des cours de gestion et de leadership empruntés aux meilleurs programmes de formation des cadres dirigeants. Ils doivent passer des épreuves concrètes : un jour par semaine dans les écoles, les candidats sont chargés de développer des approches innovantes pour résoudre les problèmes les plus difficiles rencontrés dans les établissements. Un stage de deux semaines, dans une entreprise étrangère, est requis dans leur formation. Tout au long du stage, ils suivent des cadres supérieurs du secteur privé afin d’aborder le leadership.

De leur côté, la Finlande et la Corée du Sud estiment que l’école ne peut réussir sans un leader pédagogique de choix. Son rôle est de choisir les enseignants qui formeront le corps professoral. Il est aussi en charge du développement professionnel des enseignants. Leur formation continue est extrêmement importante pour travailler leurs faiblesses et partager leurs méthodes d’enseignement. Le directeur doit donner des objectifs clairs à son établissement, tout en ayant la capacité de les faire évoluer.

Le leader pédagogique est responsable des résultats de son établissement et de sa réputation. Il est évalué, tout comme les enseignants et l’établissement ; il a des comptes à rendre sur les résultats de l’école qu’il gère.

L’effort : une des clés de la réussite

Dans les pays qui réussissent le mieux, l’accent est mis sur l’effort dans l’apprentissage.

La Corée du Sud, un des pays leaders dans la recherche et la fabrication d’objets de haute technologie ne remplit pas ses classes d'ordinateurs ou de tablettes. La Corée du Sud est surtout très exigeante avec ses élèves. La précision dans le travail et le goût de l’effort sont des éléments constamment présents dans l’éducation coréenne.

La Pologne aussi est très économique dans ses choix et ne mise pas sur le tout numérique. Les cours de mathématiques se déroulent le plus souvent sans calculette. Les élèves apprennent à manipuler les nombres dans leur tête. Les enseignants consacrent beaucoup de temps à montrer comment les notions de géométrie ou de calcul peuvent être utilisées dans la vie de tous les jours.


Un besoin : la coopération des parents

Les scientifiques de l’enquête PISA, ont observé en 2000 que l’environnement familial a un impact conséquent sur l’apprentissage des élèves. En 2009, ils décident de mettre en place un questionnaire réservé aux parents. Les résultats sont éloquents : les enfants, dont les parents sont plus engagés dans les activités extra-scolaires (le sport par exemple), sont moins performants en lecture que ceux dont les parents sont plus engagés à la maison, en les aidants dans leurs devoirs. Lire aux enfants signifie partager des histoires, les questionner sur leur compréhension du texte, ce qui les encourage à réfléchir et à produire une pensée.

Les efforts faits par les parents produisent des résultats dans tous les pays et dans toutes les familles, indépendamment de leur niveau de revenus.

Ce qui différencie les pays les plus performants de ceux qui se retrouvent loin des premières places dans PISA, comme la France, c’est d'avoir des systèmes éducatifs rigoureux. Ils ont mis en place :

- des formations d’enseignants et de chefs d’établissement de qualité,
- un recrutement parmi les meilleurs d’une génération à la charge du chef d’établissement,
- des chefs d’établissement formés au leadership dans le privé,
- des méthodes efficaces de transmission des savoirs et surtout partagées entre les enseignants,
- des attentes vis-à-vis des élèves qui les conduisent à leur transmettre le goût de l’effort.

L’école française doit être plus qualitative. Les ingrédients de la réussite sont accessibles et la première chose à faire, si l’on veut y arriver, est d’évaluer les performances de notre système éducatif, afin d’avoir une meilleure visibilité sur les résultats de nos élèves.

Cette mesure est primordiale si l’on veut pouvoir intervenir là où les écoles ne sont pas efficaces, les aider à changer leurs méthodes et les tirer vers le haut.

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Olivia Millioz et Paola Carruolo animent l'association SOS Éducation, l'une comme Porte-parole, l'autre comme chargée de mission. Elles ont lancé, il y a plus d'un an, les ateliers de SOS Éducation, des lieux d'échange et de rencontre entre les professeurs de tous les horizons.

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