Nucléaire : TerraPower obtient le permis pour son réacteur Natrium

Le projet de réacteur nucléaire Natrium de TerraPower, soutenu par Bill Gates, franchit une étape majeure aux États-Unis. Le régulateur américain a autorisé la construction de cette centrale de nouvelle génération dans le Wyoming, un jalon clé pour un projet qui vise une mise en service au début de la prochaine décennie.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 mars 2026 13h01
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Le 4 mars 2026, la Nuclear Regulatory Commission (NRC), le régulateur du nucléaire civil aux États-Unis, a autorisé la délivrance d’un permis de construction pour la centrale développée par TerraPower près de Kemmerer, dans l’État du Wyoming. Cette décision permet au projet nucléaire de passer de la phase administrative à la phase industrielle, même si plusieurs étapes restent nécessaires avant la production d’électricité.

Ce permis constitue la première autorisation de construction d’un réacteur nucléaire commercial délivrée dans le pays depuis près d’une décennie,. Il s’agit aussi d’un cas particulier dans l’industrie, puisque le réacteur Natrium repose sur une technologie différente de celle utilisée par la grande majorité des centrales actuelles.

Nucléaire : TerraPower obtient le permis pour construire son réacteur Natrium

La décision de la NRC autorise officiellement TerraPower à lancer la construction de la centrale nucléaire Kemmerer Power Station Unit 1, développée par sa filiale US SFR Owner. Le projet doit être construit près de la ville de Kemmerer, dans le Wyoming, à proximité d’un ancien site de production d’électricité au charbon, selon l’Associated Press. Pour l’entreprise, ce feu vert marque une étape décisive. « Aujourd’hui est un jour historique pour l’industrie nucléaire américaine », a déclaré Chris Levesque, directeur général de TerraPower, dans un communiqué de l’entreprise publié le 4 mars 2026.

Du côté du régulateur, la NRC insiste sur la rigueur du processus. Son président Ho Nieh a expliqué que cette décision constituait « une étape historique pour le nucléaire avancé aux États-Unis », résultat d’un examen technique indépendant et approfondi, selon le communiqué. Le permis autorise uniquement la construction. Avant de produire de l’électricité, TerraPower devra obtenir une licence d’exploitation distincte délivrée par le même régulateur, rappelle la NRC.

Les étapes du projet nucléaire TerraPower et le calendrier prévu

Le projet Natrium suit un calendrier réglementaire relativement précis. TerraPower a déposé sa demande de permis de construction en mars 2024. La NRC a accepté le dossier et lancé son examen formel en mai 2024, selon le régulateur américain.

L’instruction du projet s’est poursuivie pendant près de deux ans. L’étude d’impact environnemental finale a été publiée en octobre 2025, suivie en décembre 2025 de l’évaluation de sûreté associée au projet, toujours selon la NRC.

Le 4 mars 2026, les commissaires de la NRC ont voté en faveur de l’autorisation de construction. TerraPower prévoit désormais de lancer rapidement la construction complète de la centrale. La mise en service reste toutefois lointaine. TerraPower vise un premier réacteur opérationnel autour de 2030, selon le communiqué de l’entreprise. D’autres estimations évoquent plutôt 2031 pour l’entrée en service, en fonction du rythme de construction et des procédures réglementaires restantes.

Le projet représente un investissement estimé à environ 4 milliards de dollars. À pleine puissance, la centrale pourrait alimenter environ 400 000 foyers.

Un réacteur nucléaire différent des centrales traditionnelles

La principale particularité du projet TerraPower tient à la technologie du réacteur. Le système Natrium est un réacteur rapide refroidi au sodium liquide, et non à l’eau comme la plupart des centrales nucléaires actuelles.

Dans les réacteurs classiques, appelés réacteurs à eau légère, l’eau sert à la fois de liquide de refroidissement et de fluide pour produire la vapeur qui entraîne la turbine. Le projet Natrium utilise au contraire du sodium liquide comme fluide de refroidissement, ce qui modifie l’architecture du réacteur et certaines caractéristiques de fonctionnement.

La centrale prévue dans le Wyoming doit produire une puissance nominale de 345 mégawatts électriques, selon la NRC. Mais le projet inclut également un système de stockage d’énergie thermique qui permet d’augmenter temporairement la production jusqu’à 500 mégawatts électriques, selon Reuters.

Ce système de stockage constitue l’une des innovations du projet. Il permet d’augmenter la production lorsque la demande du réseau est plus élevée, ce qui rend la centrale plus flexible que les installations nucléaires traditionnelles, souvent conçues pour fonctionner en continu à puissance constante.

Selon l’American Nuclear Society, le stockage thermique pourrait permettre de maintenir cette puissance maximale pendant plus de cinq heures, ce qui offrirait une capacité d’ajustement importante dans un système électrique intégrant davantage d’énergies renouvelables. Le projet Natrium s’inscrit ainsi dans une nouvelle génération de réacteurs nucléaires avancés, conçus pour compléter les énergies renouvelables tout en produisant une électricité décarbonée.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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