Les fonctionnaires de Bercy alertent : « Graves dangers sur le consentement à l’impôt »

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 28 octobre 2013 à 17h40

Quand un syndicat, qui plus est le syndicat majoritaire parmi les fonctionnaires du ministère des Finances, tire ainsi la sonnette d'alarme, il y a de bonnes raisons de s'inquiéter. Solidaires Finances Publiques (l'ancien SNUI, Syndicat Unifié des Impôts, classé à gauche), dans un communiqué, alerte lundi 28 octobre : "nombreux sont ceux qui invoquent le « ras-le-bol fiscal » de la population pour réclamer l’abandon de certains projets fiscaux spécifiques qui les touchent. (...) Au-delà des projets gouvernementaux eux-mêmes, parfois discutables, il est inquiétant de voir que ce «ras-le-bol fiscal» est de plus en plus instrumentalisé par des catégories d’intérêts particuliers qui n’ont qu’un lointain rapport avec l’intérêt général".

L'immense majorité des contribuables subit les hausses d'impôts sans pouvoir se révolter

Et de tacler tour à tour le mouvement des pigeons, qui ne défend que lui même - sachant que les pigeons n'ont jamais prétendu mener une croisade générale anti-impôts- le Medef qui "conteste souvent par principe l'imposition des sociétés", ou encore "les épargnants qui veulent avant tout préserver des avantages fiscaux". Bon sang d'inspecteur des impôts ne saurait mentir... Mais la conclusion du syndicat est sans appel : "Dans ces conditions, la répartition de la charge fiscale ne peut qu’être un peu plus déséquilibrée, et ce au détriment de l’immense majorité des ménages qui ne peut s’organiser pour faire valoir ses « intérêts » ou, tout simplement, l’intérêt général".

Solidaires Finances Publiques confirme donc vu "de l'intérieur" du système ce que tout le monde constate vu de l'extérieur. Le ras le bol et le matraquage fiscal ne sont pas des illusions que se font une catégorie de contribuables, mais bien une réalité objective subie par tous, dont les fonctionnaires du ministère de l'Economie et des Finances doivent mesurer tous les jours un peu plus l'impact au téléphone ou au contact direct avec les contribuables. Il n'y a qu'à voir l'avertissement à peine feutré que lance le syndicat à ce sujet : "Les agents des finances publiques, au contact quotidien des contribuables et des usagers, risquent également de faire les frais d'une situation tendue et parfois même explosive".

Ras le bol fiscal : Des menaces de suicides quotidiennes

Sous le sceau de la confidence, un haut fonctionnaire de Bercy soutient que les remontées de menaces au suicide venant de contribuables ou de chefs d'entreprise à bout sont désormais quasi quotidiennes dans tous les départements de France, et que la crainte d'une tentative d'immolation par le feu ou d'autres actes violents du même acabit ont fait prendre des mesures de sécurité spéciales dans un certain nombre de centres des finances publiques, parmi les plus exposés. Basiquement, dans les zones les plus touchées par la crise...

Résultat, l'ancien SNUI conclut son communiqué par les mots suivants : "Le danger est réel : le consentement à l’impôt, pilier de la démocratie, s’affaiblit." Et d'ajouter "Plus que jamais, une réforme fiscale d’ampleur est urgente à mener ; elle doit rendre la fiscalité juste, simple et stable." Si ce sont ceux qui appliquent les règles fiscales qui le disent, alors effectivement, taxes et impôts, en France, en 2013, doivent être particulièrement injustes, complexes et instables...

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016.Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time. En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007.Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an.En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier. Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018. Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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