La Réserve fédérale (Fed) définit sa politique sur une base prospective

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Par Vincent Reinhart Publié le 12 juin 2020 à 16h16
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6,5%La Fed prévoit une baisse de 6,5% du PIB en 2020.

"Comme attendu, le Federal Open Market Committee (FOMC) a maintenu sa politique extrêmement accommodante lors de sa réunion hier. La raison pour laquelle il n’y a eu aucune surprise est qu’un statut quo au niveau du discours est essentiel à la conception de la politique monétaire américaine.

La Réserve fédérale (Fed) définit sa politique sur une base prospective et sa position - qui se traduit essentiellement à travers le niveau de son taux directeur, la taille et la composition du bilan, ainsi que les mécanismes de prêt et d'achat - en fonction des perspectives économiques. Si celles-ci se déroulent à peu près comme prévu, il n'y a aucune raison de modifier l'orientation de sa politique. Selon les termes employés par J. Powell lors de sa conférence de presse, l'économie n'est pas en bonne posture, mais elle est conforme aux prévisions. En conséquence, "la politique monétaire est en bonne voie".

Trois autres messages ont logiquement découlé de cette réunion. Tout d'abord, Powell a réitéré les limites de la politique monétaire, dans la mesure où les mécanismes de la Fed reposent sur « ses capacités de prêt et non sur ses capacités de dépense", dans un plaidoyer pour un élan budgétaire supplémentaire. Deuxièmement, les responsables de la Fed n'ont apparemment aucun appétit immédiat pour des prévisions formelles en matière de taux d'intérêt ou un contrôle pur et simple de la courbe de rendement, bien que des fonctionnaires leur aient apparemment présenté des documents consacrés à ces sujets. Troisièmement, les caractéristiques de ces mécanismes restent en jeu, en accord avec l'expansion du périmètre de protection de la Fed au fil du temps, comme en témoigne l’ajustement de deux d'entre eux la semaine dernière. Powell a sous-entendu que le prochain virage qu’entreprendra la Fed servira à aider les organisations à but non lucratif.

Deux surprises

Tout d'abord, en dépit de la déclaration fracassante de Powell selon laquelle la récession aurait des répercussions durables pour l’économique réelle, le FOMC n'a pas modifié ses prévisions à long terme de la croissance du PIB réel, du taux de chômage et du niveau d’équilibre de son taux directeur réel. Selon lui, il est "bien trop tôt" pour faire de tels ajustements, et il espère qu'une politique bien conçue pourrait éviter une grande partie de ces effets néfastes. Il s'agit peut-être en partie de politique monétaire, dans la mesure où la distribution du taux directeur approprié s'est déplacée vers l'intérieur, même si la médiane est restée inchangée.

Deuxièmement, le FOMC a mis en place le « graphique à points », ou "dot plot" (à mon grand regret), une forme d'orientation des taux d’intérêt, même si la vice-présidente Clairda a affirmé que ce genre de prévisions allait peut-être devoir attendre jusqu'en septembre et ce malgré les inconvénients d’un tel dispositif en termes de messages : en effet, cette courbe en "pointillé" brouille parfois le message du FOMC en attirant davantage l’attention des observateurs sur ces voix marginales au sein de la Fed qui s’attendent à un resserrement nettement plus prononcé de la politique monétaire. A vrai dire, le comité monétaire de Powell présente une remarquable uniformité de points de vues. Tous les participants s'attendent à ce que la politique actuelle reste en place jusqu'à la fin de l'année prochaine et quasi tous (à 2 près) jusqu'en 2022.

Qu'attendre de l'année prochaine ?

Rien sur le front de la politique monétaire si les événements vont dans le sens de la Fed, qui prévoit notamment une sombre baisse de 6,5 % du PIB réel cette année. Compte tenu de l'arithmétique trimestrielle, l'économie ne sortira pas de son trou actuel avant 2022. Le taux d'emploi et d'inflation maximum semblent hors de portée pour les deux ans et demi à venir. Le conseil des gouverneurs de la Fed ne restera pas inactif quant à l'exercice des capacités de prêt en accord avec la « Federal Reserve Act 13(3) ». Ils ont modifié les mécanismes existants à un rythme d'environ une fois par semaine depuis leur mise en œuvre, en élargissant pour la plupart leur champ d’action et en allongeant leur durée. M. Powell voit à priori des enjeux autour des organismes à but non lucratif (hôpitaux, universités et collèges) et pourrait leur créer une fenêtre d'opportunité.

Les théoriciens monétaires, dont font partie quelques gouverneurs et de nombreux présidents de la Banque de Réserve, préfèrent travailler avec des modèles fermés en exposant tous les comportements possibles. Une règle sur le taux directeur est de loin la meilleure solution. Ainsi, il y a une forte impulsion à la fermeture chez de nombreux participants au sein du FOMC. On peut donc s’attendre à ce qu'ils fassent pression de manière publique afin que la Fed adopte une règle précise en la matière. Le contrôle de la courbe de rendement serait un sujet de débat à creuser, mais pas des plus pressants, à moins que les marchés n'exercent une pression particulière dans ce sens."

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Chef économiste et Stratégiste Macro chez Mellon (BNY Mellon Investment Management)

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