Inégalités : plus d’un Français sur 4 est pauvre ou modeste

La pauvreté en France se maintient sous la moyenne européenne, mais la progression récente inquiète. Derrière les pourcentages, les profils des pauvres — familles monoparentales, jeunes, chômeurs — contrastent avec ceux d’autres pays européens. L’étude de la Drees éclaire ces différences et replace la France dans le paysage des inégalités du continent.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 25 septembre 2025 5h23
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oxfam, riche, pauvre, inégalité, milliardaires, france, monde - © Economie Matin
15,4%En 2023, le taux de pauvreté est monté à 15,4 %, son plus haut niveau depuis 1996

Le 24 septembre 2025, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié une enquête de référence sur la pauvreté et les revenus modestes en Europe. La France compte 14,3 % de personnes pauvres et 12,6 % de personnes modestes, soit un total de 26,8 % de sa population vivant avec peu d’argent.

Ce chiffre reste inférieur à la moyenne de l’Union européenne, établie à 28,7 %. Mais il masque des réalités sociales contrastées : qui sont les pauvres en France ? Combien de ménages vivent modestement ? Et comment le pays se situe-t-il face à ses voisins européens ?

Plus de 17 millions de pauvres ou modestes en France

Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du revenu médian. En 2021, il correspondait en France à 1 136 euros par mois en parité de pouvoir d’achat, tandis que le seuil de revenu modeste, fixé à 75 % de cette médiane, atteignait 1 420 euros. Une personne seule vivant avec moins de 1 140 euros est donc considérée comme pauvre, tandis qu’entre 1 140 et 1 420 euros, elle est dite modeste.

En 2021, 14,3 % des Français vivaient sous le seuil de pauvreté et 12,6 % étaient modestes. Soit 26,9 % de ménages qui ne peuvent pas dire vivre confortablement et dont les revenus ne dépassent pas 1500 euros par personne. Rapporté à la population, cela représente environ 9,5 millions de pauvres et 8,4 millions de modestes. En 2023, le taux de pauvreté est monté à 15,4 %, son plus haut niveau depuis 1996 selon l’Insee, soit près de 9,8 millions de personnes. En y ajoutant les ménages modestes, on dépasse allègrement le nombre de 17 millions.

Le profil des pauvres français est marqué par une forte présence de familles monoparentales et de familles nombreuses. Ainsi, 39 % des parents seuls en France sont pauvres, contre 33 % en moyenne européenne. Chez les familles nombreuses, 23 % vivent dans la pauvreté et 22 % dans la modestie. La charge des enfants, combinée à un seul ou deux salaires, explique cette fragilité. Les jeunes, en particulier les étudiants, sont également surreprésentés : 13 % des pauvres français ont entre 17 et 24 ans, une proportion comparable à celle observée en Suède (23 %) ou au Danemark (29 %).

France et Europe : écarts marqués entre Nord, Sud et Est

L’Europe présente des disparités frappantes. En 2021, le taux de pauvreté variait de 8,6 % en Tchéquie à 23,4 % en Lettonie. Les pays du Sud — Espagne, Italie, Grèce — et plusieurs pays de l’Est comme la Roumanie ou la Bulgarie dépassaient 20 %. À l’inverse, la Slovénie (11,7 %) et la Slovaquie (12,3 %) affichaient des taux proches de ceux des pays nordiques.

La France, avec 14,3 %, se situe dans la moyenne basse, en dessous de l’Allemagne (15,5 %) ou du Luxembourg (18 %), mais au-dessus de la Finlande (10,8 %). L’analyse des revenus modestes nuance encore ce tableau : 12,6 % des Français appartiennent à cette catégorie, soit légèrement plus que la moyenne européenne (11,7 %). Autrement dit, la France compte proportionnellement moins de pauvres que ses voisins, mais davantage de ménages modestes, coincés juste au-dessus du seuil.

Les retraités français, de leur côté, bénéficient d’une protection relative. Seuls 10,2 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, contre 51 % en Lettonie et 39 % en Lituanie. En revanche, les retraités modestes représentent 14,3 % de leur tranche d’âge en France, proportion qui grimpe à plus de 24 % dans les pays nordiques.

Catégories les plus exposées : chômeurs, jeunes et immigrés

Le statut d’activité joue un rôle décisif. En Europe, 47 % des chômeurs sont pauvres et 16 % modestes. En France, la situation est proche : 40 % des demandeurs d’emploi vivent sous le seuil de pauvreté, et 19 % sont modestes. Le chômage de longue durée, plus répandu dans le sud du continent, accentue ce risque. Les immigrés originaires de pays hors Union européenne, de leur côté, sont deux fois plus exposés que les nationaux. En moyenne, 44 % d’entre eux sont pauvres et 19 % modestes.

Chez les jeunes adultes, la pauvreté est marquée : 15 % des pauvres français ont entre 17 et 24 ans. Les étudiants représentent une part importante, en particulier dans les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest où la vie étudiante est coûteuse. À l’opposé, dans les pays du Sud et de l’Est, ce sont plutôt les actifs en emploi qui sont pauvres. En Roumanie, par exemple, 39 % des pauvres travaillent, signe d’un marché du travail faiblement rémunérateur.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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