Les brasseurs ne veulent pas être mis en bière par le fisc

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Par Francois Devos Publié le 2 octobre 2012 à 15h05

Le projet dévoilé par le Ministère des Affaires sociales de multiplier par 2,6 les taxes sur la bière provoque un véritable tollé. L’organisation professionnelle, Brasseurs de France, dénonce aujourd’hui une mesure «insensée, injuste et dangereuse ». Pour le Délégué général de l’association, Pascal Chèvrement, « c’est une catastrophe pour l’ensemble de la filière. On tue dans l’oeuf le développement du secteur car avec un pouvoir d’achat restreint des consommateurs, la consommation va diminuer ». Rappelons que la baisse des ventes est de l’ordre de 30% en 30 ans.

La filière représente aujourd’hui 65 000 emplois. Le gouvernement affirme qu’il s’agit avant tout de rééquilibrer le montant des taxes par rapport à nos voisins européens. Il est vrai que la bière est moins taxée en France que dans la plupart des autres pays européens. La France arrive au 22ème rang en termes de fiscalité sur la bière. Ce sont le Luxembourg, la Bulgarie, l’Allemagne et la République Tchèque qui disposent de taxes moins élevées. Le Royaume-Uni est l’un des pays d’Europe où la bière est la plus taxée et les conclusions sur l’impact sanitaire sont peu probantes.

Après les fortes augmentations du prix des matières premières ces dernières années, il est certain que les brasseurs (et avant tout les plus petits) seront contraints, pour survivre, de répercuter cette hausse des taxes sur leurs produits. Les distributeurs, indépendants ou non, feront sans doute la même chose. La bière est un produit populaire, accessible en termes de prix. Cela sera moins vrai demain si le projet du gouvernement aboutit. Certains brasseurs ont déjà annoncé le gel de leurs investissements pour les prochaines années avec d’évidentes répercussions sur l’emploi.

Pour le moment, cette flambée des taxes est un projet et tous les professionnels ont à cœur de défendre leur métier auprès des autorités publiques. Il n’empêche néanmoins qu’il semble plus facile pour le gouvernement de vouloir s’en prendre à ce secteur qu’à celui du vin, nettement moins taxé. Les viticulteurs représentent un lobby extrêmement puissant et les professionnels n’hésitent pas à descendre dans la rue, parfois de manière violente, pour influer sur le gouvernement. Il ne s’agit pas d’une compétition entre professionnels de boissons alcoolisées, il s’agit surtout de défendre aussi un part importante de notre culture, de notre savoir-faire et de notre patrimoine.

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François Devos est journaliste. Après avoir été journaliste économique à BFM, il est aujourd'hui "free-lance" spécialiste du secteur brassicole depuis plus de 10 ans. Il se dit même "biérologue", au même titre que les oenologues !

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