17 octobre : qui va vraiment payer les 1,5 milliard ?

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By Jean-Baptiste Giraud
17 octobre : qui va vraiment payer les 1,5 milliard ?
17 octobre : qui va vraiment payer les 1,5 milliard ? - © Economie Matin

Plus d'un milliard et demi d'euros de dégâts. Des milliers de commerçants ruinés en une nuit. Et déjà, dans les couloirs de Bercy, on entend la même musique que d'habitude : ce sera pour le contribuable. Il est temps de dire stop.

1,5 milliard €

C'est la facture estimée des dégradations et pillages du 17 octobre 2026, selon La Tribune — soit davantage que les émeutes de 2023.

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Le commerce français mis à sac, deux fois

Force est de constater que les commerçants français ont une capacité de souffrance hors du commun. D'abord massacrés par des années de fiscalité punitive, de charges sociales parmi les plus lourdes d'Europe et d'une inflation qui a rogné leurs marges jusqu'à l'os — voilà qu'ils doivent en plus panser les plaies laissées par les casseurs du 17 octobre. Selon CCI France, plus de 2 500 magasins ont été touchés lors des violences en marge des manifestations "contre la vie chère". La facture globale dépasse le milliard d'euros de dégâts directs, et monte à 1,5 milliard quand on intègre les pertes d'exploitation, les stocks volés, les fermetures forcées.

Pour mettre ce chiffre en perspective : c'est l'équivalent du budget annuel de l'Agence nationale de la cohésion des territoires. C'est trois fois le plan de soutien au commerce de proximité annoncé en grande pompe l'an dernier. Et c'est, bien sûr, de l'argent que nos commerçants n'ont pas, que leurs assureurs ne couvriront pas intégralement, et que l'État n'a — soyons honnêtes — aucunement les moyens de compenser.

La tentation classique : socialiser les pertes

Je connais déjà le scénario. Dans quelques semaines, un rapport parlementaire préconisera un "fonds d'urgence" pour les commerçants victimes. Ledit fonds sera financé par une ligne budgétaire supplémentaire, creusant un peu plus notre déficit déjà abyssal — la France étant officiellement devenue, selon Les Échos, "le maillon faible de l'Europe" en matière de dette publique. Et les auteurs des destructions, eux, ne paieront rien, ou presque.

C'est là que réside le vrai scandale. Pas seulement dans la violence en elle-même, mais dans l'impunité économique qui l'accompagne. En Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, le principe est simple : on casse, on paye. Les mécanismes de mise en cause de la responsabilité civile des auteurs de dégradations sont réels, les poursuites sérieuses, les amendes effectives. En France, on a depuis longtemps abandonné ce principe de responsabilité individuelle au profit d'une mutualisation collective des coûts du désordre. Résultat : c'est le boulanger du coin, déjà étranglé par ses charges, qui finance indirectement l'impunité des casseurs via ses impôts.

Il faut faire payer les casseurs, pas les entrepreneurs

La solution existe pourtant, et elle n'a rien de révolutionnaire. Premièrement, identifier et condamner systématiquement à des réparations civiles tous ceux qui ont participé aux destructions — y compris les organisateurs des cortèges qui ont laissé la situation déraper. Deuxièmement, instaurer un mécanisme d'avance de trésorerie immédiat pour les commerçants victimes, remboursé ensuite par les condamnations. Troisièmement, et c'est peut-être le plus urgent, arrêter de traiter les entrepreneurs comme des variables d'ajustement budgétaire.

Car voilà le paradoxe insupportable de notre époque : on manifeste "contre la vie chère" en détruisant précisément ceux qui créent l'emploi et vendent les produits du quotidien. Et c'est l'État, ce même État qui creuse sa dette à 3 200 milliards d'euros, qui sera appelé à la rescousse.

Je pose la question simplement : à quel moment décide-t-on que les entrepreneurs méritent d'être protégés, et pas seulement taxés ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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