EDF envisage de confier la construction de ses six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 à un consortium français regroupant Vinci, Bouygues et Eiffage. Cette stratégie inédite vise à réduire les coûts et sécuriser le calendrier d’un chantier évalué à 72,8 milliards d’euros.
EDF vient de trancher pour la construction des nouveaux EPR

Nucléaire : EDF privilégie l'alliance française pour ses EPR de nouvelle génération
L'énergéticien français redessine sa stratégie nucléaire en s'appuyant sur une approche collaborative inédite. Face aux défis colossaux que représentent la construction de six nouveaux réacteurs EPR de nouvelle génération, EDF s'oriente vers une solution audacieuse : confier le génie civil à un consortium rassemblant les trois mastodontes hexagonaux du BTP que sont Vinci, Bouygues et Eiffage. Cette décision révolutionnaire traduit une évolution profonde dans la philosophie industrielle de la filière nucléaire nationale.
Ce chantier d'envergure européenne transcende les simples considérations techniques pour s'ancrer dans une réflexion stratégique plus vaste. L'alliance exceptionnelle de ces géants du secteur illustre la détermination de l'électricien public à capitaliser sur les enseignements tirés des tribulations de l'EPR de Flamanville, projet emblématique mais entaché de retards considérables et d'importants dépassements budgétaires.
Une coalition industrielle sans précédent
Selon les révélations des Échos, cette configuration marquerait une rupture fondamentale dans l'organisation industrielle du secteur. Pour ce marché de gros œuvre, dont la valeur avoisine dix milliards d'euros en euros constants 2020, les trois leaders Vinci, Bouygues et Eiffage auraient non seulement scellé une entente, mais également intégré NGE et Fayat, respectivement quatrième et cinquième acteurs français du domaine.
Cette nouvelle donne contraste radicalement avec la méthode antérieurement privilégiée. L'année 2023 avait vu Eiffage s'imposer en solitaire pour le génie civil des deux premiers EPR2 de Penly, devançant l'alliance constituée par Bouygues et Vinci. Aujourd'hui, l'heure semble venue de fédérer les expertises face à ce défi industriel continental.
Un engagement financier vertigineux
Les montants en jeu défient l'entendement. L'investissement global pour les six réacteurs EPR2 atteint 72,8 milliards d'euros, provisions de sécurité incluses. Au cœur de cette enveloppe considérable, le génie civil constitue désormais le poste budgétaire le plus substantiel du programme soumis par EDF aux autorités gouvernementales. Les opérations de gros œuvre représentent aujourd'hui l'un des principaux gisements d'optimisation identifiés, susceptibles de générer plusieurs milliards d'euros d'économies.
Le programme EPR s'impose comme le plus ambitieux projet industriel et économique du continent européen. Cette pierre angulaire de la renaissance nucléaire française s'inscrit parfaitement dans l'architecture énergétique nationale, visant à sécuriser un approvisionnement électrique décarboné, fiable et pérenne. Cette ambition s'inscrit dans une démarche plus large de réindustrialisation, à l'image des enjeux que représente le soudage dans la réindustrialisation française.
Une temporalité recalibrée pour éviter les errements passés
La circonspection guide désormais les choix stratégiques d'EDF. Les premières révisions calendaires témoignent de cette philosophie renouvelée : la coulée inaugurale du béton à Penly, jalon symbolique du démarrage effectif de la construction, a été différée de 2026 à 2028. Cette recalibration illustre la détermination de l'énergéticien à éviter la répétition des déboires flamanvillais.
L'architecture du renouveau nucléaire français s'articule autour de six réacteurs EPR2 déployés selon une séquence maîtrisée. Les deux premières unités prendront racine à Penly, en Seine-Maritime, avant une extension vers Gravelines, dans le département du Nord, puis vers le site du Bugey, dans l'Ain. L'horizon 2038 marque l'échéance attendue pour les premiers réacteurs, inaugurant une nouvelle époque pour l'industrie atomique hexagonale.
